Opéra
Aliados : Margaret Thatcher et Augusto Pinochet, personnages d’un opéra contemporain

Aliados : Margaret Thatcher et Augusto Pinochet, personnages d’un opéra contemporain

18 juin 2013 | PAR Christophe Candoni

L’ancien dictateur chilien et la dame de fer sont les protagonistes d’Aliados, un opéra contemporain en création au Théâtre de Gennevilliers à l’occasion du festival ManiFeste de l’Ircam avant d’autres représentations au festival Musica de Strasbourg, au Teatro Palladium de Rome et à Saint-Quentin-en-Yvelines la saison prochaine.

Dans un appartement londonien, Margaret Tatcher, interprétée par la mezzo Nora Petrocenko, rend visite à Pinochet, le baryton Lionel Peintre, son ancien allié lors de la guerre des Malouines contre l’Argentine en 1982, assigné à résidence car accusé de crimes contre l’humanité moins d’une vingtaine d’années plus tard. La scène se passe le 26 mars 1999 à l’heure du thé. Bien que très médiatisé, le contenu de cette rencontre brève et courtoise est relativement anecdotique. Les deux vieux grabataires à la mémoire défaillante qu’ils sont devenus, secondés par leur assistant personnel,  s’échangent des cadeaux et des sourires affables ainsi que quelques banalités. Cela pose problème au spectacle dans lequel il ne se passe pas grand-chose. En dépit d’une interprétation scénique et musicale de grande qualité, la représentation ne passionne guère mais est sauvée par son humour et son ironie mordante contenus dans l’écriture musicale même et son exécution ainsi que, dans une moindre mesure, dans la mise en scène qui scelle l’alliance des deux monstres controversés sur quelques pas d’un tango endiablé.

Comme l’a fait John Adams pour Nixon in China, le compositeur Sebastian Rivas et le librettiste Esteban Buch, tous les deux personnellement liés et touchés par l’histoire récente de l’Argentine, s’emparent d’un fait historique contemporain. Ils réactivent ainsi la portée politique et actuelle de l’opéra, un projet ambitieux et on ne peut plus stimulant et réussi, ce que n’est pas la mise en scène signée Antoine Gindt, qui, tout en utilisant des techniques de pointes dont la vidéo live réalisée par Philippe Béziat, paraît peu inspirée. Acteurs et situations sont pour la plupart du temps tournés dos aux spectateurs qui n’ont donc accès aux visages et expressions des comédiens que par le biais des images projetées sur grand écran. Ce principe de mise à distance demeure statique, lassant et un peu vain, encore que le jeu produit par le caractère faussement documentaire de ces images mises à côté d’archives d’époque pour rappeler la véracité de la scène aussi improbable que réelle à laquelle on assiste permet de s’interroger sur l’ambivalence du rapport à la réalité des faits.

Parce qu’il s’agit bien d’un opéra, l’ensemble Multilatérale est présent en fond de scène et non en fosse. Cet orchestre très réduit comprend un violon, une clarinette basse, un trombone, un piano, des percussions, une guitare électrique sous la direction de Léo Warynski. Un étonnant travail sur le son, conçu en partie dans les studios de l’Ircam, qui amplifie et retravaille les voix, joue de l’écho et de la vibration de sons électroniques, apportent beaucoup d’intérêt et suscitent des émotions variées. La composition musicale, aussi délicate que grinçante, éclectique et saturée, paraît plus expressive et théâtrale que le traitement scénique de ce nouvel opéra .

crédit photo : Philippe Stirnweiss

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