Fictions
« Neuromancien » de William Gibson : Naissance du Cyberespace

« Neuromancien » de William Gibson : Naissance du Cyberespace

13 novembre 2020 | PAR Julien Coquet

Longtemps connu pour avoir été le récipiendaire des trois principaux prix récompensant un ouvrage de science-fiction, Neuromancien de William Gibson bénéficie d’une nouvelle traduction assurée par Laurent Queyssi, publiée Au Diable Vauvert.

Si Neuromancien n’a pas inventé le terme de « cyberpunk », il en est l’un des jalons principaux et se targue d’avoir créé le Cyberespace, « une hallucination consensuelle ressentie au quotidien, dans le monde par des milliards de techniciens autorisés ». Cette énorme machine, meilleure façon de s’évader, sera bien évidemment reprise dans Matrix et, plus récemment, dans Ready Player One de Steven Spielberg. L’univers tout entier de Neuromancien influencera aussi grandement Ghost in the Shell. Une œuvre majeure, donc, parue en 1984.

Le triple lauréat des prix Hugo, Nebula et Philip K. Dick se concentre sur Case, un hacker d’exception dont le système nerveux a été amputé. Notre héros essayait de doubler ses employeurs, qui ont décidé de se venger… Errant au Japon dans des quartiers surpeuplés et directement inspirés du Blade Runner de Ridley Scott (1982). Case se trouve tiré de sa torpeur par un mystérieux Armitage, dont le passé et trouble, accompagnée de la belle Molly. Leur mission ? Pénétrer le système informatique du consortium Tessier-Ashpool SA.

Alors là, notre tâche s’avère compliquée tant Neuromancien est considéré comme un classique de la science-fiction. A partir de ce postulat de base, quel regard critique peut-on porter sur une telle œuvre ? Reconnaissons tout d’abord la création d’un véritable monde : les œuvres influencées par Neuromancien ont su déceler une véritable portée et une vision profonde du futur. Comme le dit Jack Womack dans sa postface : « Gibson a montré le premier, comme aucun autre, ce qui deviendra, il me semble, l’avenir : il a vu les signes sur les murs, le sang dans le ciel, les avertissements dans les entrailles ». Le roman n’est pas non plus exempt de trouvailles stylistiques, tel cet incipit : « Le ciel au-dessus du port avait la couleur d’une télévision allumée sur une chaîne défunte ».

Pour autant, et c’est là que le bât blesse, Neuromancien se révèle incompréhensible. Il ne faut certes pas chercher à tout comprendre, et le lecteur perçoit heureusement les grandes lignes grâce aux œuvres inspirées de cet univers qu’il a pu voir en d’autres circonstances (Matrix, Ghost in the shell…). Le manque de description conduit immédiatement à perdre le lecteur : les phrases s’enchaînent à une vitesse folle, comme les actions, et au lecteur de s’accrocher. Dites-vous bien que Gibson ne vous prendra jamais par la main. La lecture est tout sauf fluide, bute à chaque page sur un mot inventé : système de Lado-Acheson, Ono-Sendai, ingiliz, béta-phényléthylamine… On sort éreinté d’une telle lecture.

« C’est quoi ce truc ? demanda-t-il au Hosaka. Le paquet pour moi ?
– Un transfert de données de Bockris Systems Gmbh, à Francfort, indique, sous transmission cryptée, que le contenu de la livraison est un programme de pénétration type Kuang Numéro Onze. Bockris ajoute que cette interface est compatible avec l’Ono-Sendai Cyberespace 7 et qu’elle possède des capacités de pénétration optimales, notamment sur les systèmes militaires existants… »

Neuromancien, William Gibson, Au Diable Vauvert, 448 pages, 22 €

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Julien Coquet

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