Spectacles
Noémie Lvovsky et Anne-Lise Heimburger lisent Asli Erdogan pour Un rêve d’Avignon

Noémie Lvovsky et Anne-Lise Heimburger lisent Asli Erdogan pour Un rêve d’Avignon

11 juillet 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il y a depuis le 3 juillet, date à laquelle le 74e Festival d’Avignon aurait dû ouvrir, une sensation de gueule de bois à chaque fois. C’est un réveil : il y a du public, une programmation qui aurait pu être celle d’Avignon, mais ce n’est pas le cas.  Hier, loin du Musée Calvet, Blandine Masson a un peu fait tinter les trompettes.  Elle a lancé comme elle le fait depuis si longtemps, une lecture, rendez -vous iconique, mais une lecture très mélancolique.

« Nous allons parler de la vie et il nous reste peu de temps »

Noémie Lvovsky et Anne-Lise Heimburger sont assises face à nous sur des hauts tabourets. Elles semblent un peu perdues sur la grande scène du studio 104 face à la jauge très réduite en face d’elles. Elles vont se passer la voix, ce n’est pas un dialogue. Elles vont lire chacune, sans rythme égalitaire ces poèmes de Asli Erdogan qui est actuellement exilée à Berlin. L’opposante au régime Turc a été emprisonnée lors des purges de 2016, libérée, elle a ensuite fui son pays.  Et c’est cet état là qui se retrouve dans Requiem pour une ville perdue. Il s’agit d’un roman en douze chapitres qui évoque plusieurs périodes de la vie de l’auteure, publié aux éditions Actes Sud dans la collection « Lettres turques » dirigée par Timour Muhidine, et traduit avec minutie par Julien Lapeyre de Cabanes.

« Au jour qui se lève sur un monde aussi égaré que la veille je fais don d’une autre histoire »

La mort, l’exil, la solitude, la marche, les rues des villes sont le décor qui remplissent les mots d’Asli Erdogan. La peine et la nostalgie, la mélancolie sont partout ici, dans ce verbe direct, poétique presque malgré lui. Elle cherche la lumière tout le temps, recherche ses sensations perdues. Le « café » reste « froid », et sous la quête d’enfance « se trouvent des cadavres ». L’émotion saisit les comédiennes. Noémie Lvovsky s’étouffe et Anne-Lise Heimburger prend le relais de façon totalement improvisée. Le texte vient d’amener à ce moment de fêlure  sa vérité crue. 

L’exercice de la lecture est toujours l’occasion de saisir combien il est ardu de faire entendre un texte. A ce jeu, le duo choisi l’épure et fait flotter les mots d’une voix profonde. Lou Reed, Patti Smith s’invitent à l’univers sonore et ajoutent à la sensation d’intense déambulation intérieure.

Rêver d’Avignon

Cette lecture était la dernière en public de ce « Rêve d’Avignon ». La programmation se déroule sur le site du Festival, d’Arte, de France TV, de RFI et de France Culture donc.  Sur France Culture jusqu’au 25 juillet,  il est possible d’entendre les lectures,  les rencontres qui ont fait les dernières années du Festival.

Ce soir à 20H, en direct mais sans public, Reda Kateb lira Stefano Massini. Et tout le programme de ce Rêve d’Avignon est à retrouver ici.

Visuel : ©ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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