Classique
Ouverture du Festival Printemps des Arts de Monte Carlo

Ouverture du Festival Printemps des Arts de Monte Carlo

16 mars 2022 | PAR Victoria Okada

Le Festival Printemps des Arts de Monte Carlo, placé sous la présidence de S.A.R. la Princesse de Hanovre, prend un nouvel envol avec Bruno Mantovani. Pour son week-end de baptème, il fait dialoguer l’ancien et le moderne, ou la jeunesse et la maturité, proposant une programmation allant de la polyphonie médiévale à la modernité du XXe siècle.

Notre premier concert, celui de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, est sous le signe de dialogues intergénérationnels, ou « temporalités circulaires » selon le programme. Ma fin est mon commencement de Guillaume de Machaut (le titre de la pièce est également le thème de cette édition) et Siren’s Song de Peter Eötvös, invitant à l’atmosphère énigmatique. La polyphonie vocale à quatre voix a cappella de Machaut est plus propice dans un cadre plus intimiste, mais l’acoustique sèche de l’Auditorium Rainier III rend les voix nues de membres de l’Ensemble Gilles Binchois et donne un effet dépouillé, ce qui offre finalement encore davantage d’énigmes. Sous la direction de l’excellent chef slovène Marko Letonja (ancien directeur musical et artistique de l’orchestre  strasbourgeois), la pièce d’Eötvös nous paraît une peinture, mi-figurative mi-abstraite, de la nature en musique. On y croit entendre des bruits de forêt, de vent et autres bruits à travers des motifs fragmentaires. Le chant de sirène traverse les éléments qui sont étroitement liés entre eux.

Suivent deux concertos pour piano de Prokofiev, interprétés par Jean-Efflam Bavouzet. Entre le premier Concerto en ré bémol majeur op. 10 (1911-1912) et le dernier en sol majeur op. 55 (1932), le style a considérablement évolué. Dans l’opus 10, la personnalité musicale d’un jeune compositeur de vingt ans s’affirme déjà à travers un discours musical encore classique. Bavouzet exprime, avec une énergie débordante, la fraîcheur juvénile de cette musique pour lui donner un coup d’éclat. Après l’entracte, le pianiste interprète l’opus 55 avec toujours un incroyable tonus, mais y ajoute indéniablement l’expression de maturité, surtout dans le mouvement lent qui offre un contraste saisissant avec le reste de la partition. Dans son jeu, tout le corps est relié au clavier qui devient le prolongement de son dos, de ses bras et de ses doigts. Il ne domine ni apprivoise l’instrument, mais s’y intègre entièrement, tout autant qu’il s’imprègne dans la musique.

Le concert se termine avec la suite du Mandarin merveilleux de Bartok, créée il y a presque un siècle (1927), mais qui dégage toujours une grande modernité. Les gestes du chef sont extrêmement limpides, à tel point qu’on peut bien reproduire mentalement la musique ne serait-ce qu’en regardant sa direction. Une magie opère entre lui et les musiciens qu’il a côtoyés pendant une dizaine d’années, offrant à la fois un équilibre orchestral et une brillance de chaque pupitre, rendant à cette suite une polychromie fascinante.

Le Festival se poursuit jusqu’au 3 avril.
Information et réservation sur le site du Festival Printemps des Arts 

Photo © Alain Hanel

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