Fictions

« L’Affaire Furtif » de Sylvain Prudhomme : chercher le sens

« L’Affaire Furtif » de Sylvain Prudhomme : chercher le sens

21 mai 2018 | PAR Julien Coquet

L’Arbalète réédite un des premiers romans de Sylvain Prudhomme dans lequel la fuite d’un voilier aux mystérieux occupants fait la une des journaux.

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Il y a deux ans, nous avions beaucoup aimé Légende, le dernier roman de Sylvain Prudhomme, qui dressait le portrait de deux frères que tout séparait dans les années 1980. Cette voix singulière de la littérature et faisant partie des écrivains français prometteurs (Jean-Baptiste Del Amo, Tanguy Viel, etc.) nous avait touchés par sa façon de traiter le désir de mener une vie vraie, au plus proche des valeurs portées par les personnages.

Dans ce court roman, on suit le périple d’un voilier dérobé à Lisbonne, le Furtif. Sans que l’on sache vraiment pourquoi, tous les média se ruent sur cette histoire, y consacrant des directs: qui en sont les voleurs ? Et ces mystérieuses silhouettes qui copulent sur le pont depuis plusieurs jours ? Mais le Furtif poursuit inlassablement sa route, jusqu’à ce que l’opinion oublie ce fait divers. Dix ans plus tard, pourtant, un étrange objet est retrouvé sur les côtes namibiennes…

L’intérêt du roman est de se concentrer sur chaque passager du voilier. Leur but était de vivre leur vie conformément à leurs idéaux et à leur passion. C’est l’histoire de cette compositrice de musique concrète qui s’isole sur l’île pour capter les bruits des vagues et les cris des oiseaux. Ou encore le récit sous forme de journal de Toyo Sôseki, botaniste. Plein d’humour, L’Affaire Furtif critique notre désir de trouver du sens et de chercher à tout expliquer, comme ces média qui se focalisent sur une affaire certes mystérieuse mais ordinaire. Lorsque les notes d’un architecte prometteur sont retrouvées, les commentaires pleuvent et les colloques se multiplient pour chercher à comprendre le concept d’ « anarchitecture ». Pourtant, gloser sur l’incompréhensible est vain.

« Le Furtif avait fait du chemin depuis son départ. Poursuivant son itinéraire en ligne droite vers le sud, il avait franchi l’équateur, puis le tropique du Capricorne, puis continué jusqu’à entrer dans les quarantièmes rugissants où il se trouvait à présent, non loin de l’île britannique Gough où en 1857 furent débarqués à titre expérimental, au plus fort de l’hiver austral, trois forçats dont on retrouva plus tard les cadavres congelés. On jugea que les fugitifs, dans la zone où il se trouvaient, ne présentaient plus de danger direct et ne feraient pas de vieux os. »

L’Affaire Furtif, Sylvain Prudhomme, L’Arbalète Gallimard, 128 pages, 10,50€

Visuel : Couverture du livre

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Julien Coquet

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