Musique
[Live report] Jerusalem In My Heart & Suuns à l’Institut du Monde Arabe

[Live report] Jerusalem In My Heart & Suuns à l’Institut du Monde Arabe

24 novembre 2015 | PAR Bastien Stisi

Un an après une première collaboration live en France (dans l’intimité du Chinois de Montreuil), et six mois après avoir exporté cette association impeccable en studio, Suuns et Jerusalem In My Heart (ou plutôt Radwan Ghazi Moumneh, sa moitié), Montréalais hébergés sur les deux labels les plus exigeants du pays (Secretly Canadian pour l’un et Constellation Records), présentaient hier soir ce disque au sein de l’auditorium de l’Institut du Monde Arabe.

C’est Radwan Ghazi Moumneh qui débute, et qui se concentre d’abord sur le répertoire de Jerusalem In My Heart. D’abord seul sur scène (une violoniste le rejoint à la moitié du set), ses incantations perchées, troublées et habitées, parfois modifiées par l’aide d’un vocodeur robotique, sont accompagnées dans leurs lévitations lointaines par ces boucles obsessionnelles, grabataires et extatiques qui gravitaient déjà au sein du premier album du projet (Mo7it Al-Mo7it, mené par le chef-d’œuvre ,« Yudaghdegh El-ra3ey Walal-Ghanam », encore moins prononçable que le reste), et qui imprègnent aussi le second (If He Dies, If If If If If If), sorti il y a quelques semaines, un album qu’on entendra interprété, quasiment, dans sa globalité (« A Granular Buzuk », « Lau Ridyou Bil Hijaz », « 7ebr El 3soyoun »). Mystique et magnifique.

Comme chez Godspeed You ! Black Emperor, avec qui JIMH partage un label (Constellation Records) et une marginalité artistique de tous les instants, des projections visuelles (via pellicules) viennent accompagner le set, « jouées » en direct par un projectionniste positionné dans les gradins, des images qui rappelleront les glorieux collègues de label (ces plans d’immeubles en perdition sont semblables à ceux que Godspeed projetait dernièrement au Bataclan et au Pitchfork), et qui feront écho, aussi, à la brûlante et tragique actualité qui a accompagné la capitale parisienne ces derniers jours. Au milieu de cette tête étrange de cheval (c’est la pochette du 2nd album), de ces rochers fracassés par les vagues qui s’échouent, de ces torches qui flambent près des territoires en ruines, ce sont en effet des murs impactés par les balles qui apparaissent sur les écrans d’une salle silencieuse, attentive, pensive. L’image de ces impactes, sans doute, est plus forte encore que l’image de cette dizaine de militaires regroupés à l’entrée, afin de protéger les environs et l’amitié réciproque des cultures orientales et occidentales.

Mais la guerre, en ces lieux, est intérieure.Et le regard tourné vers l’extérieur. Plus tard, Ben Shemie et les membres de Suuns viendront ajouter guitare, basse, batterie et murmures chantés aux déclamations de Radwan, reproduisant sur scène les 7 morceaux de cet album absolument essentiel, cohérent en tout points malgré les très fortes personnalités des deux projets respectifs. Les boucles s’accumulent à n’en plus finir (« 2amoutu I7tirakan », « Gazelles In Flight »), les guitares s’enlisent dans une tension latente (« In Touch » et « Leyla ») avant de devenir frontales (« Metal »), le chant de Ben succède à celui de Radwan. Deux projets. Un dialogue. Et un tas de réponses.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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