Classique
Disques classiques et lyriques de post-confinement 2

Disques classiques et lyriques de post-confinement 2

11 juillet 2020 | PAR Victoria Okada

La sélection de disques post-confinement n° 2 est marquée par des programmes originaux, et la musique de chambre est largement mise en avant.
Par Yaël Hirsch, Paul Fourier et Victoria Okada

Musique de notre temps

L’archet magique d’Amanda Favier dans Stravinsky et Corigliano

La violoniste Amanda Favier privilégie toujours un choix audacieux pour constituer son répertoire. Pour ce disque, elle a d’abord envisagé un programme tout Stravinsky (ce qui est déjà original pour un album de violon) mais le Concerto « The Red Violon » que John Corigliano avait composé pour le film éponyme (Oscar de la meilleure musique de film en 1999) vient finalement compléter l’enregistrement. Cette œuvre quasiment inédite au disque l’a séduite immédiatement : « […] La première écoute fut un véritable coup de foudre», dit-elle ; «happée par la puissance de l’œuvre et la richesse de l’orchestration, je trouvai écho à Stravinsky dans l’écriture de Corigliano avec les mêmes exigences violonistiques, faites de tension et d’abandon, de longs passages expressifs et d’une fougue irrésistible, partagés ici avec des textures et des couleurs sonores modulables à l’infini. » Une coïncidence : elle a elle-même un violon rouge, un Matteo Goffriller de 1723. Le scénario est parfait pour qu’elle s’imprègne de cette partition rare et l’explore au maximum. L’Orchestre philharmonique royal de Liège, dirigé par Adrien Perruchon, est ici un partenaire idéal de la violoniste dont le jeu expressif est magnifiquement mis en relief, même dans un tutti sonore impressionnant.
1 CD NoMadMusic, NMM073. Durée : 58’48 VO

La belle énergie de Barbara Hannigan pour servir Nono, Haydn et Grisey

La cheffe d’orchestre et interprète (notamment de George Benjamin) nous offre un voyage envoûtant aux lisières de la mort. Débutant par un chant âpre et le texte du poète Jesús López Pacheco sur le destin terrible de la militante du FLN algérien, Djamila Boupacha, le disque aux abords discordants conçu par Barbara Hannigan nous ensorcelle pour ne plus nous lâcher. Aboutissant, au bout du chemin, aux funèbres « quatre chants pour franchir le seuil » composés par Gérard Grisey, il traverse – comme un havre de paix en jonction entre la violence et la résignation méditative des deux œuvres contemporaines – la Symphonie n°49 de Haydn. Un voyage exigeant mais fascinant.
La Passione, 1 CD Alpha, Barbara Hannigan, Orchestre Ludwig. Durée : 72′ PF

Les Îles de Benoît Menut

Créés lors de la remise du « Grand Prix SACEM de la musique symphonique » (catégorie Jeune compositeur) en décembre 2016, Les Quanta ont pris la forme définitive dans ce disque fraîchement sorti. Parmi près de 70 poèmes courts de trois lignes composés par Dominique Lambert, Benoît Menut en a choisi seize pour les mettre en musique pour soprano, violon, violoncelle et piano. La formation change à chaque pièce, dans des atmosphères et sensations diverses. Le compositeur parle de la conception de cet enregistrement comme un album de musique de variétés : la plupart des pièces, courtes à l’instar des textes, ont été composées et mis en ordre spécifiquement pour ce disque (une interview à paraître prochainement). Leur mise en place par groupes de trois à quatre mélodies brèves, intercalées entre d’autres œuvres avec ou sans voix et qui vont jusqu’à huit minutes, donne l’image de petites îles de tailles et de formes différentes, éparpillées à distances irrégulières dans un océan. La première pièce, L’Oiseau Didariel, Etude-statue n° 5 pour piano, donne le ton et nous guide tout au long d’« une traversée de la mer d’Iroise aux Caraïbes ». Ce ton est calme, apaisant, aérien et épuré ; nous sommes d’emblée bercés par les bruits imaginaires de vagues que l’oiseau regarde en volant. Mais ce voyage aller-retour n’est pas toujours aussi paisible, il y a des cris de douleurs, des violences, des expressions de révolte, même si elles sont retenues… La voix de soprano (Maya Villanueva) et celle de violoncelle (Emmanuelle Bertrand) sont nos hôtes principales dans ce voyage maritime et l’Ensemble Syntonia (Stéphanie Moraly, violon ; Patrick Langot, violoncelle ; Romain David, piano) est notre compagnon de route par excellence. Ces musiques, sensibles, rêveuses et réalistes à la fois, sentent la mer et nous invitent à s’évader dans des contrées lointaines. Les partitions en sont éditées par les Editions musicales Artchipel et le recueil de poèmes Quanta chez Les Editions de l’île bleue.


1CD Harmonia Mundi, HMN902667. Durée : 70’59 VO

Deux disques pour saxophones chez Chapeau l’artiste

Premier disque solo de Matthieu Delage au saxophone baryton

Membre du Quatuor Morphing (1er prix du 7e Concours international de Musique de Chambre d’Osaka, lauréat des Fondations Banque Populaire et Cziffra…), Matthieu Delage est un spécialiste du saxophone baryton qui, en tant que soliste, est également auréolé de nombreux prix internationaux (Adolphe Sax, Gap, Musique en courts…). Cet instrument est rare en solo, mais ce disque a vu le jour, poussé par l’envie et la passion de nouveaux horizons que notre interprète a toujours nourries. Il sent contre lui les vibrations de son instrument de grande taille, comparable à la contrebasse, dit-il, et ce rapport et cette sensation physique confèrent une dimension « 3D » à son interprétation. En épaisseur et en profondeur, et aidé par une virtuosité brillante et solide, il est à l’aise en solo comme un poisson dans l’eau. Outre les transcriptions de Delage (Sonate pour basson op. 168 de Saint-Saëns, Deux pièces pour violoncelle et piano op. 2 de Rachmaninov et Cinq pièces dans un ton populaire pour violoncelle et piano op. 102 de Schumann), il a convié deux compositeurs à écrire pour lui : Matthieu Stefanelli (Melisma) et Patrick Zimmerli (Baritone Bolshevik Blues). On y entend également sa propre composition Liber. Autant dire que son exploration ouvre une perspective dans la popularisation du saxophone baryton.


Inner Voice, 1 CD Chapeau l’artiste. Durée : 55’08 Sortie digitale 19 juin. VO

Inveniendi par Nicolas Arsenijevic aux saxophones alto et soprano

Il est étonnant de constater à quel point le saxophone alto se fond bien aux cordes en remplaçant la clarinette dans le Quintette pour clarinette et cordes op. 115 de Brahms. La musicalité naturelle de Nicolas Arsenijevic met en avant toutes les caractéristiques de cette œuvre, malgré le timbre et la nature du son très différents de l’instrument originellement destiné. Un autre quintette, celui pour saxophone et cordes d’Adolph Busch est à découvrir absolument. Le premier violon du célèbre quatuor qui portait son nom et beau-père du pianiste Rudolf Serkin, Bush a composé en 1925 cette partition dans un style romantique tardif (le livret évoque Max Reger). Fougueuse, tourmentée, contemplative, joyeuse, ou encore enjouée, l’œuvre montre des caractères multiples. La partie du saxophone y fait référence à l’écriture des cordes qui exige une grande souplesse, pour laquelle Nicolas Arsenijevic n’a aucun secret. L’Or et le cuivre de Jean-Baptiste Doulcet (pianiste, improvisateur et compositeur, 4e prix au Concours international Long-Thibaud-Crespin section piano en 2019) et Inveniendi de Riccardo Nillni, composés tous les deux en 2019, sont de factures extrêmement différentes mais intègrent parfaitement la sonorité de saxophone. Le souffle d’Arsenijevic rend cette fusion heureuse, explorant dans ses interprétations toutes les facettes que l’instrument peut proposer.
Inveniendi, 1 CD Chapeau l’artiste. Durée : 78’ Sortie digitale 19 juin. VO

Beethoven et Korngold : Trios de jeunesse

Trois jeunes interprètes talentueux, le violoniste Guillaume Chilemme, le violoncelliste Yan Levionnois et le pianiste Nathanaël Gouin, forment pour l’occasion un trio « de choc » pour trois Trios de jeunesse de Beethoven et Korngold. Beethoven écrit son « opus 1 » (trois Trio avec piano) à l’âge de 23 ans, alors que Korngold n’avait que 12 ans lorsqu’il termine sa première œuvre pour violon, violoncelle et piano. Nos musiciens sont un peu plus âgés que les compositeurs au moment de l’écriture de ces pièces, mais leur fraîcheur et leur fougue juvéniles sont à l’image de ces partitions, doublées d’une maturité musicale qui ne cesse de nous séduire. Le dialogue entre les musiciens qui met en évidence le génie de nos jeunes compositeurs est un autre point fort de ce disque. Un enregistrement parfait pour l’année Beethoven !
1 CD Mirare, MIR 454. Durée : 81’ VO

Sonates de Schubert par Philippe Cassard

Grand interprète de Schubert, Philippe Cassard met pleinement sa connaissance sur le compositeur pour proposer ce disque à un choix d’œuvres inattendu : la Sonate n° 16 en la mineur D 845, les Valses D 969 n° 3, D 365 n° 35 et 35, et la Sonate n° 17 en ré majeur D 850, toutes de factures très différentes. Les deux sonates qui n’ont, de prime abord, pas beaucoup de choses communes, sont pourtant liées, explique-t-il dans le texte d’accompagnement, par le même motif rythmique de quatre croches suivies d’une noire. Le pianiste a décortiqué Schubert dans ses émissions sur France Musique il y a quelques années, et il en fait de même dans le livret. Son tempo, toujours naturel, retient la musique dans un équilibre parfait, ce qui est en soi un véritable exploit compte tenu, entre autres, de répétitions parfois interminables de motifs et de séquences. Les pianissimi si délicats proposés par l’interprète gardent précieusement une part de mystère ; ses phrasés mélodiques chantants évoquent bien sûr les Lieder… Après un voyage à travers la Sonate D 845, les trois (très) courtes Valses nous permettent de poser la valise en guise d’une petite pause, avant de repartir pour un autre voyage avec la Sonate D 850. On peut écouter ce disque comme un véritable récital, et s’égarer délicieusement dans l’imagination de Schubert et on peut complètement laisser guider par Philippe Cassard.


1 CD La Dolce Volta, LDV72. Durée : 76’24 VO

Intégrale des musiques de chambre de Brahms vol. 6 et 7

L’intégrale Brahms chez B-Records se poursuit, avec deux sorties rapprochées des volumes 6 et 7. La sortie physique du volume 6, consacré aux Quatuors à cordes et au Quintette pour piano et cordes, initialement prévue le 27 mars dernier, a été chamboulée par la crise sanitaire. Ce double disque a été enregistré en direct d’un concert au théâtre de Coulommiers, le 25 février 2019. Le 7e volume, les Sonates pour violoncelle et piano, est lui aussi un enregistrement public dans le même théâtre, le 18 septembre 2019. François Salque et Eric Le Sage sont, dans les deux volumes, les musiciens noyaux de ce projet dans le cadre de La Belle Saison, un réseau de concerts dédiés à la musique de chambre, regroupant une vingtaine de salles en France et en Europe. Nous avons à chaque volume été surpris de la qualité du son, beau comme dans un studio. Cette prise de son rend en même temps la spécificité du lieu, ses réverbérations et résonances évoquant l’espace dans lequel se placent les musiciens. Dans les Quatuors et le Quintette, le Quatuor Strada (aux deux interprètes déjà cités se joignent les violonistes Pierre Fouchenneret et Sarah Namtanu ainsi que l’altiste Lise Berthaud) propose une fois de plus une version pleine de fougue qui nous saisit par l’énergie des musiciens unis. La pulsation vitale, de la plus joyeuse à la plus grave, est palpable à chaque moment. Quant aux Sonates pour violoncelle et piano, elles sont assurées par deux complices de longue date qui réalisent une cohésion musicale heureuse. Ce partnership semble s’exprimer de la manière la plus flagrante dans le finale « Allegro molto » de la 3e Sonate, la pièce la plus courte du disque, en un condensé de grâce et de joie. 
B-Records. vol. 6 : 2 CD LBM 026 Durée : 2h13′ / vol. 7 : LBM 028 Durée : 52’56 VO

L’heure Bleue, le Concert Idéal de Marianne Piketty

Après son dernier disque intitulé Le Fil d’Ariane, la violoniste Mariane Piketty concocte un deuxième « Concert idéal », cette fois-ci autour du Concerto funèbre pour violon et orchestre à cordes de Karl Amadeus Hartmann. L’œuvre fut composée à l’automne 1939 en réaction à l’invasion de la Pologne et à l’annexion de la Tchécoslovaquie par Hitler. Des thèmes et des citations utilisés par Smetana, Chostakovitch, Bartók, ou encore Stravinsky, enrichissent ce Concerto que Piketty considère comme « de l’insoumission » et dans lequel les aigus suggèrent un effet parfois surréel. Ce caractère de « quelque chose qui survole au-dessus de nous » est encore davantage présent dans les trois œuvres d’Hildegarde de Bingen, sous un aspect dépouillé et mystique. Le violon y est linéaire et méditatif, le son sort tout droit de l’instrument, tandis que la même mélodie de Bingen est, dans Une vision d’Hildegarde de Philippe Hersant, plus riche en sonorités sous son archet.
1 CD Evidence Classics, EVCD068, Durée : 60′ VO

