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[Chronique] « Asunder, Sweet and Other Distress » de Godspeed You! Black Emperor : plaisir et frustrations

[Chronique] « Asunder, Sweet and Other Distress » de Godspeed You! Black Emperor : plaisir et frustrations

10 avril 2015 | PAR Pierrick Prévert

En soirée, il y a un jeu amusant : lancez avec des amis passionnés par la musique une discussion sur le post-rock et comptez au bout de combien de temps quelqu’un prononce le nom des canadiens de Godspeed You! Black Emperor ou de leur label, Constellation Records. Attention, ça va très vite.

[rating=4]

Car ils en sont là, représentatifs à l’excès de ce genre musical par leurs apports, leurs expérimentations et leur radicalité – une radicalité qui s’exprime sur le terrain politique et musical, au point que l’on est en droit de penser que chaque morceau est un manifeste. On pensera par exemple pour cet intersection du politique et du musical à l’album Yanqui U.X.O. et la carte incluse montrant les liens entre majors du disque et industrie de l’armement, ou encore le message « Fuck le Plan Nord. Fuck la Loi 78 » sur l’album Allelujah ! Don’t Bend. Ascend, entre de très nombreuses autres choses.

S’ils sont représentatifs de ce genre musical, c’est toujours dans ce style qui leur est propre, purement instrumental, dans lequel violons et guitares s’observent d’abord puis s’opposent pour finalement exulter ensemble dans des mélodies épiques suivies de longues pauses qui, progressivement, recréent des tensions. L’ensemble est si viscéralement cinématique que le groupe accompagne ses sets live de projections vidéos : films et boucles en format 16 mm réalisés par Karl Lemieux et aussi, précédemment, par Jem Cohen. Pour l’anecdote, Efrim Menuck (guitare) et Sophie Trudeau (violon) jouaient au sein d’un collectif ad hoc au début du mois au 104 pour le ciné-concert du film We Have An Anchor de Jem Cohen à l’occasion du festival Sonic Protest.

Ce cinquième album du groupe Asunder, Sweet and Other Distress, relativement court et composé de quatre morceaux, est basé sur un morceau d’une quarantaine de minutes que jouait le groupe lors de sa tournée en 2012 et qui était alors connu sous le nom de « Behemoth », excusez du peu. Il s’agit donc en réalité d’un seul et unique morceau à la continuité assumée et signalée, dans l’édition vinyle, par un sillon sans fin à l’issue d’une note maintenue pendant plus de deux minutes en toute fin du morceau « Lambs’ Breath ». Si l’album est composé dans un format qui évoque une classique structure dramatique en trois actes, le groupe a cependant tenu à découper la longue plage drone centrale que ne renierait pas Sunn O))), d’un minimalisme oppressant, en deux sous-morceaux, « Lambs’ Breath » et « Asunder, Sweet », avec le souhait de faire apparaître ce dernier comme pivot : du titre de l’album jusqu’à la numération, latine pour les autres morceaux (I, II, IV) et arabe (3) pour celui-ci.

Bien que le groupe brille encore par son talent dans la très réussie section intérieure mélodique de « Peasantry or ‘Light! Inside of Light!’ », véritable gemme de cette œuvre et dont on aura du mal à se lasser, ou encore dans la galvanisante quoiqu’un peu facile (du fait d’une progression linéaire très convenue) « Piss Crowns Are Trebled », on reste un peu sur sa faim. C’est très beau, bien fait et l’album approche parfois le sublime mais il manque peut-être, dans le format comme dans la composition, d’un peu de cette audace et de cette radicalité qui leur est pourtant caractéristique pour faire de cet opus un chef-d’œuvre.

Godspeed You! Black Emperor sera le 22 et 23 février au Bataclan.

Godspeed You ! Black Emperor, Asunder, Sweet and Other Distress, Constellation Records, 2015, 40 min.

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Pierrick Prévert

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