Fictions
Jessie Burton : « Ce que mon livre peut apporter à un lecteur est quelque chose dont je suis très fière ».

Jessie Burton : « Ce que mon livre peut apporter à un lecteur est quelque chose dont je suis très fière ».

18 novembre 2020 | PAR Marine Stisi

En publiant Miniaturiste en 2014, Jessie Burton est devenue du jour au lendemain une autrice à succès. Trois romans plus tard, l’écrivaine londonienne a publié chez Gallimard à la rentrée Les Secrets de ma mère, un livre plus profond que ses œuvres précédentes. Rencontre avec une autrice passionnée d’art et pour qui le succès n’a jamais été une évidence.

Marine Stisi : Partout dans le monde, votre roman Miniaturiste a été un véritable succès. Etiez-vous préparée à ça, l’aviez-vous vu venir ?

Jessie Burton : Non, je n’étais absolument pas préparée ! Je n’avais jamais connu un tel succès dans ma vie professionnelle avant cela et bien que j’en fus extrêmement reconnaissante, il m’a fallu un petit temps d’adaptation ! Il m’était absolument impossible de le voir venir, et même si je savais que j’avais une bonne histoire entre les mains, la seule chose que j’espérais, c’était qu’elle rencontre ses lecteurs. Jamais je n’avais imaginé qu’ils puissent être aussi nombreux !

MS : Avez-vous ressenti une pression quant à la suite, après le succès de ce premier livre ? La profession attendait-elle quelque chose de vous ?

JB : Non, car chaque livre que vous écrivez est différent et sera de ce fait reçu différemment. Miniaturiste était un succès sans précédent, alors je n’avais pas du tout la prétention de penser que cela puisse se reproduire. Mon boulot était d’écrire le meilleur livre possible à ce moment précis, sans réfléchir à ce qu’on aurait pu attendre de moi.

MS : Votre nouveau roman, Les secrets de ma mère (The Confession en anglais), tout juste publié en France, est bien plus dans la psychologie que vos livres précédents. A vous lire, nous avons la sensation que vous allez plus loin dans vos personnages, tentant d’interpréter le labyrinthe de pensées, d’idées, de difficultés qui les habitent et qui constituent une âme…

JS : Oui, en effet, la psychologie y est plus poussée mais pour autant, il est tout de même question d’expériences vécues et surtout, il y a toujours une intrigue ! Je voulais créer un portrait de plusieurs femmes, à plusieurs âges de leur vie, faisant l’expérience de la maternité, du mariage, de la vieillesse, de manière très différente et subjective. Alors que dans Miniaturiste ou dans Les filles au lion, l’approche était plus fantastique, plus artistique, Les secrets de ma mère est une offrande à mes amies et aux femmes que je connais, d’une manière plus personnelle, plus calme.

MS : Sur votre compte instagram que nous sommes très nombreux à suivre avec beaucoup d’intérêt et d’amusement, en partie pour suivre la vie trépidante de vos chats, ne le cachons pas, vous partagez beaucoup de conseils de littérature. Après l’année que nous venons de passer (et qui n’est pas terminée…), les livres ont été pour bien du monde une véritable manière de s’évader. Les livres remplissent-ils ce rôle pour vous ?

 

JB : Mes chats font véritablement partie de ma vie ! Je passe un temps certain avec eux, déjà en temps normal mais plus particulièrement en confinement, ils me fascinent et les avoir auprès de moi pendant ces longs mois a été un vrai bonheur ! Mais les livres, bien sûr, m’ont beaucoup aidée. C’est une chance d’avoir pu continuer à lire, autant pour le confort que pour l’évasion.

MS : Et quelles furent vos plus belles lectures de l’année ?

JB : Motherhood de Sheila Heti, The Secret Countess d’Eva Ibbotson, Such A Fun Age de Kiley Reid et Latecomers d’Anita Brookner.

MS : La place de l’art est importante dans votre travail, particulièrement l’art fait par des femmes. Avez-vous, en ce sens, le sentiment parfois de faire partie de ce monde-là, un monde où la sororité possède une véritable place ?

JB : Oui bien sûr, autant de manière personnelle d’ailleurs, travaillant à mes projets personnels, que de manière plus large, en contribuant à un paysage toujours en mouvement de ce que signifie être une femme, et d’autant plus une femme qui créé. 

MS : Et comment vous sentez-vous en tant que femme, écrivaine, en 2020, une autrice qui vend des livres qui ont du succès et dont la voix peut être écoutée ?

JB : J’ai des lecteurs qui me contactent, qui me disent que mes livres les ont aidé dans des moments difficiles de leur vie, ou qu’ils les ont aidé à comprendre une situation avec plus de lucidité. Miniaturiste et Les filles au lion, c’est ce que j’ai ressenti, ont apporté du confort et de l’évasion, alors que Les secrets de ma mère semble apporter plus de la clarté et une forme d’identification. C’est quelque chose dont je suis très fière, qui est très important pour moi, ce que le livre peut apporter à un lecteur. Mais en même temps, je ne peux qu’écrire ce qui est à l’intérieur de moi, espérant ainsi que mes propres préoccupations, mes propres désirs et espoirs parlent au monde extérieur.

MS : Vous avez également publié récemment un livre pour enfant, Douze princesses rebelles (The restless girls en anglais, réécriture du Bal des douze princesses des frères Grimm), un livre dans lequel les filles sont fortes, courageuses, puissantes… Ce n’est pas rien !

JB : J’ai tellement aimé écrire ce livre, et plus encore qu’il soit illustré par Angela Barrett ! C’est merveilleux pour moi de savoir qu’une histoire comme celle-là sera lue par de jeunes lecteurs, garçons et filles, et qu’elle leur plaira.

MS : Vous avez été comédienne pendant des années. Votre ancienne vie vous manque-t-elle ? 

JB : La troupe ma manque, les répétitions et la camaraderie. Mais ce qui ne me manque vraiment pas, c’est le stress des représentations ! Ce qui me manque aussi, c’est créer quelque chose, et le refaire différemment le lendemain si ça n’allait pas. Et l’écriture à côté, est une activité bien solitaire. 

Miniaturiste, Editions Gallimard, 22,90€.
Les filles au lion, Editions Gallimard, 22,50€.
Les secrets de ma mère, Editions Gallimard, 23€.
Douze princesses rebelles, Editions Gallimard Jeunesse, 18,90€.

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Marine Stisi
30% théâtre, 30% bouquins, 30% girl power et 10% petits chatons mignons qui tombent d'une table sans jamais se faire mal. Je n'aime pas faire la cuisine, mais j'aime bien manger.

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