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« La ferme petit pois » de Lucy Knisley, une citadine à la campagne

« La ferme petit pois » de Lucy Knisley, une citadine à la campagne

28 janvier 2021 | PAR Marine Stisi

Les Editions Gallimard – Bande Dessinée publient en cette rentrée de janvier le premier volet d’un récit autobiographique pour la jeunesse en 3 parties de la dessinatrice et musicienne américaine Lucy Knisley.

Une histoire personnelle

Dans La Ferme Petit Pois, la dessinatrice puise dans ses souvenirs et expériences personnels pour raconter la vie de Jen, une adolescente contrainte de quitter la ville pour suivre sa mère et son beau-père à la campagne. Un récit contemporain qui met en lumière les difficultés d’adaptation entre les deux environnements, au delà des fantasmes qu’une vie à la campagne peut représenter.

Contrainte et forcée

Jen n’a rien demandé à personne. Jeune fille citadine, c’est à contre-cœur qu’elle a dû quitter la ville, ses habitudes et ses amis pour venir vivre dans une ferme avec sa mère et son nouveau compagnon. Du jour au lendemain, la voilà obligée de s’occuper du poulailler et surtout, d’aider sa mère à vendre les produits de la ferme au marché, exposant soudain aux yeux de tous, et notamment aux yeux de son beau-père, ses lacunes en maths et en calculs. Impossible de rendre la monnaie correctement !

Pour Jen, la situation est d’autant plus humiliante que les deux jeunes filles de son beau-père arrivent pour passer avec eux chaque week-end et que la plus âgée des deux est de ces gamines qui savent tout faire, et qui ne se privent pas pour le faire savoir. Jen doit ainsi tout d’abord subir les remarques de sa mère, puis bientôt celles de son beau-père et de sa fille sur ses lacunes et ses difficultés. Le sentiment d’injustice grandissant, Jen explose et trouvera finalement auprès des deux sœurs un réconfort insoupçonné, premières pierres à une histoire familiale recomposée mais apaisée.

Retour aux sources

Le dessin rond, Lucy Knisley s’est plongée dans ses propres souvenirs pour écrire et dessiner cette histoire jeunesse. Elle-même a dû suivre sa mère et son récent compagnon dans leur nouvelle vie à la campagne, contrainte de partager sa chambre avec deux nouvelles sœurs. Les sentiments qu’elle dessine et colore sont ceux qu’elle même a expérimenté quelques années plus tôt, bien avant que le mode de vie Henry David Thoreau ne revienne à la mode un peu partout dans le monde occidental – le fantasme du retour à la terre, au réel, au vivant. Le résultat est un album pertinent sur la question du déracinement, souvent tendre et juste, mais qui malgré tout, souffre d’un hic notable.

En effet, quand Lucy Knisley raconte le sentiment d’injustice que ressent Jen suite aux multiples remarques de son beau-père – elle est sans cesse réprimandée par lui et rabaissée quand elle ne parvient pas à rendre la monnaie au marché, critiquée quand selon lui, elle ne fait pas preuve de bonne volonté dans la famille -, ses sentiments et sa tristesse ne sont jamais pris en compte, et jamais le personnage du beau-père n’en vient à reconnaître les efforts de la jeune fille, ses légitimes craintes et sa possible nostalgie de sa vie d’avant. Ce « non-traitement » de la question, cette manière d’exposer sans rien questionner, laisse un goût amer, un goût d’injustice.

La Ferme Petit Pois – 1. La nouvelle vie de Jen, Lucy Knisley, Editions Gallimard Bande dessinée, 224 pages, 18€

Parution : 20 janvier 2021

Visuels : ©Gallimard

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Marine Stisi
30% théâtre, 30% bouquins, 30% girl power et 10% petits chatons mignons qui tombent d'une table sans jamais se faire mal. Je n'aime pas faire la cuisine, mais j'aime bien manger.

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