Pop / Rock
[Live report] Moodoïd et Phoenix au Palais des Sports

[Live report] Moodoïd et Phoenix au Palais des Sports

08 février 2014 | PAR Bastien Stisi

C’est au Palais des Sports de la Porte de Versailles (et non au Palais Omnisport de Bercy, comme le précisait bien le groupe à l’intention de ses fans sur son compte Facebook…) que Phoenix poursuivait hier soir la grande tournée de présentation de son album dernier Bankrupt!

PhoenixCurieuse localisation, d’abord : de nombreuses et hautes rangées de sièges au coloris bleuté (et très confortables), des vendeuses qui circulent dans les tribunes afin de proposer des sucreries et des boissons rafraichissantes, un public hybride aussi bien composé de trentenaires lookés que de quadra embourgeoisés…si l’état de panique n’avait pas rapidement été déclaré au niveau des stands boissons (« paraît qu’il y a déjà plus de bières ! »), il aurait été sans doute bien difficile de s’imaginer à première vue dans une salle de concerts destinée à accueillir l’un des groupes phares de l’électro pop made in France….

Voyage seventy et psyché pour Moodoïd

C’est pourtant bel et bien de musique dont il s’agit ici, et aussi d’un voyage dans le temps, d’abord, orchestré par la grâce des guitares, des claviers et des percussions vagabondes : directement humectée dans le psychédélisme camé des glorieuses seventies, la pop envoûtante de Moodoïd est invitée à ouvrir gracieusement les débats, et en profite pour convoquer à ses côtés les esprits de ses aînés les plus reculés (on pense à Popol Vuh, à Amon Duul, à Os Mutantes) ou de ses contemporains les plus éthérés (Connan Mockasin, Fleet Foxes, ou même Tame Impala, dont le leader Kevin Parker a contribué au mixage de certains morceaux).

Le temps de quarante minutes, l’esprit paraît s’émanciper de son enveloppe corporelle, et répondre à l’invitation au voyage sollicitée par la bande de Pablo Padovani (le guitariste de Melody’s Echo Chamber), maharadja aux traits juvéniles et aux élucubrations vocales judicieusement entouré d’un trio exclusivement féminin  (Lucie Droga au clavier et au chant, Clémence Lasme à la basse, Lucie Antunes aux percussions) venu confronter le rock progressif et orgiaque (« La Chanson Du Ciel De Diamants »), l’orientalisme tribal et dadaïste (« De Folie Pure »), le psychédélisme vaporeux et sensuel (« Je Suis La Montagne »).

Les morceaux s’étirent et alourdissent leurs textures initiales pour les besoins du live, les strobos se déclenchent sur les terminaisons du tube montagneux du groupe, la pop de Moodoïd scintille tout autant que les costumes et les visages dorés de ses protagonistes pailletés, qui n’oublieront pas d’offrir quelques inédits de leur premier album à paraître au printemps prochain, dont un héroïque et très new wave morceau dont on nous murmure que le titre sera un hommage à une éminente figure musicale décédée récemment (et qui n’est pas Pete Seeger, l’inspirateur du « Si J’Avais un Marteau » de Claude François…)

À la pop complexifiée et cérébrale de Moodoïd succède alors le divertissement grande ampleur de Phoenix, toujours aussi magistral lorsqu’il s’agit de contenter avec la même consistance les humeurs des groupies du premier rang et leurs pulls zippés à l’effigie du groupe,  les gamins du XIe débarqués en bande dans le XVe, les amateurs matures de pop électronisée pas forcément tombés de la dernière pluie synthétique.

Envolées pop et baroques pour Phoenix

Le show des Versaillais débute justement avec le tube « Entertainment » (dont les Japonaises croisées un peu plus haut dans les tribunes apprécieront sans doute les ruissèlements nippons), tube ultra diffusé issu de Bankrupt!, très rapidement suivi par le très ensoleillé « Too Young », le titre tiré du tout premier album du groupe (United, 2000) venu rappeler aux membres les plus jeunes du public (qui ne dépassent parfois pas douze piges…) que Thomas Mars, Laurent Brancowitz, Deck D’Arcy and co diffusent la singularité de leur pop baroque et dandy depuis près de quinze années.

Au sein d’un concert faiseur de larges sourires et de refrains bruyamment répétés, les perfections pop de Wolfgang Amadeus Phoenix (« Lisztomania », « Armistrice », « Girlfriend », « Rome », « 1901 ») rencontrent une version très rock du pionnier et groovy « If I Ever Feel Better », une montagne (celle de Moodoïd ?) et une route menant jusqu’à la place de l’Étoile est projetée sur les écrans du Palais des Sports comme c’était déjà le cas lors de leur performance estivale à Rock en Seine, et l’interprétation des très pointilleux « SOS in Bel Air » et « Trying To Be Cool » est suivi de l’arrivée sur scène du gourou Sébastien Tellier, venu en guest star décliner son « L’Amour et la Violence » aux côtés de Thomas Mars.

Pour ceux qui n’auraient pu profiter du bain de foule engagé par le virevoltant leader de Phoenix sur le morceau « Bankrupt ! », qui clôt le concert de la plus grandiloquente des manières, pas de panique à se faire : le groupe Versaillais et leurs acolytes maquillés de Moodoïd investiront une nouvelle fois ce samedi soir les contrées du Palais des Sports.

Visuel : (c) affiche du concert

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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