Classique
L’Orchestre national de Bretagne décoiffe la 7e symphonie de Beethoven

L’Orchestre national de Bretagne décoiffe la 7e symphonie de Beethoven

19 septembre 2021 | PAR Victoria Okada

Pour l’ouverture de la saison, l’Orchestre national de Bretagne (BZH) a créé un événement : « Beethoven celtique ». Et ce, avec la star de cornemuses et flûtes celtiques Carlos Núñez et le baryton basse gallois Bryn Terfel ; l’ensemble des musiciens est dirigé par le directeur musical du BZH Grant Llewellyn, lui aussi gallois. Mais que cache-t-il derrière cette joyeuse manigance interceltique ?

Une symphonie décomposée

Le programme imprimé annonce trois œuvres de manière dont on ne peut être plus classique : « Ludwig van Beethoven Symphonie n° 7 en La Majeur op. 92 ; Benoît Menut Omaggio (création mondiale) ; Ludwig van Beethoven Chansons écossaises, irlandaises, et galloises (orchestrations Pierre Chépélov et Benoît Menut) ». Mais ces lignes ne suggèrent pas ce à quoi les auditeurs vont assister ! En fait, on va vivre une forme de concert assez inédite : d’autres œuvres viennent s’intercaler entre les mouvements d’une symphonie. Quoique, au XIXe siècle, le mélange et la décomposition d’œuvres était monnaie courante.
L’administrateur général de l’orchestre Marc Feldman explique d’abord en quoi consiste ce concert : il s’articule en quatre parties liées à chacun des quatre mouvements de la Septième Symphonie. Un mouvement de la Symphonie est suivi d’un mouvement de la nouvelle œuvre de Benoît Menut et des chansons populaires arrangées ou composées par Beethoven. Ces dernières ont trouvé une orchestration « décoiffante », mettant les éléments folkloriques fortement en avant. Mais pourquoi associer cela à la Symphonie la plus dansante du maître de Bonn ? Parce que Beethoven composait son chef d’œuvre en parallèle de ses travaux sur les mélodies d’outre-Manche !
En écrivant Omaggio, Benoît Menut a déconstruit chaque mouvement pour (re)construire une autre œuvre. Mais il ne s’agit pas d’un puzzle ! Menut y fait appel à sa science de la composition, en utilisant habilement des motifs — ou fragments — mélodiques et rythmiques, pour créer un univers qui lui est propre. Une orchestration à plusieurs couches sonores (avec le même instrumentarium que la Septième à quelques exceptions près dans les percussions) offre un éclairage frais sur la musique dont nous pensions tout connaître. Mais en réalité, c’est loin d’être le cas. Beethoven réserve encore beaucoup de surprises.

Nature celtique dans la Septième de Beethoven

En effet, dans leurs arrangements orchestraux, Chépélov et Menut ont réussi à faire ressortir chez Beethoven, le son et les ritournelles celtes si frénétiques et si caractéristiques. Carlos Núñez joue ces motifs presque en dansant. Même quand il ne joue pas, il exprime la musique par tout son corps. Les mouvements subtils de ses membres et surtout ses regards perçants en direction du chef, de l’orchestre et du chanteur, en disent long sur son incarnation musicale. Bryn Terfel magnifie ces chansons celtiques par une expression opératique. Une autre incarnation musicale, celle de Grant Llewellyn qui dirige avec le seul bras gauche (à cause de son accident cérébral), nous impressionne profondément. Ainsi, dans ce concert, le mécanisme compositionnel du grand maître universel est revitalisé par les créateurs contemporains, son esprit d’aller en avant est rejoint par le chef, et la force musicale par tous les musiciens est partout présente. 
Le bis qu’ils ont donné ensemble, Save me From The Grave and Wise, WoO 154 no. 8 (dans un arrangement de Chépélov) reprend le motif cellulaire mille fois répété du finale de la Symphonie n° 7… à moins que ce soit celle-ci qui prenne le motif de la chanson. Et ils prouvent éloquemment la nature celte de cette symphonie !
C’est sous une ovation debout de toute la salle déchaînée que le concert s’est achevé. Après une telle brise de fraîcheur, on voudrait naturellement prolonger l’expérience avec un enregistrement !

Photos © Laurent Guizard

Je ne suis pas un monstre, le merveilleux naufrage de Tristan koëgel
Des racines qui explorent avec délicatesse la travail de deuil
Victoria Okada

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture