Classique

Le soulèvement du désert par Laurence Equilbey

Le soulèvement du désert par Laurence Equilbey

09 mai 2014 | PAR Bérénice Clerc

Laurence Equilbey fait des infidélités à son jeune et talentueux Insula Orchestra et retrouve l’Orchestre de Chambre de Paris accompagné par Accentus et soulève le désert avec Saint-Saëns, Félicien David et Bertrand Chamayou.

Bertrand Chamayou est le jeune pianiste du moment, il joue à guichet fermé, tourne beaucoup et ses disques sont écoutés par un grand nombre de mélomanes.

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Accentus n’est plus à présenter, leur exigence les précède, l’Orchestre de Chambre de Paris continue lui aussi sa belle route musicale et Laurence Equilbey est une chef immanquable à qui aime la musique et l’engagement.

Les spectateurs sont au rendez-vous, la Cité de la musique est pleine, la chaleur de la salle ne baissera pas. Avant le concert, les spectateurs ont pu applaudir des jeunes d’Aubervilliers, de Paris 10e et 18e . Ils proposaient une création originale mêlant musique électronique, rap, danse hip-hop et vidéo dans le cadre d’un travail interrogeant le rapport à notre propre héritage culturel, à l’autre et à notre environnement.
L’Orchestre de Chambre de Paris entre en scène, un piano au centre, Bertrand Chamayou à son bord, Laurence Equilbey s’installe, sa tête surnage, la baguette est prête, le concerto pour piano n°5 « L’Egyptien » peut commencer.

Laurence Equilbey ouvre un chemin léger, l’orchestre est suave, les sons caressent, des couleurs velours, la palette, les mouvements sonores sont multiples, sensibles et la rythmique maitrisée.

Les montées et descentes  de Bertrand Chamayou sur le clavier sont impressionnantes, vitesse, volume, énergie et mélancolie se mélangent.

Bertrand Chamayou est un virtuose soutenu par une direction précise et un orchestre aux reliefs et couleurs éclatants.

Vertiges du piano, mouvements rapides des cordes et des vents, les tutti explosent en mineur, piano, cordes, bois s’entrecroisent ensuite. Le mouvement final est saisissant, Laurence Equilbey engage tout son corps jusqu’aux sauts contrôlés, les effets dramatiques saisissent et la fanfare triomphante finale emporte les spectateurs hurlant bravo à peine la dernière note entendue.

Les applaudissements fusent, les mains claquent, les bravos et les saluts durent longtemps, Bertrand Chamayou vient faire un rappel tout en légèreté, l’entracte arrive, boire un verre, frapper ses talons sur le sol et s’extasier sur la première partie et la direction de Laurence Equilbey sont de bon ton.

L’ode symphonique Le Désert est composée par Félicien David après un voyage en Egypte.

Compositeur peu joué, inspirateur de Wagner, Félicien David, Laurence Equilbey, l’Orchestre de Chambre de Paris,deux solistes et un récitant vont nous rapprocher de l’Orient.

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Tout dans la partition est magique dès les premières notes, Laurence Equilbey soulève le désert et modèle la matière sonore avec élégance, puissance, énergie et douceur.

Accentus exprime tout son talent, sa force maitrisée, les graves brillent, les voix se parent de couleurs éclatantes,explosives en fusion avec l’orchestre très expressif.

Le public est en suspension, le Fançais se mêle à l’Arabe, le soliste muezzin lance l’appel à la prière d’une voix subtile, magnifique à l’aura palpable.

Tous les instruments de l’Orchestre de Chambre de Paris ont la part belle, chaque pupitre s’exprime et se mélange sans perdre son identité sonore, les vents se dressent, les cordes étendent l’espace, l’émotion est partout.

La spiritualité orientale est merveilleusement représenter par les notes de Félicien David, rares sont les moments où Allah est invoqué sur les plateaux classiques, Laurence Equilbey et ses équipes réalisent un joli défi pour offrir une musique majestueuse.

Le seul bémol de la soirée est le récitant, Jean-Marie Winling, il fait dans le pompeux, s’écoute parler et voudrait prendre toute la place quand nous aimerions juste entendre la beauté des mots portée sur l’intranquillité de la musique.

Il est vite oublié, la richesse du geste musical transcende tout et les spectateurs renversés applaudirent à tout rompre. Les compliments étaient partout, de la sortie de la salle, jusqu’au café, métro, taxi ou voiture avec chauffeur.

Laurence Equilbey est décidément une chef à suivre dans les centres commerciaux pour diriger soi-même un orchestre et surtout au concert quand ses exigences dépassent la barre déjà si haute de la musique. Le 5 juillet à Versailles elle donne avec son Insula Orchestra Les sept dernières paroles du Christ en croix de Haydn, immanquable concert quand on sait la beauté de sa version, qui fait date, avec l’Akademie für alte musik Berlin disponnible chez Naïve.

Visuel : ©DR

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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