Classique

Soirée romantique à l’Opéra d’Avignon

Soirée romantique à l’Opéra d’Avignon

22 mars 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Alors que vient de sortir un enregistrement live du Dilettante d’Avignon chez Klarthe, l’Orchestre Région Avignon Provence se produisait hier soir pour une soirée mélancolique et amoureuse autour d’un instrument majestueux : le piano.

L’Opéra d’Avignon aime titrer ses soirées. Après un Aimez-vous Brahms jubilatoire, il s’interroge sur les Facettes du piano romantique. Le ton est donné pour le sixième concert symphonique de la saison : le romantisme n’est pas un. Et la lecture seule du programme le montre bien : Franz Liszt, Malédiction pour piano et orchestre à cordesFrédéric Chopin Concerto pour piano et orchestre n°2 en fa mineur op. 21 et Felix Mendelssohn Symphonie n°1 en ut mineur op.11. Une malédiction, un concerto, une symphonie. Pluriel donc ! 

Et pour relever le défi de nous faire entendre le romantisme si propre au XIXe, la soirée se place sous le signe précieux de la rareté. La pièce de Franz Liszt est peu jouée, la pianiste Natacha Kudritskaya est relativement absente des scènes françaises et le jeune chef brésilien Miguel Campos-Neto dirige l’Orchestre d’Avignon pour la première fois. 

 

Orgueil, raillerie, pleurs, angoisses, rêves

Ce sont les mots que Liszt emploie pour dire sa partition. Et dès que les premières notes sont balancées, voraces et désespérées, on sait que la virtuose a tout compris de l’ordre donné par son confrère, à plus d’un siècle d’écart. Elle a un look fou et une présence gargantuesque. Jean slim, petites chaussures blanches et carré souple, elle dénote !

Malédiction, S. 121 est donc une œuvre pour piano et cordes du compositeur hongrois, commencée en 1830 et terminée vers 1840.  Les thèmes se répondent sans cesse dans un dialogue amoureux qui dit la passion dévorante. Le pas de deux entre le piano et les violons est une extase. Parfois, le piano s’efface, toujours en connivence subtile avec ce chef en queue de pie et nœud pap’ blanc qui dirige sans partition. La fin de Malédiction est un tutti qui ouvre la voie aux subtilités de Frédéric Chopin

Entre alors le reste de l’orchestre qui jusque-là était réduit à ses cordes. Les cuivres, les bois et les percussions viennent compléter le tableau.

Chopin et Liszt sont nés la même année, en 1810, mais avec des destins différents, il est mort à 39 ans, le compositeur de Danse macabre à 76 ans. 

Le Maestoso d’ouverture met tout le monde d’accord, sur un pied d’égalité qui rend le romantisme doux. Ce concerto dit « 2 » est en fait le premier que Chopin ait écrit, en Pologne, à 19 ans, juste avant son départ pour Vienne, avant Paris.  Au début, cette longue introduction orchestrale est pleine de sentiments langoureux, et le piano vient, en solo,  livrer des accords tout en liberté. La suite ne sera qu’un dialogue sensible. Mais hier soir, c’est dans le Larghetto que Natacha Kudritskaya se déploie vraiment, dans cette lettre d’amour à la profondeur qui nous fait frissonner. Le concerto se clôt dans une danse ronde, enveloppante qui, avec plus de vigueur, continue, sans jamais écraser l’orchestre, de demander aux cordes de parler au piano. 

16 ans. 

Après l’entracte (juste avant la pianiste a offert une pièce de Rameau en guise de rappel) on retrouve la scène vidée de son piano. Place à la symphonie no 1 en ut mineur op.11 de Felix Mendelssohn qui fut composée en 1824. Le compositeur a 16 ans et signe la  première de ses cinq symphonies pour grand orchestre. 

Écrivons-le honnêtement, les 40 minutes de ce concert ont semblé durer un éclat de seconde. Éblouissant, sans autre mot.  Quel début ! Cet  Allegro di molto de forme sonate permet à tout l’orchestre de jouer, mais  les cordes semblent donner le ton. 

Le geste est enveloppant et l’amour chez le jeune homme n’est pas encore ravagé. Plus loin, on est troublé d’entendre un menuet qui sonne Mozart. Tout progresse dans une seule direction : atteindre une nouvelle fois un Tutti généreux qui semble dans sa fougue hurler sa flamme.

De Liszt qui a commencé sa Malédiction à 20 ans aux 16 ans de Mendelssohn en passant par les 19 de Chopin, ce programme semble dire la fouge amoureuse de la découverte de la passion. Tous flambent dans des dialogues superbes entre les instruments. Dans cette soirée parfaite tout n’est que filiation et progression. On a la sensation que la première note si dramatique et glaçante de Malédiction a été posée pour permettre à la symphonie de hurler.

Le prochain concert de l’Orchestre Régional Avignon Provence est à voir absolument. Benjamin Levy dirigera le 5 avril un programme nommé Paris était une fête autour de Fauré,Saint-Saëns, Darius Milhaud et Francis Poulenc.

Visuel : ©ORAP et ABN

 

Edouard Louis et Stanislas Nordey ressuscitent le père
La tendresse du crawl : de la beauté d’un amour éphémère, par Colombe Schneck 
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *