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[Interview] Mélanie De Biasio : « Les pleurs sont là pour nettoyer le cœur »

[Interview] Mélanie De Biasio : « Les pleurs sont là pour nettoyer le cœur »

09 avril 2014 | PAR Arnaud Berreby

Après le chaleureux accueil réservé à son dernier album No Deal (que l’artiste avait évoqué à nos côtés à l’automne dernier), nous avons de nouveau rencontré Mélanie De Biasio à la veille de son concert parisien à la Cigale :

 

 

Si l’on s’immerge dans les textes de vos chansons, on constate qu’ils racontent, le plus souvent, une mélancolie, voire une tristesse…

Mélanie De Biasio : Cela fait partie du processus, je suppose, en même temps, j’ai toujours été soucieuse d’y ajouter une dose de lumière et, par ailleurs,de retirer toutes les considérations qui me sont trop personnelles et qui, selon moi, parasitent le propos. N’y laisser que la prime substance, épurée, avec sobriété et sans narcissisme.

Quelle musique vous a bercé chez vos parents ?

M. D. B. : D’un côté la musique francophone Brel, Brassens et, de l’autre,la pop des années 70 avec Bowie, Lennon, Yes, Pink Floyd,etc…

Pas de musique italienne, de part vos origines ?

M. D. B. : Si ! Chez ma grand-mère paternelle. J’y passais beaucoup de mon temps libre. La radio allumée en permanence, elle était une amie fidèle toujours présente, d’autant plus que mon grand-père étant parti précocement, elle le remplaçait en quelque sorte…

Dans la chanson éponyme de l’album, « No Deal », vous chantez : « un arbre des lamentations qui gémit », que souhaitez- vous exprimer ?

M. D. B. : Justement, nous évoquions mes grands parents. Ce passage parle de nos ancêtres, de nos racines.

Selon vous, nos origines, nos racines, nous ramènent donc inévitablement à la douleur ?

M. D. B. : Pas forcément, mais au moins à quelque chose de dense. Ce n’est pas de la douleur, mais un émoi puissant que l’on s’approprie. On peut pleurer d’émotion sans être triste pour autant. Les pleurs sont là pour nettoyer le cœur.

A propos d’émotion, et à la veille de votre concert parisien, souffrez-vous du fameux trac sur scène ?

M. D. B. : Je dois être un outil au service des gens et de leur émotion, ni plus, ni moins. Cela n’a rien à voir avec un quelconque orgueil, je dois me rendre disponible pour cette mission et c’est très exigeant, d’autant plus que nous jouons beaucoup sur l’improvisation. Improviser, c’est raconter une histoire mais pas avec beaucoup de notes, bien plutôt avec une note unique que je cherche à habiter et qui occupe tout l’espace disponible. Mon corps et mon esprit se doivent d’être suffisamment aiguisés et alertes pour pouvoir être ce canal et c’est cela qui peut donner le trac. Non pas par rapport au public, mais vis-à-vis de la performance elle-même.

Comment composez-vous ? Au piano ? A la flûte, cela semble difficile, non ?

M. D. B. : A la flûte, cela peut arriver pour une ligne de basse, mais c’est peu fréquent, c’est vrai. Le plus souvent, c’est a cappella, par exemple je suis à vélo, un rythme s’installe et cela m’inspire une mélodie.
Mais souvent, après les concerts, des idées m’assaillent.

Comment vous est venu votre splendide titre « I Feel You », qui ouvre l’album ?

M. D. B. : A cappella. Avec un snap et une mélodie directement, comme sur « Sweet Darling Pain » (ndlr : le single actuel NDLR). Les paroles étaient là, ne demandaient qu’à être mises en musique : je les ai scandé et le groove m’est apparu immédiatement ! Le texte de « Sweet Darling Pain » a été écrit par Pascal Paulus (mon claviériste) et il m’attirait beaucoup : des images abstraites, déconstruites, loin du schéma classique narratif avec sujet, verbe et complément, et qui m’ont inspirées.

Melanie De Biasio en concert le jeudi 10 avril à La Cigale.

Melanie De Biasio, No Deal, 2013, [PIAS le Label]

Visuels : (c) Frank Loriou

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