Musique
Les ballades tendres des « Paysages » de L

Les ballades tendres des « Paysages » de L

20 janvier 2021 | PAR Lise Ripoche

Raphaële Lannadère, L de son nom-initiale, fait paraître en ce début d’année son cinquième album. Paysages est une balade dans un pays tendre et mélancolique.

 

Auteure-compositrice-interprète, L a été comparée à ses débuts à Barbara, la grande « madame nostalgie ». Pourtant comme toute comparaison, aussi flatteuse soit-elle, celle-ci avait pour L des allures de carcan. L, qui est nourrie de multiples influences, L qui a étudié les polyphonies tsiganes, corses, bulgares, ainsi que le gospel et le fado, aborde la musique comme une ethnologue à la découverte de mondes anciens et sacrés, perdus puis retrouvés. Elle cultive un certain éclectisme, sans pour autant perdre sa voix propre, qui résonne singulièrement dans le paysage de la chanson française actuelle. 

Dans Paysages, les paroles du titre « L » peuvent-être entendues comme une note d’intention:  » je promets le ciel, les moiteurs de bal, les frissons d’un patois que je connais rien qu’un peu de vent, d’un courant de rivière, d’un pays que nos pas ont foulé enfants » « pour que ronde dans ma voix des foules étrangères, des orages et des visages, pour qu’en moi le monde dessine des paysages ». 

Paysages est donc un album-balade, conçu comme un chemin qui digresse un peu, fais des tours et des détours, et dessine pas à pas l’image d’un monde foisonnant d’images éphémères. Il y a des promesses soufflées à mi-voix, comme dans le titre « Tu viendras » où, Petit-Poucet au charme un peu fané elle chante « je partirai pas tu sais sans avoir semé des cailloux qui te relieras jusqu’à nous », et il y a des odes comme dans « L’étincelle », qui parle du geste d’Adèle Haenel à la cérémonie des Césars et nous invite à entrer dans la ronde des jeunes filles en feu

Ses textes, empruntant parfois aux comptines enfantines une certaine naïveté, parfois aux chants partisans leur rengaine militante, sont portés par une voix fragile qui se laisse emporter par ses propres élans. Témoin d’une année où le temps s’est arrêté, L compose des tableaux de la « ville morte » et chante aussi pour s’évader. Voyages immobiles, paysages mentaux se succèdent, L convoque le monde; le jardin, la mer danse, la forêt parle, les oiseaux font la fête, et l’univers progressivement se repeuple. 

Malgré quelques chansons un peu trop sucrées et malgré le romantisme un peu convenu de certaines paroles, Paysages parvient tout de même à créer un univers à la mélancolie accueillante. Sa naïveté est rattrapée par les accents pudiques d’une voix qui dérive un peu. L est assez touchante finalement, participant aussi bien de l’imaginaire de Pocahontas et que de Kate Busch, de Barbara que de Fréhel. Paysages est peut-être un album qui demande d’être écouté avec son coeur d’enfant rêveur, le nez collé à la fenêtre à regarder le monde.

 

 

crédit visuel: album Paysages, L

 

 

 

 

 

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