Le quatuor Modigliani se démultiplie pour l’octuor de Schubert
Ils devaient diriger la biennale des quatuors à cordes de Bordeaux et leur merveilleux Festival d’Evian est reporté pour cause de Covid, mais le confinement n’empêche pas les membres du Quatuor Modigliani de se dédoubler pour l’octuor à cordes en fa majeur de Schubert (1824). Sorti le 24 avril en numérique et le 12 juin en physique ce disque où ils invitent les soliste Sabine Meyer (clarinette), Bruno Schneider (cor), Knut Erik Sundquist (double basse) et Dag Jensen (basson) pour plus d’une heure de musique. Intense, à temps d’une vivacité cinglante, souvent d’une douceur champêtre, l’interprétation de l’œuvre enveloppe comme une seconde peau. Un merveilleux disque.

Quatuor Modigliani, Sabine Meyer, Bruno Schneider, Knut Erik Sundquist et Dag Jensen, Schubert, Quatuor à cordes, Mirare, Durée : 1’02, sortie le 12 juin. YH

Fêter l’espoir avec la violoncelliste Camille Thomas 


La violoncelliste Franco-Belge
Camille Thomas a été très suivie pendant le confinement pour son interprétation sur le toit de la lancinante « Danse of the blessed spirits » de Gluck. Dans son nouvel album qui sort le 5 juin chez Deutsche Grammophon, Camille Thomas  propose, autour de ce morceau, de donner voix avec son violoncelle à l’espoir. Commençant par le « Kaddisch » de Ravel, comprenant le « Kol Nidrei » de Bruch, des composition du pianiste exilé Fazil Say, des arrangements d’airs fameux d’opéra ou le thème de la Liste de Schindler, cet album très sensible et habité flirte avec les spectres et le sacré. Accompagnée par l’Orchestre Philharmonique de Bruxelles et Stéphane Denève, elle propose une traversée des ombres pour nous mener à l’été.

Camille Thomas, Voices of Hope, Deutsche Grammophon, sortie le 5 juin. YH

Florilège baroque

Marco Angiolini met à l’honneur les nourrices baroques.

Le personnage de la nourrice a souvent apporté, dans les opéras vénitiens du XVIIe siècle, une touche de légèreté, d’irrévérence ou de lubricité. À une époque où le genre s’accordait parfois curieusement aux personnages de théâtre, elles étaient principalement incarnées par des ténors. Le disque de Marco Angiolini (et sa superbe pochette qui donne à la nourrice un faux air de Conchita Wurtz) reprend les airs  de quelques uns de ces personnages truculents de Cavalli, Sartorio ou Scarlatti. La voix du ténor (accompagné par une formation de 6 instrumentistes et, par moments, par la talentueuse soprano Francesca Martini) se moule parfaitement dans le ton, les attitudes, les plaintes et revendications sensuelles de ces drôles de compagnes. Un disque pétillant à savourer, les yeux fermés, en se figurant déambulant le long des canaux de la Sérénissime.
Il Canto delle nutrice, Marco Angiolini, Ensemble il Groviglio, Francesca Martini. 1 CD Da Vinci Classics, durée : 58’45. PF

Goûtons Le Printemps !

Contemporain de William Byrd, Tomás Luis de Victoria, Giovanni Gabrielli, Carlo Gesualdo ou encore de Claudio Monteverdi, et de la même génération que Giovanni Pierluigi da Palestrina et Roland de Lassus, Claude Le Jeune (1525/30-1600) est un compositeur encore méconnu, excepté chez les chanteurs-choristes. L’un des protagonistes de l’Académie de musique et de poésie initiée en 1570 par un membre de La Pléiade, Jean-Antoine Baïf, Le Jeune travaille, avec les autres musiciens de l’Académie, sur le lien entre la poésie et la musique en s’inspirant des rythmes de la métrique grecque, le mouvement que l’on appelle la « musique mesurée à l’antique ». Ses œuvres sont aujourd’hui connues grâce à sa sœur Cécile qui, à la mort de son frère, rassemble dans Le Printemps (publié en 1603) une quarantaine de pièces « mesurées ». Dans ce disque, Dominique Vellard et son Ensemble Gilles Binchois (qui a fêté ses 40 ans l’année dernière) ont choisi une quinzaine d’œuvres dans lesquelles ils ont différencié la manière d’interpréter afin de montrer la diversité musicale du recueil. Les voix et les instruments à combinaisons et effectifs variés raniment ainsi constamment les propos, en conférant à cet enregistrement une fraîcheur exquise. La sensation que procure l’écoute de ce CD est si vivante que c’est comme si ces chansons avaient été écrites hier !
1 CD Evidence Classics, EVCD069. Durée : 64’14 VO

