Pop / Rock
Le duo Beach House ou l’art de la lévitation

Le duo Beach House ou l’art de la lévitation

21 février 2022 | PAR Chloe Boyer

Du 10 novembre 2021 au 18 février 2022 paraissait « One Twice Melody », le 8ème album du duo de dream-pop Beach House qui nous fait planer depuis 2006. Avec 4 chapitres musicaux progressivement dévoilés, cet album récompense 4 ans d’attente.

 

Quand planer est à la mode

L’univers éthéré de Beach House s’est imposé au fil des années sur la scène du rock indépendant moderne au même titre que des groupes comme Mazzy Star, Still Corners ou Cocteau Twins. Empruntant à la dream-pop, sous-genre du néo-psychédélisme reconnaissable pour ses effets d’écho et de chorus et pour ses voix basses haletante, autant qu’à son cousin le shoegaze, courant du rock alternatif qui mise sur la distorsion du son et les voix obscurcies, Beach House a marqué son territoire sonore pour des générations. Ces sonorités planantes ont convaincu jusqu’aux plus grands artistes modernes, The Weeknd ayant joué avec leurs samples dans plusieurs morceaux tel que « The Party and the After Party » (2012) en reprise de « Master of None » (2006). Il n’est pas non plus rare de tomber sur des TikTok reprenant leurs instrus.

Avant d’être ce groupe de renom, Beach House est d’abord un projet d’art conceptuel pensé par la chanteuse et claviériste Victoria Legrand et le guitariste Alex Scalli, deux adeptes de la musique d’orgue et de l’art-pop qui se sont rencontrés dans leur vingtaine. Leur histoire débute ainsi sur un coup de cœur musical sur la scène indépendante de Baltimore en 2006 : après quelques répétitions dans des sous-sols remplis de jeunes mélomanes rêveurs, ils se lancent dans un 1er album éponyme, « Beach House ». En 9 titres, ils façonnent leur esthétique très estivale, qui oscille entre un décor paradisiaque et une plage vide, sur laquelle errent des âmes à la dérive. Les thèmes de l’indécision, de la désillusion amoureuse et du vide existentiel dessinent déjà les contours de leur art, en particulier dans « Master Of None », le morceau de la percée, écouté près de 45 millions de fois.

Une ascension tout en légèreté 

2 ans plus tard, Devotion les ancre dans le spacerock, celui des vocalités tout en longueur et d’un son hypnotique. Ils se découvrent alors une passion pour la batterie minimale et le synthétiseur qui matchent bien avec leur côté lunaire. Cet album, qui sonne comme un hommage aux Beach Boys, marque le début du parcours. En 2010, le duo signe chez Sub Pop record, le label américain qui, depuis 1986, a accueilli les plus grands du mouvement grunge, de Nirvana à Soundgarden. C’est donc bien entourés qu’ils sortent Teen Dream, plein d’une désolation soul et d’une maturité vocale que l’on retrouve surtout sur le célèbre « Take Care ».

Passage en 2012 par Bloom, qui, avec des instrus plus électroniques, les libère de la catégorie musique indie, leur permettant d’approfondir les lyrics et de se perfectionner sur le synthé, comme dans « Myth » qui frôle les 100 millions d’écoutes. Il faudra cependant attendre 2015 pour la vraie révélation avec Depression Cherry, porté par l’indétrônable « Space Song » qui les propulse à près de 350 millions d’écoute, initiant même la mode des vidéos de lévitation sur les réseaux. L’album se fonde cette fois moins sur la passion amoureuse que sur les moments de flottement et d’introspection chers au duo. Leurs fans de la première heure doivent alors composer avec une floppée d’adolescents mélancoliques.

Avec Thank Your Lucky Stars, successeur plus sombre de Depression Cherry en 2015 et B-Sides and Rareties (2017), compilation de morceaux non inclus dans leurs albums, surfent sur ce succès jusqu’au superbe 7 en 2018. Cet album représente bien le chemin parcouru par le duo, reprenant toutes les clés de leur succès et confirmant le potentiel infini de leur imagination musicale.

Les 4 saisons à la plage

4 ans après ce dernier album, le 10 novembre 2021 est la date du grand retour. 4 musiques sont dévoilées : les fans se jettent dessus, avides de se replonger dans la douceur aérienne de Beach House. Le groupe frappe fort en introduisant l’album par le titre éponyme « Once Twice Melody » : premier sorti, c’est aussi le premier en chiffres d’audience, avec déjà près de 6 millions d’écoute. Jusqu’au 18 février, ils vont dévoiler en 4 jets ce projet patiemment concocté, aussi onirique que limpide. Un peu plus joyeux dans les thèmes, évoquant notamment la beauté du temps qui passe et du silence, il reste empreint de nostalgie, parfait pour une fin de journée à la plage.

Le duo passe ici un cap en s’auto-produisant pour la première fois et en s’entourant plus que de coutume. Avec David Campbell chargé des arrangements et les talentueux DJ que sont Caesar Edmunds, Trevor Spencer et Dave Fridmann au mixage, la qualité est au rendez-vous. Enregistré avec un ensemble de cordes en direct, l’album promet d’intenses moments de trip.

 

16 ans de carrière plus tard, nous y voilà : Beach House a réussi son projet le plus ambitieux en gardant la même cohérence qu’à ses débuts. Le rendu, épuré et entraînant, offre aux auditeurs un moment de lévitation.

 

© Image de mise en avant : photographie de Robert Johansson (2012)

© Beach House annonce du Full Uk And Ireland Tour Ticket (2012)

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