Musique

La voix est libre prend ses quartiers au Cirque électrique

La voix est libre prend ses quartiers au Cirque électrique

28 mai 2015 | PAR Flora Vandenesch

Mercredi 27 mai, La Voix est Libre prend place sous le chapiteau. Pour cette 12ème édition, le festival est invité au Cirque électrique. Trois soirées dédiées au dialogue et à l’imprévu. Malgré le désengagement de l’état et la baisse de certaines subventions, son directeur Blaise Merlin a eu encore la possibilité cette année d’ouvrir son espace de création à des musiciens, acrobates, danseurs, poètes et dessinateurs, porteurs d’un éclairage sensible sur un monde en pleine mutation. Ce soir, le rideau de velours s’ouvre sur Feu de Voix, avec notamment Brigitte Fontaine et la Campagnie des Musiciens à Ouir.

L’ambiance est électrique au cirque de la porte des lilas quand le directeur de La Voix est libre, fait son entrée pour annoncer le déroulé de la soirée. C’est la première fois que le festival est programmé ici. « j’avais peur de quitter les bouffes du Nord mais finalement, on se dit qu’on est pas plus mal ici. » plaisante-t-il. Le public, lui, est au rendez-vous, nombreux et enthousiaste. C’est un nouveau lieu pour La Voix est libre, et l’on sent une certaine fébrilité dans l’air. Sur un fil. Dès le début de la soirée Feu de Voix, la note est donnée. On sent que tout peut arriver, un parfum d’inattendu flotte dans l’air. Dès ses premier mots, Blaise Merlin le dit : « Depuis 10 ans, le festival se place sous le signe de l’imprévisible et du dialogue « Il évoque le printemps arabe l’an dernier et les déboires qu’il a du essuyer cette année. » Avec des idées qui défendent la liberté, la rencontre et l’imprévu, c’est sûr qu’on ne rentre pas dans les cases, les critères.  » Au Cirque électrique, il a toute liberté. Il est chez lui. Tout au long de la soirée, l’esprit est là, aussi bien dans les gradins que dans l’énergie que transmettent les artistes.

Rien ne se passe comme prévu. Le comédien Philippe Torreton a annulé sa venue à la dernière minute. « Il y aura donc plus de temps pour Brigitte Fontaine et ses musiciens en deuxième partie de soirée », annonce Blaise Merlin. Et aussi pour l’artiste de cirque Vimala Pons, qui bouleverse littéralement le chapiteau couleur bois et rouge velours par son charisme. En streap-teaseuse ébouriffante, elle réussit à enlever un à un les multiples couches de vêtements qui l’enveloppent, portant une mannequin nue de taille humaine sur le haut de sa tête. L’artiste joue sur les rôles que pourrait (ou devrait) endosser une femme dans sa vie, depuis la robe de mariée en dentelle blanche avec voile intégral, au tablier de cuisine, en passant par le corset à porte-jarretelles et la ceinture de chasteté à cadenas. Elle arrache sa moustache, ses collants et son sac, tout en se balançant pour tenir son double de cire en équilibre sur la tête. Tout à coup, L’imprévisible s’en mêle, le mannequin tombe au sol et se décompose en morceaux désarticulés. Le silence se fait et Vimala Pons essaie tant bien que mal de le replacer sur sa tête pour reprendre la performance. Ce moment d’incertitude ne fait que renforcer la portée du message. Quand l’actrice ôte finalement son sexe en fausse fourrure et les feuilles de vigne de ses seins, on oublie qu’elle est nue, comme son double. On ne voit plus que la beauté de son geste.

Brigitte Fontaine se fait attendre. Dans une salle surchauffée, ou fusent les rires et les jeux de mots, les musiciens de la Campagnie des Musiques à Ouir jouent un jazz mélodieux, accompagnant Loïc Lantoine et Oriane Lacaille au chant. Enfin, elle arrive, vêtue de sa veste en cuir et de ses fameuses docs marteens, bandeau et lunettes noires. Brigitte Fontaine revient pour la troisième fois à La Voix est libre. Saluée par le public, elle semble tout droit sortie d’un film futuriste d’aventuriers excentriques, à la Mad Max. Tous les musiciens sont derrière elle.  » Moi qui vous parle, la bouche cousue ». La chanteuse, qui paraît si frêle, en impose énormément. Quand certains spectateurs quittent la salle, sans doute à cause de l’heure tardive, elle ironise :  » C’est un lieu de la ville de Paris, ici. Vous pouvez entrer ou sortir comme bon vous semble. » Contestataire ? Toujours. Elle s’assoit, sort son éventail et chante :  » Je suis vieille et je vous encule. Avec mon look de libellule. » Et la voix, hésitante au début, revient, belle et profonde. Brigitte se lève et tombe la veste.  » Si je meurs ce sera de joie ». Elle se tourne vers le public dans un mouvement d’étreinte. L’émotion est palpable.

Au cirque électrique, rien n’est cadré, calibré, comme on voit si souvent au théâtre ou lors de ces concerts, où chaque moment est minuté et où l’on sent monter un ennui mortel. C’est une belle rencontre qui a eu lieu ce soir entre le cirque électrique et les artistes de La Voix est Libre. Vivante ? Oui, la liberté d’expression ici est vibrante et respirante. Ce n’est pas que des mots. La voix affirme sa liberté, plus que jamais.

Visuels :
@ Hervé PHOTOGRAFF
@Thomas Barte
@ Emmanuelle Vial

Infos pratiques

La Scène Watteau
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cirque electrique

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