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[Interview] Parlez-Vous Anglais ? : « un truc très carré et glacé sur lequel on ajoute un peu de chaleur »

[Interview] Parlez-Vous Anglais ? : « un truc très carré et glacé sur lequel on ajoute un peu de chaleur »

02 juillet 2014 | PAR Bastien Stisi

Franz Matthews, Franz Jules et Franz Hamz ne sont pas les personnages d’une fiction dystopique issus d’un inédit tout juste retrouvé de George Orwell. Ils ne sont pas non plus, malgré la nomination didactique du nom de leur groupe, issus d’un manuel grammatical visant à expliquer au petit étudiant français les obscurités de la langue de Thom Yorke. Ils sont en réalité les membres du projet franco-berlinois électro-disco-pop Parlez-Vous Anglais ?, auteur il y a quelques semaines d’un EP (Dancing On The Other Side) annonciateur d’un LP qui devrait prochainement voir le jour. Franz, Franz, Franz, et un café rue de Clignancourt pour évoquer ces discernements de langages :

Forcément, le nom intrigue. Parlez-vous Anglais ?, c’est parce qu’il y a dans vos textes autant de fautes d’anglais que dans ceux de Phoenix, que l’on a longtemps blâmé pour ça ?

Franz M. (chant / guitare / synthé) : C’est vrai que j’ai réécouté leur premier album l’autre jour, et il y en a vraiment beaucoup ! Le nom ne vient pas de là (je cherchais à la base un nom qui tienne en un seul mot…ce qui n’a pas marché !), mais on peut effectivement rapprocher les deux : on a par exemple modifié au dernier moment le nom de notre dernier EP, que l’on avait initialement écrit Dancing IN The Other Side au lieu de Dancing ON The Other Side

Franz J. (batterie) : Oui, deux-trois heures avant d’envoyer le CD au pressage, j’ai un pote qui m’a dit : « amis, il y a une faute dans votre titre… »

Ceci dit, ça aurait été presque cohérent de mettre une faute dans le titre vu le nom du groupe…Et niveau référencement web, c’est bien ou pas ?

Franz M : On est bons ouais : on squatte la première page de Google ! On a même réussi à choper le « .com » et le « .fr » pour le nom de domaine du site officiel. Après, le nom a aussi quelques petits inconvénients : l’autre jour, lors de la sortie de notre clip « The Last Paradise On Earth », le réalisateur nous a dit que certains de ses potes n’avaient pas cliqué sur le lien qu’il partageait, parce qu’ils pensaient que c’était une vidéo pour apprendre l’anglais…

Avec PVA, vous êtes constamment écartelés entre Paris et Berlin (ndlr : Franz Matthews vit à Berlin) entre les concerts et les sets que vous effectuez dans les deux villes. Comme beaucoup d’autres artistes, voyez-vous une grande différence d’attitude entre le public parisien et le public berlinois ?

Franz J : Oui, et on l’a bien ressenti. J’ai le sentiment qu’à Berlin les gens sont beaucoup plus à l’écoute, qu’ils partagent plus, qu’ils chantent plus. En tout cas, en ce qui nous concerne, on a toujours eu une meilleure réception en Allemagne qu’en France, et ce même dans le cas où le public ne nous connaissait pas à l’origine.

Franz M : Oui, peut-être que le public est un peu plus froid à Paris. Lors d’un set, les gens t’écoutent, et ils t’applaudissent une fois que tu as terminé. En France, les gens gueulent pendant. C’est un autre rapport à la musique.

Franz J : C’est le cas pour un set électro oui. Après, avec PVA, on fait surtout des lives avec de vrais instruments : on ne fait pas de musique électronique à proprement parler Ça serait peut-être encore différent si on le faisait…

(À ce moment-là, Franz H. arrive, la guitare sur le dos, persuadé que le groupe est sur le point de donner un concert d’ici quelques minutes. Mais si The Crystal Ark et les Pachanga Boys sont programmés cet après-midi là du côté de Villette Sonique, il n’y a par contre aucun concert de prévu pour Parlez-Vous Anglais ?…Les autres membres du groupe lui font remarquer.  Rires, confusions, et reprise de l’interview) :

