Musique

Live Report’: Orchestre de Paris entre déception et sublimation

Live Report’: Orchestre de Paris entre déception et sublimation

16 décembre 2012 | PAR Marie Charlotte Mallard

Mercredi l’Orchestre de Paris se produisait pour la première fois sous la baguette de Jaap van Zweden, actuel directeur du Hong Kong Philarmonic Orchestra. A cette occasion, l’orchestre en effectif réduit interprétait en première partie la symphonie concertante pour violon et alto en mi bémol majeur de Mozart accompagnant les solistes Roland Daugareil au violon, Ana Bela Chaves à l’alto. Vint ensuite, en seconde partie et cette fois au grand complet, la symphonie Manfred de Tchaïkovski. Si le duo de corde déçoit largement, la symphonie éblouit quant à elle véritablement Pleyel.

Jaap Van Zweden qui dirigeait ce soir l’orchestre de Paris pour la première fois, fend l’orchestre et salue le public avec beaucoup de sobriété, d’humilité et de modestie. Une apparente tempérance qui tranche formellement avec le caractère allègre de Roland Daugareil et coloré d’Ana Bela Chaves. La musique de Mozart exige plus que n’importe quelle autre, précision, clarté et finesse. Des contraintes que relève avec brio l’orchestre de Paris qui se montre également très précautionneux et réactif à l’égard des solistes. Dès l’entrée de Roland Daugareil, l’on est frappé par la luminosité éclatante de son timbre qui contraste énormément avec la rondeur grave, suave et chaleureuse de l’alto d’Ana Bela Chaves. L’écart entre les deux timbres est tel que l’équilibre entre les deux instrumentistes apparaît fragile, le violon tendant naturellement à prendre le dessus. Le dialogue caractérise particulièrement cette œuvre de Mozart, de ce fait les motifs passent d’un instrument à l’autre, et de ce point de vue, le relais entre les deux cordes s’avère d’une fluidité extraordinaire et l’on sent véritablement s’afficher entre eux une certaine complicité musicale. De manière générale, Ana Bela Chaves semble faire preuve de plus de sensibilité, de finesse dans l’interprétation, et de soin quant aux nuances. En outre, les maladresses et faussetés du violoniste notamment dans les gammes aériennes et dans les traits du premier mouvement surprennent autant qu’ elles dérangent. Le musicien semble empreint d’un trop plein d’énergie, aussi en cherchant absolument à mettre la vivacité et le dynamisme au premier plan, surtout, au service de la virtuosité, il résulte imprécisions des doigts et approximations de la justesse. Malheureusement ces erreurs se réitéreront et perdureront dans l’ensemble de l’œuvre. Au final, son jeu paraîtra tout du long surfait. Peut-être Roland Daugareil ayant déjà interprété l’œuvre avec ce même orchestre quelques années auparavant s’est-il senti trop à l’aise. Aussi, si l’on passe un agréable petit moment de musique de chambre, l’orchestre et les solistes n’arrivent néanmoins pas à nous transporter.

Heureusement, la symphonie « Manfred » en Si mineur de Tchaïkovski fut en revanche un véritable ravissement, un éblouissement à la fois magique, fascinant et envoûtant, à l’image de ce drame métaphysique qu’est l’histoire légendaire de Manfred de Lord Byron. Du drame intérieur et de la culpabilité de la perte de l’être aimé retransmis dans le premier mouvement, à l’invocation spirituelle, céleste et féerique qui anime le second mouvement, en passant par la pastorale bucolique mais non moins funeste (particulièrement à la fin) du troisième mouvement, pour terminer sur l’évocation infernale mais non moins onirique et la mort de Manfred dans le final, tout fut ce soir, parfaitement interprété. Comme à son habitude l’Orchestre de Paris au complet fait preuve de précision et de constance, soignant les nuances les plus pianissimo dans les moments les plus sombres, mélancoliques ou divins, laissant ainsi la place à chaque timbre, chaque instrument. Mais également, faisant preuve d’une force brutale retentissante, assourdissante et d’une ampleur éclatante, riche et profonde dans les instants les plus dramatiques et colériques de la pièce. Ainsi, l’on voyage aisément à travers l’univers de Byron. Là, la musique se fait véritable mystificatrice. Plus que jamais dans cette symphonie, elle se fait narratrice et l’orchestre conteur, et, sans même que l’on s’en rende compte, moelleusement installés dans les fauteuils de Pleyel, l’on glisse dans l’imaginaire et l’on est emportés dans l’esprit torturé et les tourments de Manfred. Doucement, l’on s’élève vers l’infini, vers la toute-puissance, entre sublimation et transcendance. Contrairement à la première partie du concert, les artistes permettent cette fois la pleine projection et l’emportement.

Le seul bémol ayant troublé ce mercredi soir l’osmose entre le public, l’orchestre et l’oeuvre de Tchaïkovski fut un malaise survenu dans le public. Alors que se clôturait le second mouvement sur le frétillement des cordes, dans une nuance de plus en plus pianississimo, que la musique se dissipait, s’évanouissait avec douceur et légèreté, l’on entend et on sent l’agitation au premier balcon, puis alors que nous n’étions qu’à quelques secondes de la fin du mouvement, l’appel à un médecin lancé par un spectateur vint sortir tout le monde de sa rêverie. Un incident qui fait écho au malaise d’une instrumentiste lors du requiem de Dvorak, nous laissant penser que le sort s’acharne décidément sur l’orchestre de Paris. Le chef attentif et attentionné attendra un long moment que les choses s’apaisent et que la concentration revienne avant de débuter le troisième mouvement. Il n’en reste pas moins que la prestation et l’ensemble des musiciens furent plus que salués, acclamés, ovationnés par le public. L’interprétation de Zweden semble avoir remporté l’adhésion du public (qui le fera revenir 4 fois) autant que des musiciens qui semblent eux-aussi le remercier de ce moment passé ensemble.

Visuels: jaapvanzweden.com /orchestredeparis.com

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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