Rap / Hip-Hop
Joysad : « Avec mon EP, je me suis rendu compte que je pouvais raconter ce que je vis vraiment » (Interview)

Joysad : « Avec mon EP, je me suis rendu compte que je pouvais raconter ce que je vis vraiment » (Interview)

28 janvier 2021 | PAR Kevin Sonsa-Kini

Toute la culture vous présente Joysad, jeune rappeur de 20 ans originaire de Périgueux en Dordogne, qui vient de faire paraitre son deuxième EP, « Palindrome ». Dans celui-ci, disponible depuis le 22 janvier, et à travers la sensibilité du texte, on découvre un enfant du divorce qui se livre à cœur ouvert. Il en parle dans cette interview réalisée, à Paris dans le 9e, chez Because Music. 

Le second EP de Joysad « Palindrome » est disponible depuis le 22 janvier.

Propos recueillis par Kevin Sonsa-Kini. 

Toute la culture : Votre EP s’intitule « Palindrome ». Qu’évoque ce mot pour vous ? 

Joysad : Palindrome, c’est un mot miroir. Il y a une dualité et on peut lire ce mot dans les deux sens. C’est ce que j’ai créé avec le personnage de « Joysad ». C’est un oxymore. J’aime bien ce côté deux en un. 

Dans cet EP, vous évoquez beaucoup votre famille notamment votre grand-père ancien policier, vos parents divorcés. Vous vouliez leur rendre un hommage vibrant ?

Oui, c’est ça ! Lorsque mon grand-père est arrivé d’Algérie, il est devenu CRS pour avoir la nationalité française. Aujourd’hui, il ne comprend plus rien à ce qui se passe dans la police, les violences… Quant à mes parents, je ne les ai jamais vraiment connus ensemble. Pour moi, le divorce n’a jamais vraiment existé. En fait, je ne l’ai pas vu se faire. 

À travers les chansons Près Des Miens, Marchand de sable et Ciel & Terre, vous évoquez également un souvenir douloureux : la mort de votre grand-frère survenue le 14 juillet 2017. Il avait 20 ans. Comment avez-vous vécu sa disparition à l’époque ? 

J’avais 16 ans. C’était assez compliqué parce que c’était la première fois que je voyais une personne, jeune, mourir. Moi-même, je suis un peu habitué à la mort parce que je suis issu d’une grande famille. Je perds des proches tous les ans. Mais là, c’était la première fois de ma vie que je perdais quelqu’un de si proche et de si jeune. 

Quelle relation aviez-vous avec lui ? 

Il était un peu le pilier. Je ne faisais pas un truc sans avoir son avis. Le pur dur, ensuite, fut de faire des choix sans lui. 

Sa mort vous a-t-elle rendu plus fort mentalement et psychologiquement ? 

Je pense que cela m’a vachement aidé. J’ai plus pris confiance en moi. Avant, je me reposais beaucoup sur mon frère. J’avais besoin de savoir si ce que je faisais était bien ou pas. Et ça passait toujours par son avis à lui. Mais aujourd’hui, je ne m’en sors pas trop mal. 

« C’était important pour moi d’étaler le personnage que je suis, parce que Joysad, c’est vraiment moi. »

Cet EP est-il, au fond, une autobiographie ou une autocritique de vous-même ?

Oui, c’est très introspectif. En vérité, la plupart de mes sons portent toujours sur ce que je vis tout le temps, à part quand c’est du storytelling, c’est-à-dire quand j’invente des histoires. C’était important pour moi d’étaler le personnage que je suis, parce que Joysad, c’est vraiment moi. Il n’y a pas de mensonge. 

En quoi, selon vous, « Le monde est à l’envers » pour reprendre le titre de votre chanson ? 

Cette phrase est compliquée. Dans la chanson, je dis : « la tête grosse comme le monde, mais le monde est à l’envers ». Ce que j’entends par « la tête grosse », ce n’est pas le fait d’avoir le boulard ou quoi que ce soit. C’est plus le fait de se dire qu’on est à deux doigts de l’explosion. Le monde ne roule pas comme il faut (rires). 

Et pourtant, « Le monde est joli »… 

Eh oui, c’est pour ça qu’il y a deux sens de lecture. « Le monde est à l’envers », c’est un message de désespoir tandis que « Le monde est joli », c’est un message d’espoir. 

Quels sont les retours que vous avez reçus sur vos chansons ? 

Quand je fais écouter les chansons qui parlent de ma famille à mes proches, ça les touche en plein cœur ! Avec mon EP, je me suis rendu compte que je pouvais raconter ce que je vis vraiment, sans pudeur et sans grossir les traits. Me faire passer pour un enfant martyr n’était pas mon but. 

Quelle est la suite de vos projets pour 2021 ? 

La suite logique, c’est l’album si tout se passe bien ! 

Visuels : Because music, New York Entertainment 

Joysad, PalindromeBecause Music (9 titres)=1. Le monde est à l’envers, 2. Près Des Miens, 3. Ciel & Terre, 4. Mauvais Flic, 5. Marchand de sable, 6. Bah ouais, 7. Venin, 8. 2020, 9. Le monde est joli

 

 

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