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[Live report] Ariel Pink, Godspeed You !, Deerhunter & Beach House au Pitchfork Music Festival

[Live report] Ariel Pink, Godspeed You !, Deerhunter & Beach House au Pitchfork Music Festival

30 octobre 2015 | PAR Bastien Stisi

L’édition 2015 du Pitchfork Music Festival, pendant européen de son cousin étasunien (qui a lieu chaque année à Chicago), ouvrait ses portes hier soir au sein de l’espace spacieux de La Grande Halle de La Villette. Une première soirée marquée, outre la présence de Beach House et de Deerhunter, par le live, forcément très attendu, de Godspeed You ! Black Emperor.

Immenses Godspeed, tendance Ariel

Avant le live des Montréalais, et après le set tout propre de Destroyer (beau jeu de lumière, beau saxo, beau piano, bon instant de pop rétro, beau trench pour Dan Bejet aussi), le Pitchfork reçoit le set foutraque, grabataire, psychédélique (dans tous les sens du terme) et sacrément libre d’Ariel Pink, ce Californien aux allures et aux compositions extravagantes qui proposera les contours (déstructurés) d’un album (Pom Pom, son dernier), qui ravira autant qu’il effraiera. L’ingé son est en retard (si l’intro est si longue, c’est que le micro d’Ariel dysfonctionne…), tout cela est joué bien fort, « Put Your Number In My Phone » est donc aussi kistchouille en live qu’en studio, Ariel le Rose s’excite sur scène. Dans sa tête, tout le monde a l’air de se sentir très bien. Un peu en fait comme dans la tête de Kirin J. Callinan, qu’on avait vu un peu avant, un Américain autant préoccupé de complaintes minimales que d’excitations maximales (parlons donc de goth folk). Comme si Sun Kil Moon s’était fait avaler par The Soft Moon. Une histoire de gravitation inversée donc.

Alors, Godspeed. Ce live-là débute à 20h30 mais est déjà annoncé (physiquement parlant) depuis un moment, via ces bobines, pellicules et matériel de projection disposés sur une petite scène surélevée juste devant la scène principale, pas là uniquement pour gêner la vue des spectateurs mais aussi pour permettre à Karl Lemieux (l’un des membres du collectif) d’effectuer ce vijing qui permet aux images de dialoguer sans interruption avec le son. La première de ces images, d’ailleurs, fait apparaître, et à l’image de leur dernière venue à Paris (au Bataclan en avril dernier) le mot « Hope », bientôt accompagnée par « Peasantry or ‘Light! Inside of Light!’ », qui introduit le concert comme il introduit le dernier album du groupe (Asunder, Sweet and Other Distress), via ce post-rock progressif, virulent et changeant, qui épouse tant de voix (avec des morceaux de 20 minutes, c’est vrai qu’on en a le temps) et qui conteste tant de mauvaises foies (on sait le caractère éminent séditieux d’un groupe éminemment politique). « Hope ». C’est le sentiment global qu’il faudra retenir du live évidemment immense de ces partisans de l’espoir, et malgré des ambiances qui pourraient paraître, aux yeux des noms initiés, largement plus noirs. Libération par le biais de la contestation. Godspeed termine par le tube (oui, un morceau de 10 minutes est un tube chez Constellation Records) « East Hastings », ce morceau daté de 10 ans qui débute par le chant lamenté d’un spectre égaré avant de s’achever dans un fracas grandioses de guitares accumulées. « Hope » donc.

Deerhunter, Beach House : grandeurs contraires

Après avoir craint, une fois encore et durant 1 heure 30, l’effondrement programmé du monde  (« La seule chose qui est certaine, c’est que tout ça va bientôt s’effondrer », répète en amont le groupe comme un leitmotiv), il pourrait s’avérer compliqué de revenir se frotter au monde réel. Heureusement, c’est Deerhunter qui enchaîne. Et le groupe assure clairement. Emmené par un Bradford Cox heureusement plus agréable en live qu’en interview (son entretien exécrable et suffisant donné le mois dernier aux Inrocks a fait le tour du web) et qui vient compléter le tableau des esprits génialement malades de cette première journée de festival, Deerhunter lance dans la bataille son dernier album, brillant et open minded (Fading Frontier), gravitation permanente entre psyché qui fait suer, shoegaze qui fait vibrer et pop qui fait danser. Le combo, sensuel, sauvage et sournois, est idéal.

Idéal, si l’on se base sur l’accueil réservé par le Pitchfork à l’arrivée des Américains sur scène, comme le live de Victoria Legrand, d’Alex Scally et de Beach House qui suivra et qui viendra clôturer la soirée en étalant avec douceurs et certitudes les émanations gentiment pop jaillissant de leur discographie, complétée en une seule année par deux nouveaux épisodes (Depression Cherry et Thank You Lucky Stars) dont on pourra évidemment entendre quelques instants (« Space Song », « Sparks », « Majorette »). Incarnation suprême d’un genre (la dream pop) qu’il revendique même d’un point de vue visuel (en fond visuel, un joli mur d’étoiles s’allume et macule les environs d’une poésie toute naïve), Beach House séduit ses plus fervents admirateurs (ils étaient acquis), et en convertira pas mal d’autres.


La nuit sera douce, et les lendemains aguicheurs, puisque le jour qui débute trouvera son terme ce soir avec les lives, attendus, de Health, de Battles ou encore de l’ex Radiohead Thom Yorke. La programmation complète se retrouve d’ailleurs ici.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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