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Michel Piquemal nous parle de sa direction du Choeur régional Vittoria

Michel Piquemal nous parle de sa direction du Choeur régional Vittoria

21 mars 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Michel Piquemal fait vivre avec passion le chant choral. Il a fondé le Chœur Vittoria à Argenteuil, devenu ensuite le Chœur de la région : Chœur régional Vittoria d’Ile de France. Alors qu’il vient de sortir « La Dilettante d’Avignon » sur un enregistrement live de 2014 à l’Opéra d’Avignon et la « Misatango » de Martin Palmeri, nous l’avons rencontré pour parler de sa relation aux œuvres et à la voix comme instrument.

Vous avez visiblement un certain goût pour l’archive. Comment êtes-vous devenu historien de la musique ? Vouloir chercher ce qui était un peu oublié, est-ce que c’était volontaire ?

J’ai à peu près tout dirigé dans le répertoire avec chœur orchestre ou chœur avec piano, chœur et orgue. C’est une manière de pas tomber dans la routine. Découvrir des partitions au fond c’est se mettre en danger, c’est tout à coup se remettre à phosphorer pour arriver à trouver. Et quand on trouve la musique de Caillebotte c’est admirable. Il faut dire qu’il n’avait jamais été ni joué ni créé.

Comment avez-vous découvert Martial Caillebotte ? On connaît le peintre évidemment, moins son frère.

C’est le hasard. Un jour, j’étais à la villa Renoir à Cagnes-sur-mer et je dirigeais « Carmina Burana » avec l’orchestre et le chœur de l’opéra de Nice. A la pause, un jeune homme, Benoit Riou, qui connaissait mon goût pour la musique française m’a demandé si je connaissais Martial Caillebotte ? J’ai évidemment répondu que féru de peinture je connaissais Caillebotte… Gustave, mais pas son frère Martial. Il m’apprend alors que Martial Caillebotte était compositeur en même temps que photographe et collectionneur. Il a fait le conservatoire avec Marmontel au piano ou encore Dubois alors qu’il était en classe avec Debussy. Benoit Riou lors d’un repas dans la famille des descendants des « Caillebotte » découvre les partitions de Martial. Sachant que j’étais intéressé par la musique symphonique et la musique avec chœur, il m’a confié la partition de « La messe de Pâques » de Martial Caillebotte que j’ai décidé de jouer et d’enregistrer pour la faire découvrir à tous.

J’ai dans la main deux disques de Martial Caillebotte …Ce sont les partitions qu’ils vous ont été données ? 
Oui, et il y a d’autres partitions encore. Toutefois, il faut des grands moyens pour faire découvrir et jouer ce type d’œuvres (édition des partitions, répétitions symphoniques…). Pour l’enregistrement de ces disques, j’ai choisi une collaboration avec l’Orchestre Pasdeloup avec qui je travaille régulièrement.
Ce qui m’intéresse, c’est vraiment de rechercher des partitions un peu oubliées, différentes. Comme « Le Dilettante d’Avignon » qui est un peu la même aventure.

La Dilettante c’est quelque chose qu’on avait oublié. Le disque sort ces jours-ci sur un enregistrement live de 2014.

C’est une œuvre qui se déroule à Avignon dans l’ancienne cité des Papes où, à l’époque, on parlait italien. Ils ont situé ça à Avignon pour dénoncer la mainmise de la musique Italienne sur la musique Française en pleine époque Rossinienne. « Le Dilettante d’Avignon » est composé par Halevy après l’échec de « Clari ». Il créé trois mois après le succès de Guillaume Tell « Le Dilettante d’Avignon » qui raconte l’absurdité d’une indexation des mérites musicaux sur les pays de naissance en jouant sur les styles musicaux français et Italiens. Jusque-là « Le Dilettante d’Avignon » n’avait jamais été interprété dans la ville dont il porte le nom. C’est pourquoi, j’ai voulu le jouer à l’Opéra d’Avignon avec l’Orchestre régional Avignon Provence. Le concert qui avait été enregistré a eu lieu en 2014 et le disque sort ce mois-ci.

Je vais vous poser une vraie question innocente, car je me la pose vraiment, je voudrais savoir ce que ça veut dire : diriger un choeur ?

Ce n’est pas un métier, c’est une passion. En effet, j’ai commencé très jeune à 7 ans. Le professeur de musique de l’école primaire était une femme assez importante, Françoise Deslogères, une des premières Ondistes des ondes Martenot et mon professeur à Boulogne. C’est elle qui m’a donné mes premiers cours de piano, et très vite elle a décelé en moi une certaine passion pour la musique. Elle m’a encouragé, a surtout encouragé mes parents absolument pas musiciens à me mettre à la maîtrise de radio France. A 10 ans je rentre en la maîtrise de radio France : le matin l’enseignement général, et l’après-midi, la musique avec le solfège, l’étude d’un instrument et bien sur le chant choral. Cela m’a énormément formé car j’ai tout chanté à cette époque. Toutefois, ensuite arrive la mue, et il faut arrêter de chanter, à 14 ans pour moi. C’est Roger Calmel qui m’a conseillé de faire plus de solfège, d’harmonie, du contrepoint pour en profiter pour préparer mon futur musical… Mon père qui était instituteur voulait bien que je fasse de la musique mais il fallait que je fasse un métier sérieux, il fallait que j’enseigne. J’ai préparé mon professorat de musique et il se trouve qu’en le préparant, et en passant le premier CA, le premier concours, j’ai beaucoup aimé. Je suis devenu assistant de Jacques Jouineau puis professeur de chant. Alors pour vous répondre : pourquoi faire du chant choral ? Parce que je n’ai jamais arrêté de chanter et d’enseigner.

