Fictions
Taipei, Tao Lin rejoue version blasée le festin nu

Taipei, Tao Lin rejoue version blasée le festin nu

04 janvier 2014 | PAR Yaël Hirsch

L’auteur new-yorkais de Vol à l’étalage chez American Apparel continue à se faire remarquer comme chef de file d’une nouvelle génération perdue. Plongée désabusée dans l’univers pluriel et monotone de la drogue, Taipei est un anti-voyage à rattacher à une longue tradition littéraire. Sortie le 31 janvier 2014. 

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Alors que ses parents sont retournés vivre à Taiwan, Paul est un jeune écrivain blasé qui vit au cœur de la branchitude new-yorkaise, prend l’avion comme d’autres se mouchent pour aller donner des conférences dont le contenu semble indifférer tout le monde, y compris Paul. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le jeune premier ne court pas les femmes et les fans, il s’accommode plutôt d’amies et d’amis, voire même d’une épouse, qui s’accommodent de son rythme et sniffent toutes sortes de substances avec lui.

Outre-Atlantique, le troisième roman de Tao Lin a fait sensation. Brest Easton Ellis note cependant avec justesse que si stylistiquement Taipei est probablement l’un des textes les plus fascinants de son époque, ce n’est pas pour autant qu’on ne s’y ennuie pas. Grâce à Tao Lin on révise studieusement toute la gamme des drogues, des conneries post-adolescentes et des indifférences possibles. On s’ennuie dont autant qu’à lire un ouvrage sur la taxidermie, surtout que le côté « lost generation » commence un peu à sentir le déjà vu. Côté style, malgré tous les efforts du traducteur Charles Recoursé, le français doit vraiment desservir l’œuvre parce que rien ne sort du cliché, même pas le côté « texte halluciné et speedé par la prise de drogue ». A moins qu’en anglais aussi, certain(e)s en quête d’humanité dans leurs lecteurs se soient également trouvés face au vide… A réserver aux grands amateurs d’avant-garde américaine qui voudraient revivre, gelés sous lithium et xanax, le feu d’une beat generation sans révolte.

Tao Lin, Taipei, trad. Charles Recoursé, Au Diable Vauvert, 350 p., 20 euros. Sortie le 31 janvier 2014.
A noter : Au Diable Vauvert vient de publier un essai sur l’œuvre de Tao Lin, signé .

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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