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[Interview] BRNS : « l’assemblage de plusieurs trucs simples qui va donner quelque chose de compliqué »

[Interview] BRNS : « l’assemblage de plusieurs trucs simples qui va donner quelque chose de compliqué »

18 juin 2013 | PAR Bastien Stisi

BRNSRendez-vous dans les locaux de Naïve pour rencontrer les BRNS (prononcez « Brains »), le quatuor pop belge le plus excitant et le plus novateur de l’année, vecteur d’une pop hybride aussi savante qu’instinctive, aussi intelligente et dévastatrice dans les arrangements structurés du studio que dans les complications aléatoires du live. Antoine Meersseman et Timothée Philippe, respectivement chanteur et batteur du groupe, arrivent les premiers, le sourire aux lèvres malgré un emploi du temps chargé, les jambes recouvertes par un short raccourci et parfaitement estival. Diego Leyder et César Laloux, les deux autres musiciens du quatuor,  arriveront en cours de route, une fois le van du groupe correctement garé sur une place de livraison. Pas un brin de prétention à l’horizon. Mais une sincérité et un talent à ne perdre de vue d’aucune façon :

On vous a tellement écouté ces dernières semaines que l’on a l’impression que vous êtes là depuis des années…Pourtant, votre premier véritable album n’est même pas encore sorti, et votre premier EP, Wounded, est simplement paru l’année dernière. Depuis quand datent exactement les débuts de BRNS ?

Antoine : Ça a été un long cheminement. Timothée et moi, on a vraiment commencé à composer en janvier 2010, sans trop savoir ce que l’on faisait et où on allait. Il faut bien le dire, on a sorti nos premiers morceaux complètement à l’arrache. Notre premier concert, lui, n’a eu lieu qu’en avril 2011. À partir de là, Diego est arrivé à la guitare et on a pu enregistrer le disque tous les trois. Puis on a dû trouver une autre personne (César) pour faire du live parce que l’on avait plein d’arrangements sur le disque que l’on ne savait pas reproduire sur scène. Du coup, on est désormais quatre en live.

Est-ce parce que l’un d’entre vous (Antoine Meersseman, ndlr) a travaillé dans une médiathèque (section disque) pendant un moment que votre univers musical donne cette impression de pop patchwork immense ?

Antoine : C’est très bien vu. L’été juste avant que l’on commence le projet, je travaillais justement là-bas, ce qui nous a permis de tomber sur un tas de disques qui ont vraiment fait évoluer nos horizons. Au début, c’était surtout des trucs de math rock, de post-rock, d’abstract hip-hop….

Timothée : On aime bien mélanger les styles sans avoir quelque chose de complétement défini, apporter une nuance qui ne nous enferme pas dans un cliché. Si on fait une rythmique hip-hop, on ne va pas pour autant rapper dessus.

http://www.youtube.com/watch?v=Q5B40wyFj-4

« BRNS » est le diminutif de « Brains ». Vous revendiquez donc le côté savant de votre pop ?

Antoine : Au début, on nous disait que l’on faisait de la pop expérimentale, mais c’est un peu présomptueux pour nous de le dire ! On essaye juste de faire le pont entre de la pop et quelque chose de plus recherché, de moins habituel.

De la pop qui se veut savante, mais sans être cérébrale ? On peut aussi se dandiner et taper fort des pieds en écoutant BRNS…

Timothée : Oui, tu as raison. BRNS, ça reste quand même de la pop. Nos chansons sont composées de quelque chose de très simple à la base, de pas spécialement très fouillé. C’est plutôt l’assemblage de plusieurs trucs simples qui va donner quelque chose de compliqué.

Malgré un sens jubilatoire de la mélodie, il y a une anxiété palpable dans certains de vos arrangements, et une obscurité réelle, presque glauque, dans vos paroles. La pop, c’était un bon moyen d’éviter un ton sur ton trop pesant ?

Timothée : À la base, on vient de quelque chose de très pop et de très joyeux. Finalement, c’est vrai que la manière dont on écrivait les paroles s’est naturellement orientée vers quelque chose d’assez contrasté. Les harmonies sont parfois tristes, mais on ne veut pas faire non plus quelque chose de plombant.

