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Les planètes de la Biennale de Taïpei

Les planètes de la Biennale de Taïpei

15 décembre 2021 | PAR Laetitia Larralde

Le centre Pompidou-Metz se transforme en planétarium avec une sélection des œuvres de la Biennale de Taïpei qui explore le changement climatique et les réalités alternatives.

Au centre Pompidou-Metz, la Terre s’est multipliée. Elles s’appellent Globalisation, Exit, Sécurité ou Gaïa et ces planètes Terre alternatives montrent les différentes réalités dans lesquelles la population mondiale se répartit, trouve sa vérité. Car nos réactions face à la crise climatique sont tellement différentes qu’elles poussent à penser que l’on vit sur des planètes différentes. Entre un Donald Trump qui voit la Terre comme une ressource inerte à exploiter et une Greta Thunberg qui se bat pour protéger une terre nourricière fragile, ces perceptions de notre planète sont tellement éloignées que penser un consensus mondial face au changement climatique semble impossible.

Pour sa douzième édition, la Biennale de Taipei, conçue par le Taipei Fine Arts Museum, n’a été vue que par les taïwanais à cause de la pandémie. Afin que son message se diffuse à une audience plus large, les commissaires l’ont donc adaptée au Centre Pompidou-Metz dans une version réduite. Se répartissant dans plusieurs espaces du Centre comme une constellation, la scénographie est conçue comme un planétarium dans lequel on observerait toutes les variations de la Terre. A chacun ensuite de déterminer celle sur laquelle il souhaite habiter, celle dont la force d’attraction est la plus forte.

La planète Globalisation représente celle sur laquelle la majorité d’entre nous vivons aujourd’hui : une planète moderne basée sur le capitalisme où nous vivons dans des échanges mondiaux globalisés, déconnectés du sol. Ce monde idéal montre ses limites depuis plusieurs décennies déjà et juxtapose abondance et inégalités, comme le représente Huang Hai-Hsin dans sa toile panoramique River of Little Happiness. Que faire alors face à ce monde qui se fissure ? Les rares immensément riches choisissent la planète Exit et s’envolent dans leurs fusées aux allures du bunker survivaliste de Femke Herregraven. Une solitude d’ermite spatial attend ceux qui font l’autruche.

Mais cette solution égoïste n’est pas à la portée de tous, et nombreux sont ceux qui choisissent le repli sur eux-mêmes et leur petit lopin de terre, comme nous le montre la montée des idées et régimes populistes ou dictatoriaux. L’installation de Jonas Staal décortique la propagande de Steve Bannon et met au jour les ficelles qui peuvent rendre attrayante cette manipulation pas très fine, qui rappelle certains de nos politiciens… A partir des mêmes images, on voit ici que l’on peut construire des récits opposés. L’art aurait-il son rôle à jouer pour aider à imaginer des réalités alternatives à celles que l’on veut nous imposer ?

Certains, comme Chen Yin-Ju, trouvent leurs alternatives dans l’ésotérisme, ou dans la science-fiction. Les faits scientifiques sont présentés comme des fake news et la réalité se renverse. Car aussi difficile que ce soit d’imaginer que certains puissent croire que la Terre est plate, nous ne pouvons que constater que toutes les réalités et perceptions de la Terre cohabitent et se superposent sur une seule planète. A chacun sa vérité, qu’elle soit destructrice, fantaisiste, angoissante ou apaisée.

A l’opposé de la globalisation se trouve la planète Gaïa, une surface fragile où toutes les conditions pour la vie sont réunies dans des écosystèmes interconnectés. Ces quelques kilomètres au-dessus et au-dessous de la surface de la Terre forment une « zone critique » que nous devons apprendre à regarder différemment. Ainsi Su Yu Hsin s’interroge sur les images relevées par les études scientifiques et Chang Yung-Ta reproduit l’érosion très forte de Taïwan, nous montrant les forces naturelles à l’œuvre. Aluaiy Kaumakan, artiste issue du peuple autochtone de Taïwan, souligne avec ses tissages l’importance du lien entre les individus et d’une relation de réciprocité entre les hommes et leur environnement.

Même si la globalisation semble être la source de nos problèmes, elle pourrait également permettre, dans cette grande polyphonie culturelle qui résonne autour du monde, de trouver une réalité vivable par tous. En attendant, continuons à échanger et communiquer par l’art et la culture.

Toi et moi, on ne vit pas sur la même planète – 12ème Biennale de Taipei
Du 06 novembre 2021 au 04 avril 2022
Centre Pompidou-Metz

Visuels : 1- Affiche de l’exposition « Toi et moi, on ne vit pas sur la même planète » / 2- MILLIØNS (Zeina Koreitem & John May), Aube, 2021 – Aluminium, acrylique, verres photochromiques – Commande du musée du Centre Pompidou-Metz © Courtesy of the Artist and Taipei Fine Arts Museum © Centre Pompidou-Metz / Photo Marc Domage / 2021 / Exposition « Toi et moi, on ne vit pas sur la même planète » / 3- June BALTHAZARD et Pierre PAUZE, Mass, 2020 – Vidéo à 2 canaux, bois, mousse, Polychoc, résine polyester, peinture à l’eau, plâtre, pmma laminé, plantes synthétiques, polychoc, acier, moniteurs vidéos, support de lumière, dimensions variables – Cette œuvre a été initialement commandée par Hermès Horloger, Bienne, Suisse. © Courtesy of the Artist and Taipei Fine Arts Museum © Centre Pompidou-Metz / Photo Marc Domage / 2021 / Exposition « Toi et moi, on ne vit pas sur la même planète » / 4- Aluaiy KAUMAKAN, The Axis of Life, 2018 et Vines in the Mountains, 2020 © Courtesy of the Artist and Taipei Fine Arts Museum © Centre Pompidou-Metz / Photo Marc Domage / 2021 / Exposition « Toi et moi, on ne vit pas sur la même planète » / 5- CHANG Yung-Ta, scape.unseen_meta-T (ver.1.1.), 2021- Fer noir, acier inoxydable, aluminium, verre, eau, noyau de marbre, phénolphta-lin, acide chlorhydrique dilué, moteur, contrôleur de micro-ordinateur, ordinateur, caméra CMOS, dimensions variables – Commande du musée des Beaux-Arts de Taipei (TFAM) © Courtesy of the Artist and Taipei Fine Arts Museum © Centre Pompidou-Metz / Photo Marc Domage / 2021 / Exposition « Toi et moi, on ne vit pas sur la même planète » / 6- Femke HERREGRAVEN, Corrupted Air-Act VI, 2019- Installation multimédia, dimensions variables © Courtesy of the Artist and Taipei Fine Arts Museum © Centre Pompidou-Metz / Photo Marc Domage / 2021 / « Toi et moi, on ne vit pas sur la même planète »

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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