Essais

Un Freud, une anguille et du yiddish : Le Préanalytique réédité

Un Freud, une anguille et du yiddish : Le Préanalytique réédité

02 juin 2014 | PAR Emmanuel Niddam

L’ouvrage remarqué de Max Kohn sur Freud et le Yiddish a été réédité au début de l’année. Une bonne occasion de découvrir, pour ceux qui seraient passés à côté, une analyse percutante et novatrice des premiers travaux de Freud.

la-preanalytique-freud-et-le-yiddish-1877-1897-de-max-kohn-975265312_MLCar tout est là : Pourquoi Freud a-t-il mis à l’index de ses oeuvres complètes ses travaux de jeune médecin apprenti neurologue ? Évidemment, la psychanalyse n’y apparaît pas in extenso. Mais le mouvement de rejet du discours appelle l’oreille du psychanalyste, et c’est celle de Max Kohn qui fût sur ce point la moins sourde.

Max Kohn, qui nous est connu pour son récent ouvrage sur la place du Vampire dans le psychisme et la culture, avait alors produit une recherche remarquable sur ce « early-Freud » peu étudié. Il propose alors une pertinente et osée lecture : ce preanalytique est un refoulé du discours analytique qui fait référence à ce qu’il y a de refoulé dans la langue Yiddish. Aussi, pour explorer son hypothèse, Kohn nous emmène dans les premières recherches scientifiques d’un jeune Sigismund Freud, fils de Jacob et d’Amalia, avec en toile de fond le Yiddish, et le Witz.

Les nouveautés de cette édition tiennent en un index, une nouvelle préface de l’auteur, et une nouvelle préface passionnante de Richard Zrehen, qui positionne les enjeux et les effets du travail de Max Kohn dans les différents cercles de pensée qui circulent autour de la psychanalyse.

Les premiers travaux de Freud prennent alors une allure passionnante. Au-delà de simples objets d’études – objectifs justement – Kohn nous fait entendre ce que chaque travail « veut dire » pour Freud ; en mobilisant les sauts et les accidents contenus dans la langue Yiddish, Kohn donne une profondeur inattendue à des travaux d’un scolaire très peu freudien. De l’anguille à l’écrevisse, du pétromyzon à la plante de coca, le lecteur redécouvre Freud sous le jour nouveau d’une hésitation, d’un accident de mots, d’un humour entre les langues : un Freud pris dans le processus langagier du Yiddish.

Le préanalytique : Freud et le yiddish (1877-1897), [1982, 2005, 1994 pour la traduction en portugais], Paris, MJW Fédition, 2013.

Emmanuel Niddam

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