Vous avez continué le chant sous quelle forme ?

J’ai continué le chant en tant que soliste en menant de front deux carrières : le Chœur et la Direction. Diriger, c’est une manière pour moi de faire de la musique. J’aime faire de la musique en partageant. Je me rappelle quand j’étais petit et que je jouais du piano je n’avais qu’une envie c’était de laisser les portes ouvertes, par pour qu’on m’écoute et qu’on me dise que c’est bien, mais je trouvais que Chopin ou un Schuman est tellement beau que j’avais envie de la partager. Que pendant que ma mère faisait la lessive à côté ou que mon père rentrait, ils se disent aussi : « mais qu’est-ce que c’est beau ! ». J’étais très déçu quand mon père rentrait le soir à 18h après l’étude, un peu fatigué, et fermait la porte pour avoir du silence.

Quel traumatisme !

Cela a construit mon envie de partage. Faire de la musique tout seul ou être pianiste tout seul ne m’aurait jamais suffi car pour moi ce qui est beau doit être partagé. L’art avant tout s’immisce dans la vie de tous les jours. De quoi parle les artistes ? Qu’ils soient peintre, écrivain musicien, nous parlons de notre propre vie, de ce grand mystère qu’est la vie. C’est une manière pour moi de raconter la mienne tout en restant assez secret. Ça me permet de me raconter.

La voix est un instrument bien sûr mais qui est particulier, vous dirigez une voix comme vous dirigez un violon ?

C’est exactement pareil. Chaque instrument à ses contraintes. Si vous donnez par exemple un départ à un tuba, un instrument grave il va y avoir une inertie. Un violon est dans l’aigu, le son arrive tout de suite. Un chanteur doit respirer, poser sa voix. C’est à nous de savoir cette espèce de petit temps qu’il y a entre chaque instrument. Mais diriger des voix, un groupe de corde ou des instruments à vent, c’est pour moi la même chose. C’est de la musique. Même si la fabrication d’un son au corps nécessite toute une préparation : le souffle, le diaphragme, la colonne d’air… ça n’en reste pas moins un moyen de faire entendre de la musique.

Et le chœur Vittoria ?

Le chœur Vittoria date de mes 20 ans, quand je travaillais à la maîtrise de Radio France. Un ami, qui avait été mon professeur de piano à Argenteuil, et dans mon village dans l’Ariège, m’a informé que le Conservatoire allait ouvrir une classe de chœur. Je me suis présenté et l’aventure a commencé… J’ai monté ce chœur et suis resté près de 17 ans à Argenteuil.

C’est vous qui avez nommé le Chœur Vittoria ?

Oui. C’est assez amusant, c’est seulement au bout de la quatrième année, alors que nous avions un concert que la mairie m’a demandé un nom. A ce moment Argenteuil était une ville communiste, et le maire souhaitait le nommer le chœur Gagarine. Dans la musique, c’est un peu bizarre. A l’époque je travaillais beaucoup de musique baroque, et nous chantions avec le chœur du Tomás Luis de Vittoria. Je trouvais que ça avait un côté triomphant et actuel. Et c’est comme ça qu’est né ce Chœur Vittoria. A l’époque nous pouvions être jusqu’à 180 chanteurs, c’était incroyable. Tous ceux qui voulaient venir chanter le pouvaient. Toutefois, j’ai voulu faire des auditions pour créer un chœur d’amateur de haut niveau et enrichir le paysage musical exigent mais très pauvre en chœur à cette époque. J’ai gardé 40 chanteurs qui ont servi à créer 2 ans après le chœur régional Vittoria d’île de France à la demande de la région.

Je voulais terminer en parlant de ce disque que vous avez fait avec Martin Palmeri qui s’appelle MisaTango. C’est le dernier disque que vous avez produit ?

La musique religieuse est actuellement en perdition, et les créateurs sont moins portés à écrire sur la voix et sur les chœurs. Il se trouve que quand on m’a proposé la MisaTango sur des thèmes de tango, cela m’a rapidement intéressé car c’était une autre façon d’aborder le chant choral, une autre langue musicale. C’est le dernier disque que j’ai enregistré avec le Chœur régional Vittoria. Le disque est issu du direct d’un concert que nous avons donné en 2016 à l’église Notre-Dame du Liban. C’est une musique festive, qui vous emporte et donc très adaptée au « live ». L’œuvre a aujourd’hui un succès planétaire.

 

Visuel : ©Sylvain Bachelot

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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