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Les divas du monde arabe brillent à Paris

Les divas du monde arabe brillent à Paris

25 mai 2021 | PAR Donia Ismail

Jusqu’au 6 septembre 2020, l’Institut du monde arabe rend hommage dans une exposition chorale aux grandes chanteuses et actrices du monde arabe.

Il y a d’abord une mélodie qui s’étend sur de longues minutes. Des violons qui crient l’amour et des percussions qui pleurent un pays déchu trop vite. Dans l’atmosphère vibre un air du Caire. On en oublierait presque que l’on est coincé entre quatre murs noir, à l’Institut du monde arabe, en plein cœur de Paris. On apercevrait presque les Pyramides se dessinaient dans le fond. Puis, il y a cette voix, comme un cri, qui rompt cette hallucination. Sur un rideau est projeté son visage. Celui d’une femme qui a su marquer d’une trace indélébile le monde de la musique arabe : Oum Kalthoum, l’Astre de l’Orient.

Puis successivement, apparaissent les visages d’Asmahan, princesse druze à la voix ensorcelante, Fairuz, icône libanaise à la poésie patriotique, de Warda l’Algérienne, Sabah, Souad Hosni…

Ces divas de la musique arabe ont réussi le tour de force de s’imposer à travers les décennies. Encore aujourd’hui, à des milliers de kilomètres des terres qui les ont vues naître, elles sont honorées. À partir du 19 mai, c’est l’exposition de l’Institut du monde arabe «Divas», qui les met en scène, à travers des extraits de concerts, interviews, photographies et objets personnels.

Des icônes du monde arabe

On l’attendait avec impatience cette exposition, car c’est une première. Jamais un musée n’avait osé rassembler ces femmes arabes sous un même toit. L’IMA avait déjà présenté au public français Oum Kalthoum, lors d’une exposition sublime en 2009. Mais une exposition chorale qui fait parler ces icônes, les met en miroir ? Jamais.

Si ces noms n’évoquent sans doute rien pour une majorité de la population française, elles restent des piliers de la musique arabe. Chacune l’a façonné à son image, propulsant ainsi l’art arabe au sommet du monde. Elles ont fait du Caire, de Beyrouth, des hubs culturels. Elles sont politiques, patriotiques. En 2020, quand Emmanuel Macron se rend dans la capitale libanaise après l’explosion de son port, il rencontre Fairouz. Car, elle est le Liban. Quand Oum Kalthoum se déplace pour des concerts dans le monde arabe dans les années 1950, on sort le grand jeu : tapis rouge, orchestre militaire, elle est reçue comme un chef d’État. Elle est le visage de l’Égypte.

À une musique irréprochable, s’ajoute la passion exacerbée des fans autour du monde, jusque-là inégalée. En 1967, Oum Kalthoum se produit pour deux récitals à l’Olympia. Jamais la salle parisienne n’avait veillé si tard. Bruno Coquatrix, alors directeur de l’établissement, racontait en 1975 ces deux nuits de folie. « Je n’ai jamais vu cela. Elle pouvait soulever la salle qui se mettait à hurler et tout d’un coup elle les domptait absolument. Ils étaient à quatre pattes par terre, implorants vers elle.» On appelle cet état de transe, d’extase intense, le tarab. Oum Kalthoum en est la reine.

Un pari réussi

Les attentes sont donc nombreuses. Comment rendre hommage à ces mythes que l’on ne pourrait comparer à des artistes occidentaux -certains s’y sont essayés, en vain ? Comment faire comprendre leur impact, le pouvoir qu’elles ont toujours sur les populations arabes ? Comment expliquer ce qui est inexplicable ? L’Institut du monde arabe s’est engagé dans une route sinueuse car ces femmes font partie d’un héritage culturel que l’on se transmet de génération en génération, comme l’on partagerait une recette ou des coutumes. Et pourtant, l’IMA réussit le pari haut la main. En plus d’une scénographie attractive et très instagramable -on adore le principe de loges des artistes pour les quatre divas historiques-, le musée tente de raconter le plus fidèlement possible leurs empreintes dans le monde. Le gros plus, les objets personnels prêtés par les proches de ces icônes. On voit la djellaba et les passeports de Warda, les costumes flamboyants de Sabah et de Dalida, les effets personnels de la grandiose Hind Rostom…

L’exposition va plus loin et tord le principe même de diva, pour inclure les actrices iconiques de cet âge doré, où l’Égypte produisait plus de films qu’Hollywood : Samia Gamal, Tahiya Carioca, Faten Hamama, Souad Hosni… Le seul regret : la grande Shadia est absente.

Les pionnières

Et puis, il y a surtout la première partie de l’exposition, la plus intéressante car la moins connue. Elle présente ces pionnières, ces businesswomen qui étaient à la tête de cabaret, de journaux papiers. Celles qui ont propulsé certaines starlettes sur le devant de la scène. On y parle également de féminisme, qui dans les années 1930 vient bousculer l’État égyptien.

Finalement, cette exposition casse bon nombre de clichés. Elle présente des modèles de femmes fortes, de businesswomen, des féministes qui ont su faire avancer la lutte. Les divas que l’on présente ont dominé un monde majoritairement masculin, ont représenté avec une telle force leurs terres. Cette exposition rappelle la nécessité de connaître ces femmes-là, de leur rendre hommage.

Visuel : ©Affiche

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Donia Ismail

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