Antoine : Oui, on n’a jamais voulu faire de la pop pathos. Les nouveaux morceaux que l’on est en train de faire sont peut-être encore plus sombres, mais tout ça reste relatif. C’est tendu, mais ce n’est pas pesant.

La comparaison avec WU LYF, je suppose qu’elle doit commencer à vous gonfler. En vrac, on peut également citer les Django Django, the Rapture, Animal Collective, Yeasayer…avez-vous l’impression d’incarner, aux côtés de ces groupes, une manière moderne de faire de la pop, plus complexe et alambiquée qu’auparavant, une pop 2.0 ?

Antoine : Il y a peut-être quelque chose qui est en train de se passer oui, la frontière entre l’underground et le mainstream paraît complètement dépassée. C’est quelque chose qui a dû commencer vers 2002, avec les Strokes, les Hives, Interpol, tous ces groupes qui faisaient du revival mais qui restaient très modernes. C’est vrai que des projets comme Animal Collective, Yeasayer ou même Alt-J ou Foals, ce sont des groupes que l’on n’aurait jamais pu voir sans l’émergence d’internet. Le net est en ça super rassembleur, et donne un écho formidable aux artistes.

Scène électro-pop belge, comme ça, je pense instinctivement à Goose. Bon, vos guitares à vous sont un peu moins bruyantes, et vos riffs moins gonflés aux amphétamines…Pouvez-vous nous dire un mot sur cette électro-pop dont vous êtes l’une des figures centrales ?

Antoine : En électro, franchement, il n’y a pas grand-chose. Il y a un héritage disco rock puant qui traîne en Belgique qui contamine tout, même si en ce moment, quand même, il y a un renouveau qui emmène pas mal de nouveaux projets vraiment intéressants (les Great Mountain Fire, par exemple), et qui ne restent pas coincés dans un style défini, pas comme un truc « à la Goose ».

Lorsque je vous ai vu au Café de la Danse, pour le Clap Your Hands Festival, j’ai eu, sur l’interprétation de votre tube « Mexico », une volonté spontanée de passer la frontière mexicaine en toute illégalité, une bouteille de tequila dans la poche de ma veste et votre morceau dans les oreilles…C’était le but voulu ?

Antoine : Tu risques d’être déçu, l’histoire du morceau n’est en fait pas franchement excitante ! Pour dire vrai, on n’est même jamais allé à Mexico ! C’est de l’improvisation, du baragouinage sur le couplet, on a trouvé les mots qui se rapprochaient le plus de la musique, et ça donné le tube, « l’hymne de BRNS » !

Je vais essayer de ravaler ma déception, mais je pense que j’irai quand même vous voir en festival cet été. Vous en avez d’ailleurs énormément de prévus. Est-ce qu’il y en a un qui vous met un peu plus de pression que les autres ?

Timothée : Je dirais plutôt que ça nous excite ! L’an passé, quand on a su que l’on allait jouer à Rock en Seine, on s’est bien dit que l’on franchissait un cap. Là on va notamment faire les Vieilles Charrues, le Solidays…des festivals gigantesques ! On a pas mal de dates dans les pattes, on commence à avoir l’habitude.

Antoine : Oui, le live n’est plus hyper stressant pour nous : on se connaît tous très biens. Là, ce qui est juste un peu compliqué, c’est que l’on enchaîne beaucoup de dates, avec automatiquement énormément de route. On va avoir un été de dingue, avec près de vingt-cinq dates sur trois mois !

Et pour votre album alors, vous avez une date de sortie définitive à nous annoncer ?

Diego (qui a fini par trouver une place pour le van) : Le 23 mars 2014, vers midi !

Antoine : On va d’abord finir de composer et après on verra pour l’album, mais a priori ça devrait être dans les alentours de début 2014. On l’espère en tout cas !

Les dates des nombreux lives données par les BRNS cet été sont à retrouver sur le site officiel du groupe.

Visuel © : pochette de Wounded de BRNS

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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