« Un perfaict sonneur de leut » d’Albert de Rippe par Paul O’Dette

« La musique d’Albert de Rippe est doublement remarquable tout d’abord par la qualité et l’expressivité des œuvres, mais aussi par les techniques utilisées pour produire des sonorités riches et peines, et pour enrichir la palette des couleurs du luth. »
C’est en ces termes que Paul O’Dette, l’un des grands pionniers de luth de notre temps, définit la particularité de l’art de ce compositeur (très probablement) mantouan qui était entré au service de François Ier. Actif dans la première moitié du XVIe siècle, sa vie est entourée de nombreux mystères, mais nous le connaissons à travers ses œuvres dont la quasi-totalité a fait l’objet d’éditions posthumes. Cet enregistrement offre des fantaisies, des danses et des chansons qui souvent témoignent de belle vocalité. L’interprétation de Paul O’Dette est marquée par une sonorité douce et par une linéarité étonnement délicate. Il tire de cet instrument à cordes pincées (comme la guitare) un legato naturel, à l’instar de celui joué sur un violon ! Dans ce disque, sa virtuosité semble se manifester davantage dans la sphère expressive que technique. Nous nous laissons séduire complètement par son expressivité qui va de pair avec la musica ficta, altérations (dièses et bémols) qui ne sont pas nécessairement indiquées sur la partition et dont l’utilisation dépend de la sensibilité de celui qui la pratique. Merci à Paul O’Dette de nous en proposer ces si beaux exemples.
1 CD Harmonia Mundi, HMM902275. Durée : 75’56 VO

Les Saisons amusantes de Nicolas Chédeville d’après Vivaldi

Nicolas Chédeville a récemment été remis à la lumière par l’enregistrement de François Lazarevitch et les Musiciens de Saint-Julien avec la musette, petite cornemuse française à la mode aux XVIIe et XVIIIe siècles (chez Alpha Classics, 2017). Ici, Tobie Miller et l’Ensemble Danguy s’emparent des partitions de Chédeville avec une vielle à roue. Il s’agit du Printemps ou Les Saisons amusantes Concertos d’Antonio Vivaldy mis pour les Musettes et Vielles avec accompagnement de Violon Fluste et Basse continue Par Mr Chedeville le cadet Hautbois De la Chambre du Roy et Musette ordinaire De l’Académie Royalle De Musique (sic). Les six Concertos qui y figurent sont des transcriptions et des arrangements de pièces extraites d’Il Cimento dell’armonia e dell’inventione, le recueil qui comprend les fameuses Quatre Saisons. Seuls les 1er et 3e mouvements de « L’Automne » et le deuxième mouvement de « L’Hiver » ainsi que l’intégralité du « Printemps »  sont présents. Contrairement à l’image d’un instrument populaire voire de pauvres (à cause de nombreuses peintures le représentant aux mains des mendiants, des gueux…), la vielle reprend sa notoriété entre 1720 à 1775, période qui correspond à l’âge d’or des instruments pastoraux, et devient très prisée au sein de la haute société. Les compositions de Nicolas Chédeville se situent à cette période et exigent un perfectionnement tout en soulignant le caractère « amusant ». Aux oreilles du XXIe siècle, la notion de l’« amusement » est ressentie par les bruits du clavier de la vielle, par une certaine aigreur dans la sonorité du basson (elle évoque d’ailleurs la bombarde) et du violon qui se confondent parfois, ainsi que des articulations et des accents bucoliques. L’Ensemble Danguy y réussit à merveille, leur interprétation est un vrai plaisir amusant !


1 CD Ricercar, RIC398. Durée : 51’45 VO

Gardiner propose une nouvelle Semele en live et toute en finesse


Après avoir enregistré une version de référence dans les années 1980, Sir John Eliot Gardiner en propose avec le Monteverdi Choir et les English baroque Soloists une version live que certains ont peu entendre à la Philharmonie en avril 2019. L’occasion de se replonger dans les finesses de cet oratorio de milieu du 18e siècle que tout rend parfaitement opératique et de se laisser séduire par les voix, notamment la soprano Louise Adler dans le rôle-titre et la mezzo Lucile Richardot, très subtile en Juno.
Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Semele, avec Louise Alder, Hugo Hymas, Lucile Richardot, Carlo Vistoli, Monteverdi Choir, English Baroque Soloists, dir. John Eliot Gardiner. Durée : 155’49 YH

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