Classique

« Aimez-vous Brahms ? » L’Orchestre Régional Avignon Provence permet l’incroyable rencontre entre Nicolas Dautricourt et David Niemann

« Aimez-vous Brahms ? » L’Orchestre Régional Avignon Provence permet l’incroyable rencontre entre Nicolas Dautricourt et David Niemann

01 mars 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans ce programme aux délicieuses allures schizophrènes et non chronologique, le violoniste Nicolas Dautricourt et le jeune chef David Niemann, qui se produisaient ce soir tous les deux pour la première fois (mais sûrement pas la dernière) avec l’Orchestre Régional Avignon Provence, ont rassemblé deux œuvres de Johannes Brahms : le romantisme pur du Concerto pour violon et orchestre op.77 et le retour à la symphonie, n°1 en do mineur op.68, à contre-courant en ce second XIXe siècle. Magnifique, amical et audacieux.

Il y avait de l’humour dans le titre donné au double programme de la soirée ( Aimez-vous Brahms ?) Cela aurait dû nous alerter sur l’idée que ce soir, tout serait légèrement et merveilleusement décalé. Cela tient à la personnalité du chef d’orchestre, violoniste de formation, fortement repéré en 2015 quand il remporte le deuxième prix du concours Nikolai Malko pour jeunes chefs d’orchestre à Copenhague. Cette soirée débute par le Concerto. Autant dire un mont infranchissable, que Brahms lui-même, alerté de l’impossible défi, avait rendu un peu plus vallonné. Prêt à en découdre, Nicolas Dautricourt ne fait qu’un avec son violon Stradivarius prêté par Bernard Magrez . 

Mais bien avant que le soliste ne soit au centre de l’attention, l’Orchestre s’installe. Cordelia Palm, violon solo, donne le « La » aux violons, aux altos, aux violoncelles, aux contrebasses, aux flûtes, aux hautbois, aux clarinettes, aux bassons, aux cors, aux trompettes, aux trombones et aux timbales. Et ce bel orchestre fondé à la fin du XVIIIe siècle, aujourd’hui dirigé par Philippe Grison et dont depuis 2012, Samuel Jean est le premier chef invité, ne cesse de rayonner. En ce moment, les appels à candidatures sont d’ailleurs ouverts pour devenir chef permanent, c’est dire assurer la pérennité de cet ensemble. 

Ce soir, l’Orchestre s’attaquait à ce monument du répertoire romantique : Le Concerto pour violon et orchestre op.77 de Johannes Brahms (1878). L’ouverture permet d’exposer tout l’orchestre avant de faire place au soliste qui prend dans ses cordes les thèmes qui viennent d’être découvertsLe lien entre le chef et le soliste est ici un fil visible qui va de l’archet à la pointe de la baguette. L’image est complètement chorégraphique, le pas de deux entre Nicolas Dautricourt et David Niemann est éblouissant. Niemann transmet la joie de diriger. Grand sourire, yeux rieurs et engagement d’un torse très mobile, il offre un jeu de scène hypnotique.

L’orchestre et le soliste, magnifiquement dirigés déroulent les trois mouvements sans aucune fausse note. Mais Nicolas Dautricourt, dans la fureur d’une cadence impossible voit des cordes de son archet littéralement s’envoler, heureusement, sans conséquence. Si le soliste est ici violoniste, ce concerto donne de la place à d’autres. Le hautbois est sublimé par le violon dans le second mouvement. Le troisième est l’occasion de se rappeler que le thème final est un tube aux allures tziganes. Ce troisième mouvement, « Allegro giocoso, ma non troppo vivace, en ré majeur » débute par un magistral thème joué seul par Nicolas Dautricourt qui est ensuite repris puis développé par l’orchestre dans son ensemble. 

Il y a dans cette version du Concerto si virtuose, un plaisir de jouer communicatif qui transforme ce monument de technique en une fête. 

D’ailleurs, le chef et le violoniste profitent des chaleureux rappels pour oser à raison jouer des petites pièces pour deux violons. Pour faire le show et cela marche, Nicolas Dautricourt prête son Stradivarius à David Niemann pendant que lui récupère celui de la dernière venue dans la famille de l’Orchestre Régional Avignon-Provence, Pauline Dangleterre. Il glisse avec humour « ne le laisse pas tomber ! »…

Triomphe assuré, fou rire inattendu. Nous étions prêts à comprendre que le romantisme peut se nicher dans la symphonie.

Le deuxième temps de la soirée était donc la Symphonie n°1 en do mineur op.68. Elle est datée de 1876, mais commencée en 1862. Pour se remettre dans le contexte, il faut se rappeler que la tendance était à la musique à programme. Wagner finissait sa carrière et les grandes symphonies paraissaient éteintes. Et voici que Johannes Brahms écrit cette oeuvre qui se compose de quatre mouvements dont deux au cœur – Andante sostenuto, puis, Un poco allegretto e grazioso – qui semblent être une parenthèse trop douce pour être honnête. Le trouble mélancolique et romantique nous rappelle le contenu du roman de Sagan qui donne son nom à la soirée. Dans Aimez-vous Brahms ? Paule refrène son amour pour Simon et se range, conventions de l’époque, dans son mariage avec Roger. Il y a de la résignation dans cet entre deux. Puis, en ut mineur, la fin -Adagio – Piu andante – Allegro non troppo, ma con brio – Piu Allegro – répond au début -Un poco sostenuto – Allegro.

Dans une explosion toute beethovénienne, le drame revient alors mais avec mesure, le choix a été fait et il est irréversible, sans pour autant perdre sa dose de mélancolie saupoudrée d’un peu de légèreté. Le cor des Alpes rend la symphonie complète. A cet exercice le chef s’amuse et cela est infiniment communicatif. Il se délecte à lancer la machine dans le quatrième mouvement où l’on croit voir poindre une citation de la Neuvième Symphonie. Là encore, Brahms met des instruments à l’honneur. Ici, la clarinette dans le troisième mouvement. Le cœur de cette symphonie nous calme, comme si là se tenait un piège, tant la reprise par un final en choral est formidable.

Une très belle réussite, largement saluée.

Le prochain concert aura lieu le vendredi 22 mars pour un autre volet du romantisme, cette fois autour du piano. Malédiction pour piano et orchestre à cordes de Franz Liszt, Concerto n°2 pour piano et orchestre en fa mineur op.21 de Frédéric Chopin et la Symphonie n°1 en ut mineur op.11 de Felix Mendelssohn sont au programme de cette soirée dirigée par Miguel Campos-Neto avec au piano, Natacha Kudriskaya. 

Informations et réservations ici

Visuel : ©ORAP

Qui va garder les enfants ? au théâtre de Belleville : les femmes, le monde politique et la domination masculine
« Verte » d’aprés Marie Desplechin dans une magistrale mise en scène de Léna Bréban
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. am[email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *