Pop / Rock
L’interview stroboscopique : Apple Jelly

L’interview stroboscopique : Apple Jelly

04 décembre 2013 | PAR Bastien Stisi

Crépitements lumineux, rugissements scintillants et coups de strobo sur l’électro disco bodybuildée des Lyonnais d’Apple Jelly, de retour avec Control, un EP subversif et considérablement vitaminé… 

Le groupe a été profondément remanié depuis votre dernier album Na Na Na Club en 2008. En quoi ces changements ont-ils influé sur les compositions de votre nouvel EP ?

BEnn. (chanteur du groupe) : Effectivement, beaucoup de choses ont changé. Tout d’abord, il y a eu nos déboires avec notre ancienne maison de disques qui nous ont valu trois ans de procédures. Mon frère, Victor, avec qui je composais tous les titres d’Apple Jelly, a décidé d’arrêter la musique en tant que professionnel. Il a fallu que je trouve une manière de travailler et surtout la confiance. Ce n’est pas évident quand vous vous êtes installés dans une méthode de travail et que vous devez en changer du jour au lendemain. C’est à mon avis un des facteurs les plus influents. Victor apportait beaucoup de lumières aux compositions. De mon côté, je pense avoir une écriture moins pop et peut-être plus sombre. Puis, il y a eu la rencontre avec Ben et le fait que lui comme Fat Kick ont beaucoup plus participé aux arrangements que sur nos précédents opus.

Dav (batteur du groupe) : Chacun a su trouver sa place et a pu apporter sa pierre à l’édifice. Cet album et les EPs qui précédent sa sortie marquent un tournant dans la vie d’Apple Jelly…

Ben (machiniste du groupe) : J’ai rejoint le groupe en juillet 2011 pour boucler la tournée Nanana Club en tant que bassiste. La majeure partie des compos du prochain album était déjà naissante, parfois finie. On a pris tous les morceaux à bras le corps, et on s’est enfermé en studio pendant quelques mois pour les maquetter. Ça nous a permis de donner une direction forte aux compos, quelque chose qui nous corresponde à tous et qui respecte le propos du nouvel opus.

Vus d’un certain angle, les lyrics de votre morceau « Control » partagent les mêmes préoccupations que les dystrophies du XXe siècle envisagées par Orwell, Huxley et autres Bradbury…

BEnn. : Ayant eu une formation commerciale, j’ai été traumatisé par les dessous du consumérisme. Depuis le début d’Apple Jelly, mes textes ont tendance à dénoncer cela. Ecoutez « C.H.E.E.S.E.B.U.R.G.E.R », qui parle de l’industrie de la Junk Food, ou encore « Mofo Clockwork », qui dénonce ces « Plastic Icones » de notre époque. Quant à « Control », l’inspiration m’est venue du travail de Banksy ou encore des filatures de Sophie Calle. L’idée étant de dénoncer à la fois le mythe de la sécurité à risque 0 que les politiques nous vendent chaque jour, avec succès puisque les gens ne se préoccupent plus que de ça, et l’idée que défend Alan Moore dans les Watchmen : qui va surveiller les surveillants ?

La pomme de Apple Jelly, c’est plutôt le serpent vicelard faiseur de malheurs ou l’Américain binoclard faiseur de Macintosh ?

BEnn. : Définitivement « Apple Records » !

Dav : In Job we trust.

Ben : J’aurais tendance à dire que nous sommes des binoclards. On a tous ce coté strict et intransigeant avec nous-même. On est accro au boulot, on réfléchit perpétuellement à comment mieux faire les choses, on est insomniaques, et dans ce sens je nous vois d’abord comme des constructeurs de cartes mères refoulés. À côté de ça, on est avant tout très humains, bourrés de défauts, remplis de conneries. C’est notre coté serpent. On est (et je comprends toute l’équipe, à savoir Slip, Nawel, Duncan et nous trois) réunis autour d’un projet. Cet album c’est notre fruit défendu. On est Steve Nahash Jobs qui veut te faire manger une pomme, et tu es Eve.

Électro-disco, rock synthétique et bodybuildé… On a du mal à ne pas vous imaginer fans de vos congénères belges de Goose… 

BEnn. : Voilà un truc étrange. Aujourd’hui, beaucoup de gens nous parlent de Goose, que je ne connais pas du tout. Apparemment ils seraient dans la même famille musicale que nous, et surtout, je crois qu’eux aussi ont un single qui s’appelle « Control ».

Ben : Je ne connaissais pas encore Goose à l’époque où l’album a été composé. Cela dit, c’est vrai que ça a été une bonne surprise de voir le nom de leur petit dernier, j’ai adoré pour ma part. Effectivement on est dans la même ligne et j’espère qu’on pourra se croiser sur la route un de ces quatre.

Pourriez-vous me parler rapidement de ce singe aux symboles régaliens qui ornemente la pochette de votre EP ?

BEnn. : Pour bien connaître Slip, notre graphiste et l’un des fondateurs du groupe, je pense qu’il a un rapport avec l’image de la Planète des Singes, la fin des temps et le début d’une nouvelle ère pas forcément comme on l’aurait attendu. Tout est sous « control », mais celui qui tient les rênes du pouvoir n’est pas forcément celui que l’on croit…

Je suis à la recherche de sons pour remplir mon iPod…Quelque chose à me conseiller ?

BEnn. : Difficile de ne pas passer à côté du dernier Arcade Fire. Je mettrais également bien un petit Kanye West ou encore un James Blake. Après, il reste les grands classiques : Happy Mondays, Primal Scream, Stone Roses, Blur… Un beatles. Toujours indispensable. Je pencherais pour un « Tomorrow never knows » ou encore le plus que classique mais magique « A Day In Life ». Mais un bon Ipod ne se conçoit pas sans quelques morceaux à faire vibrer les culs, et là, je pencherais pour Daft Punk, LCD Soundsystem, Hot Chip (!!!), Juan Maclean ou encore Friendly Fires…

Dav : En ce moment je me remets à écouter des « vieilleries » comme Lamb, Elysian Fields, B 52’s, La Rumeur. Pas de nouveautés pour moi en ce moment désolé.

Ben : Pour l’hiver j’écoute du son plus tendre, je ne saurais pas dire pourquoi. – XXYYXX – « About You », de l’électro plus que minimale. C’est de la musique pour marcher au ralenti un jour sans vie, ça me fait penser à Jamie XX. – Junip – « In every direction ». J’ai pris une énorme claque en allant les voir à l’Épicerie Moderne ; James Blake – « Overgrown » : je suis aussi obligé de le citer, il reste pour moi l’artiste de l’année ; LCD Soundsystem – « All my Friends » : parce que c’est bon à entendre avant les fêtes !

Apple Jely, Control EP, 2013, Believe Digital, 20 min.

Visuel : © pochette de Control EP d’Apple Jelly

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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