Fictions

« Par les routes » de Sylvain Prudhomme : Que faire ?

« Par les routes » de Sylvain Prudhomme : Que faire ?

23 août 2019 | PAR Julien Coquet

La rencontre de deux amis, un auto-stoppeur infatigable et un écrivain sédentaire, séparés depuis 17 ans, interroge l’amitié et le désir incessant de partir.

L’arrivé dans une nouvelle ville coïncide toujours au départ d’une nouvelle vie. S’expatrier pour changer d’air et trouver l’inspiration à son prochain roman, c’est là l’objectif de Sacha, le narrateur du dernier livre de Sylvain Prudhomme, dont on avait ici déjà loué les qualités de Légende et L’Affaire Furtif. Sacha a une quarantaine d’années, célibataire sans que cela semble lui peser, obsédé par son prochain roman qui devrait éclaire l’ellipse célèbre de Flaubert dans L’Education sentimentale : « Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues. » Dans ces deux phrases se retrouve tout le mode de vie de l’autostoppeur, ancien ami de Sacha, dont on ne connaîtra jamais le nom.

Voyager sans but, c’est la force qui anime l’autostoppeur. Connaître les froids réveils sous la tente, perdu au fin fond des Pyrénées, être étourdi par des paysages d’une France que plus personne ne regarde et que chacun traverse à toute allure en TGV, discuter avec des charpentiers, des boulangers, des cadres de PME dont on partage le voyage pendant quelques kilomètres et qui, finalement, vous laissent sur le bord de la route car les chemins se séparent. A chaque personne qui le prend en stop, l’autostoppeur ne peut s’empêcher de demander : « Que faire ? » Que faire de la vie ? Qu’en retirer et comment la vivre ? Pour l’autostoppeur, cela ne fait aucun doute : même s’il est heureux avec sa femme Marie et son fils Agustin, l’appel du voyage et de la fuite est toujours plus fort.

Sacha, le narrateur, ami il y a longtemps avec l’autostoppeur, ne s’attendait pas à le retrouver à V., ville du sud-est où il s’installe au début du roman. Lui a qui a voyagé il y a 17 ans avec l’autostoppeur ne se sent plus le courage de partir à l’aventure. Durant les absences répétées de plus en plus longues de l’autostoppeur, Sacha va prendre de plus en plus de place dans le foyer de son ancien ami.

En opposant deux modes de vie, l’un enraciné l’autre constamment en mouvement, Par les routes offre l’un des beaux moments de cette rentrée littéraire de septembre 2019. Réflexion sur l’amitié, le désir insatiable d’aller toujours voir ailleurs, l’amour, le dernier roman de Sylvain Prudhomme donne aussi le vertige devant la multitude des existences possibles croisées par l’autostoppeur. C’est enfin une belle déclaration d’amour à la France et à  ces villes et villages dont le simple nom donne envie de voyager.

« La France la France mais qu’en vois-tu, raillaient-ils. Qu’en comprends-tu toi qui te contentes pour l’essentiel de la traverser à 130 à l’heure. Toi qui ne quittes jamais l’autoroute ou seulement le temps d’un arrêt au Formule I le plus proche.
Il ne se démontait pas. Arborait son plus grand sourire avant de laisse tomber sa réponse.
Et alors.
Et alors est-ce qu’après tout la France ce n’est pas ça.
Est-ce qu’aujourd’hui pour la plupart d’entre nous elle n’existe pas d’abord sous ce rapport : des forêts et des champs regardés par les vitres de nos voitures ou du TGV. Un bloc de vert et de brun entrevu par-delà une rambarde d’autoroute dont chacun de nous pouvait décrire, pour l’avoir longée mille fois, le renflement, le poli, les diaprures, les rivets. »

Par les routes, Sylvain Prudhomme, Gallimard, L’Arbalète, 304 pages, 19 euros

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Julien Coquet

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