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[Live report] Moodoïd, Earl Sweatshirt, Lorde et Foals au festival We Love Green

[Live report] Moodoïd, Earl Sweatshirt, Lorde et Foals au festival We Love Green

02 juin 2014 | PAR Bastien Stisi

Après une première journée plus brillante d’un point de vue météo que d’un point de vue musical, le festival We Love Green accueillait (et clôturait) hier son édition 2014 en offrant une programmation largement plus enjouée et convaincante que la veille.

Des objectifs toujours très verts, un ciel un peu plus gris, et une anglaise lumineuse pour introduire les débats : armée d’une guitare acoustique, d’un piano, d’un langage anglo-saxon, et d’une pop sensible et haute, Denai Moore s’entoure d’une claviériste et d’un batteur, et investit le terrain de Daughter, de MS MR, ou de Laura Marling, en proposant une pop folk maligne et pleine de sensibilité. Sur la pelouse imposante qui fait face à la scène, on bronze encore largement, en terminant sans se presser les pique-niques écolos que certains sont gentiment en train de consommer. Il y a des bières, aussi, et des boissons qui ont l’air de l’extérieur parfaitement saines.

Instant de douceur, de larmes et de régénération (« Gone », « Wolves »…), et passage du côté de la Scène Electronic de l’autre côté du Parc de Bagatelle, où les Girls Girls Girls, sont en train de rendre les environs semblables au jardin d’un copain un peu branché qui aurait invité trois de ses copines les plus cools (en l’occurrence Louise Chen, Betty Loop et Piu Piu) à animer les festivités un après-midi ensoleillé du début de l’été. Les enceintes crachent une mixtape de saison, coincée entre ritournelles house et électro plus deep. Au-devant de la scène, quelques gamines font déambuler leur punch et leur teint jouvenceau dans une gestuelle clubbeuse et démesurée. It’s girl time, et c’est relativement joli.

Pure folie pour Moodoïd, pure désinvolture pour Earl Swearshirt

Les fleurs circulent toujours dans les cheveux, les lunettes noires et arrondies sont sur les yeux, la pop psychédélique et féérique de Moodoïd et de ses membres aux habits et aux visages dorés vient bientôt donner au paysage des allures de Woodstock des années 2010. Sauf qu’ici, ce n’est pas la jungle vietnamienne que l’on évoque, mais plutôt « la Montagne », ou en tout cas celle du groupe parisien mené par le très théâtral et androgyne Pablo Padovani, guitariste de Melody’s Echo Chamber et maharadja véritable d’une pop dresseuse de serpents et d’esprits aux tendances vagabondes. Le psychédélisme biscornu de « La Chanson Du Ciel De Diamants » introduit un set longtemps perché et considérablement vaporeux, qui adapte et allonge les compositions du premier EP du quatuor et de ses musiciennes exclusivement féminines (Lucie Antunes, Lucie Droga, Clémence Lasme). Instant de grâce avec le survitaminé et foutraque « De Folie Pure », un dernier morceau pareil à une chevauchée synthétique et héroïque qui laisse de côté l’exploration des 70’ pour s’intéresser à celle, tout aussi juste, des 80’ : le premier LP du groupe (Le Monde Möö ) sort en août, et s’annonce aussi grandiose et tordu que ces objets insolites (ananas, casserole…) qui font parfois office chez Moodoïd d’instruments de percussions…

Quelques instants plus tard, c’est un DJ solitaire qui apparaît sur scène, et qui balance dans les enceintes les morceaux qui paraissent provenir tout droit de Doris, le premier album rugueux et sans compromis du talentueux Earl Sweatshirt. Cinq minutes de flottement, quelques plaintes dans le public. Et puis, même pas fier de son coup, le jeune membre du collectif Odd Future (Frank Ocean, Tyler the Creator…) investit finalement l’espace à son tour, porté par les acclamations d’un public batteur de rythme et hocheur de tête. Désinvolte et hautain comme le veut sa carrure de performer hip hop à la provoc’ permanente, Earl Sweatshirt enchaîne les morceaux de hip hop vénéneux et ténébreux (« Whoa », « Centurion »), conserve capuche et casquette sur la tête, bâcle le final de ses morceaux comme un sale gosse fiévreux, fait bondir de joie le public sur des moments de communion dégénérée (« Knock, Knock, who’s there ? ») : les uns adoreront (les hipsters du ghetto), les autres s’agaceront (les gens trop bien élevés).

Le nom de « Foals », programmé en clôture de la journée, commence déjà à intervenir sur les lèvres des festivaliers. Ceux-là patienteront jusqu’à 23 heures avec d’abord, la performance grandiose, et assez inattendue, du mystérieux groupe Jungle, venu concilier avec une belle énergie le funk d’hier et l’électro pop d’aujourd’hui, le rock vintage et la soul aux langueurs aguicheuses. Claquements de doigts, mouvements des épaules, sonorités tropicales en parfaite résonance avec les thématiques défendues par le festival, et passage par la scène Electronic où la Garden Party se poursuit avec le set plein d’élan de George FitzGerald, qui, s’il n’a sans doute rien à voir avec son illustre ainé lettré (enfin à une lettre prêt), a au moins le mérite d’animer une foule où les gamins sous MD dialoguent gentiment avec les clubbers invétérés. Dans ce coin-là, les esprits sont au ciel, et les pattes collées au gazon.

Lorde, Foals : des têtes d’affiches au rendez-vous

On se rappellera alors que la drogue, c’est évidemment très mal, au contraire de la pop tubesque et noire de Lorde, qui rappellera un brin celle de Lana Del Rey, et qui fera hurler de joie et de satisfaction les quelques groupies venu(e)s découvrir sur scène la grande et très jeune (17 piges) révélation pop néo-zélandaise de l’année écoulée. « Royals », « Team », « Tennis Court » : on a un peu la sensation d’écouter Virgin Radio, mais compte tenu de son extrême jeunesse, il faut bien reconnaître que tout ça est déjà admirablement calé.

Et puis, après une longue attente et quelques désagréments techniques, voilà enfin l’arrivée de Yannis Philippakis et de Foals sur scène, introduits par leur très diffusé tube au pointillisme pop affirmé « My Number ». Cris de joie, bras en l’air, clappements de mains, tout plein de « oh, elle est trop bien celle-là ! » : le public, conciliant, valide le statut de plus en plus « rock heroes » du groupe d’Oxford, et célèbre avec un zèle égal l’arrivée des compositions du brillant Antidotes (« Cassius », « The French Open »), celles du très pop Total Life Forever (« Spanish Sahara », « Miami »),  celles parfois denses et violentées, de Holy Fire (« Inhaler », « Providence »).

« Forget the Horror here », comme dirait Foals au zénith émotionnel de « Spanish Sahara » : cette deuxième journée de festival, en tout point supérieure à la première, aura largement réconcilié le public avec un We Love Green inégal quoique volontaire (la jeunesse, sans doute), et qui gagnerait à valoriser davantage encore un combat et une démarche écolo responsable sur laquelle beaucoup auraient tout intérêt à zieuter…

Après avoir hésité un temps, on se le dit formellement : à l’année prochaine !

Visuels : © Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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