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[Chronique] « Solarispellis » d’Arandel : chants de l’ailleurs

[Chronique] « Solarispellis » d’Arandel : chants de l’ailleurs

26 janvier 2015 | PAR Bastien Stisi

S’il a toujours tenu à conserver l’anonymat le plus total autour de son projet, cela n’a pas empêché Arandel de se faire un nom. Quatre ans après le succès confidentiel mais certain de son premier album In D, voici ainsi, Solarispellis, dont le nom provient des Chants d’en Bas du Français Philippe Jaccottet, eux qui nous invitent, notamment, à « traverser notre vie comme une eau fraîche et rapide ».

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Et l’on pourra se baser sur ces quelques vers pour aborder ce nouvel épisode de celui dont on peut, cela est encore permis, fantasmer le nombre de mains et les traits exacts du visage, comme avant lui (toutes proportions gardées) chez Homer, chez Shakespeare, ou plus récemment chez le Britannique brouilleur de pistes Burial. Car Solarispellis est effectivement un voyage, tortueux et torturé, féérique et onirique, entre l’electronica organique de Matmos (« Section 9 »), les plages synthérées d’East India Youth (« Opening Section »), l’IDM psychotoxique d’Aphex Twin (« Section 13 »), la musique contemporaine de Steve Reich (« Section 10 »). On pense aussi, lorsque les beats tendent vers la house étoilée, à son compère de label Rone (c’est particulièrement frappant sur le superbe « Section 7 »).

Comme chez Arandel lui-même, et comme l’idée qu’il défend de devoir absolument annuler toute idée de personnification au sein de sa musique (c’est le son qui doit être au centre du propos), les morceaux de Solarispellis séjournent sans véritable identité. Ceux-ci portent en effet simplement le nom de sections, numérotées de manières aléatoires et imprévisibles, et ne contiennent ni début, ni fin, sinon celui que le format LP obligatoire du LP aura bien voulu leur accorder. C’est cette fois aux préceptes de Brian Eno ou de Boards Of Canada que l’on voudra bien songer.


Mais l’apparent désir d’homogénéisation n’est qu’un leurre. Car ces sections-là, et c’est sans doute ce qui lui sera reproché par ses admirateurs les plus radicaux, contiennent parfois, au milieu du brouillard bienfaisant, quelques formes mélodiques certaines qui, si elles ne contiennent évidemment aucune démarche pop, s’avéreront tout de même bien plus accessibles que l’ensemble plus dur à avaler que représentait l’aventure sonore In D. Ceux qui égareront un instant leurs sens sur le clavier rayé et épidermique de « Section 13 », qui ne semble devoir s’arrêter qu’en implosant définitivement, pourront s’en persuader rapidement.

Évidemment signé chez les avant-gardistes d’InFiné (dont il représente, avec les Barcelonais de Downliners Sekt, la frange la plus courbée), Arandel a raison de ne toujours pas se qualifier : car il semblerait en effet, et plus encore à l’écoute de ce Solarispellis essentiel, que ce soit dans l’obscurité impalpable que se forment les rêveries les plus émerveillées…

Arandel, Solarispellis, 2014, InFiné 45 min.

Visuel : (c) Elodie Maynard ; Sarah Saulnier de Praingy

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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