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Germaine Krull, Valérie Jouve : le Jeu de Paume réussit à faire cohabiter deux visions de la photographie

Germaine Krull, Valérie Jouve : le Jeu de Paume réussit à faire cohabiter deux visions de la photographie

02 juin 2015 | PAR Hugo Saadi

Après Florence Henri et Taryn Simon, le Jeu de Paume réserve à nouveau un bel accueil à deux femmes photographes : Germaine Krull et Valérie Jouve. Si la première séduit admirablement avec son travail dense et varié, la seconde plus ancrée dans l’évolution de la société contemporaine propose un ensemble visuellement réussi, mais assez distant du spectateur.

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Germaine Krull : Le destin d’une photographe

Le Jeu de Paume a réuni un ensemble de près de 130 photos, dont de nombreux inédits pour rendre hommage à Germaine Krull, l’une des figures de la photographie ayant participé aux avant-gardes des années 1920-1940 et surtout pionnière du reportage photographique. Les nus féminins, proches de tableaux ou dessins au fusain, saisissent le spectateur d’entrée de jeu. C’est le début d’une déambulation qui nous fera passer du corps de la femme, aux élégantes lignes métalliques de la tour Eiffel, aux hauts-fourneaux ainsi qu’aux rues de Paris et routes du sud de la France.

Le cadrage de Krull dans son reportage sur les industries est ce qui étonne le plus. Les tiges métalliques transpercent la photo, la traversent de long en large, le cadre ne vient alors compresser un ensemble qui aurait pu se mettre facilement en boîte. La photographe se déconnecte d’une vision réaliste et s’attarde sur des parties précises de ces monstres de fers. Il en sera de même pour ses reportages de la culture populaire de Paris (reportages réalisés sous commande du magazine VU). Dans les marchés aux puces, ses plans serrés focalisent notre attention sur les étalages et l’agitation semble alors relégué au second plan. Quelques effets de style et de flou surprennent l’œil du spectateur, comme cette superposition de silhouettes lors de la descente sur rails à la foire du trône. On retiendra aussi la série faite sur les clochards, où Krull recherche la proximité avec son sujet.

L’exposition en contient un nombre assez conséquent de publications de livres photographiques. Déroutant aux premiers abords (contempler les photos sur des scans accrochés aux murs…), cet accrochage permet de lier et de souligner le travail de Germaine Krull ainsi que son goût pour ces livres. Se mêlent également, publicité, pochette de disque et livres. Les thématiques traitées par la photographe ne finissent pas de se renouveler d’une salle à une autre. Grande admiration des automobiles, elle y consacre plusieurs reportages et nous embarque au volant de sa Peugeot 201. Flirtant avec la vue subjective, elle capte le trafic et les paysages de ses road-trips avec une belle énergie. Enfin, demi tour complet vers sa remarquable série de mains. Sur un piano, en plein visage ou tenant une cigarette, les mains et le langage des signes qui en découle sont les éléments centraux des clichés, pour un résultat déroutant et captivant.

Usant de cadrages bien particuliers, de jeux d’ombres et s’attardant sur les détails, l’ensemble photographique de Germaine Krull offre aux visiteurs une balade complète qu’il est difficile de ne pas apprécier.

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Valérie Jouve : Corps en résistance

« Les personnages de mes photographies ont eu des vies très escarpées », voilà comment Valérie Jouve introduit les individus qui trustent notre attention en un regard. Ils ou elles sont en plein cœur de son travail, mais les espaces urbains, au second plan viennent former un ensemble qu’elle souhaite faire interagir. Avec plus ou moins de succès selon les séries. L’alchimie entre ces corps, perdus (sa série « Les Personnages ») et l’espace à l’architecture dense ou complètement vide d’un terrain vague cohabite parfaitement dans cette première exposition monographique couvrant 25 ans de carrière. Le temps semble souvent suspendu, laissant le visiteur plané lorsqu’il fait face à de grands formats comme « Les Façades », mais la scénographie de « Les sorties de bureaux » et « Les Situations » donnent du rythme à l’exposition « Corps en résistance ». La succession de photos, représentant voitures ou individus, sur tout un pan de mur est construit comme une fenêtre sur l’extérieur et le regard porté par la linéarité de la scénographie impose une vivacité qu’il est agréable à expérimenter, tel un flip-book. L’exposition se termine par une salle où sont projetés cinq films en simultané, où l’on découvre Tania Carl, chanteuse de blues vagabonde partie de France pour le Guatemala. Une dernière évasion réussie par Valérie Jouve.

Toutes les informations pratiques sur le site officiel.

Infos pratiques

Le Bellovidère
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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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