C’est un aspect sur lequel vous insistez souvent ça, le fait que vous soyez un « groupe de rock jouant de la musique électronique »…

Franz M : C’est vrai que la formule représente pas mal nos concerts, qui sont d’ailleurs clairement plus rock que nos prod’, qui sont parfois très électroniques. On n’est pas tous les trois derrière des machines, ce qui s’explique aussi par le fait que l’on vient tous à la base d’un univers clairement rock (dans le sens large du terme). Je crois que l’on est tous venus à la musique électronique un peu sur le tard. Pour ma part, je n’écoutais pas de musique électro quand j’étais gamin, j’étais plus branché métal.J’imagine que comme beaucoup de monde, Ki d A de Radiohead a commencé à me familiariser et à m’ouvrir à la musique électro. Les Daft Punk aussi sans doute.

Franz H (guitare / basse) : Je crois que l’on y a également tous été familiarisés avec la fin de la musique dance (The Supermen Lovers, Stardust), qu’on avait du mal à l’époque à catégoriser : ça bougeait, on achetait les compiles, mais on ne savait pas encore que ça s’appelait de la musique électro.

En fait, si on fait le point, vous avez été familiarisés avec la musique électro comme beaucoup de mecs de 15 piges qui ont été familiarisés avec la musique électro à la fin des années 90…

Franz H. : Exact oui. Moi, le premier CD 2 titres que j’ai acheté, c’était The Supermen Lovers, et c’était chez Champion.

Parfait comme influence. À part The Supermen Lovers, on pense aussi à LCD Soundsystem, The Rapture, Goose, Simian Mobile Disco, Apple Jelly

Franz M : Ouais carrément. On pourrait aussi ajouter WhoMadeWho, Soulwax, Jamiroquai, voir même Chic au niveau des riffs de guitare et des lignes de basse.

Chez Parlez-Vous Anglais ?, vous vous appelez tous Franz. Est-ce qu’on peut considérer PVA comme de la pop totalitariste, semblable à ces dystopies du XXe siècle où les individus finissent par devenir des numéros sans identité ?

Franz M : Oui, c’est sans doute le côté très froid lié à notre musique ! Un truc très carré et glacé à la Kraftwerk sur lequel on ajoute depuis un moment un peu de chaleur.

D’un point de vue discographique, concrètement, vous en êtes où ?

Franz M : On a sorti trois EP, dont le premier n’est d’ailleurs plus disponible (la prod’ ne nous plaisait plus trop, alors on a décidé de ne pas en refaire). On a commencé à bosser sur les prod’ pour sortir prochainement un LP, sûrement en 2015. On avait à vrai dire déjà envisagé de le faire à la place de ce troisième EP, mais sur les dix titres que l’on avait prévu, les différences étaient vraiment beaucoup trop grandes. Pour l’album, on va du coup procéder différemment : on va essayer de produire une vingtaine-trentaine de titres, et de voir ensuite ce que l’on garde dans tout ça. Niveau musical, ce sera a priori dans la veine de ce que l’on a fait avec Dancing On The Other Side, entre funk, électro, et pop. Peut-être un peu moins rock aussi.

Le dernier Paradis sur Terre, c’est quoi ?

Franz M : Je suis parti en Chine il y a deux ans. Je me suis baladé à Shangri-La, une ville à la frontière de la Chine et du Tibet avec un monastère à l’intérieur, au milieu des montagnes. « Shangri-La » veut dire « Paradis sur Terre ». Ça vient de là.

Et il y avait quoi comme son dans le iPod durant cette escapade tibétaine ? Et même en ce moment tient, qu’est-ce que vous écoutez tous ?

Franz H. : Metro Area, deux producteurs new yorkais qui font de la post-disco, avec des super prod’ de batterie. Le prochain album de Colder, que j’ai mixé.

Franz M. : Todd Terje. « Rashomon » de Golden Teacher.

Franz J : « Liquid Love » de Roy Ayers. C’est un des mecs qui a été les plus samplés par de artistes hip hop. Tout ça devrait faire l’affaire !

Parlez-Vous Anglais ?, Dancing On The Other Side, FTW, HIFI/LOFI, 2014, 23 min.

Visuel : © pochette de Dancing On The Other Side de Parlez-Vous Anglais

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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