Fictions
« Les Orages » de Sylvain Prudhomme : Et soudain, la vie

« Les Orages » de Sylvain Prudhomme : Et soudain, la vie

25 janvier 2021 | PAR Julien Coquet

Au cours de ces treize nouvelles, le Lauréat du Prix Femina 2019 pour Par les routes ausculte ces instants décisifs qui, l’air de rien, changent la vie. Magistral.

Il est de ces auteurs dont on suit le cheminement depuis quelques livres, dont on apprécie le style, la poésie et l’attention qu’il porte aux personnages. Sylvain Prudhomme est de ceux-là. Après avoir ausculté la relation de deux frères dans Légende, narré la mystérieuse disparition d’un bateau dans L’Affaire Furtif et sondé les pensées d’un inarrêtable auto-stoppeur dans Par les routes, Sylvain Prudhomme nous revient avec un recueil de nouvelles, pour la plupart écrites entre mai et septembre 2020. Une période difficile, marquée par le confinement et la propagation du virus. Mais un climat sombre qui n’a heureusement pas déteint dans ces nouvelles pleines de vie.

Il peut d’ailleurs paraître cliché d’utiliser cette expression. « Nouvelles pleines de vie. » Et pourtant, Prudhomme parle bien de l’existence d’individus, de moments particuliers qui signifient énormément dans la vie des personnages. On retrouve alors la mécanisme des romans précédents de l’auteur, et aussi l’émerveillement qui nous parcourt. C’est l’histoire de cet homme qui quitte le lieu qu’il a longtemps habité dans « L’appartement », celle de cette femme qui se remet à apprécier de vivre après un grave accident dans « La nuit ». Ou encore de ce libraire qui, en passant par le cimetière du Père-Lachaise, découvre sa propre tombe marquée de la date de sa mort (« La tombe »).

L’écriture de Sylvain Prudhomme est une écriture de l’instant. Les regards et les postures sont analysés (« Elle le regarde. Fermé. Dur. Serré dans un col roulé qui lui va mal. »). On y parle aussi beaucoup météo, au milieu de ces « orages » qui vont bouleverser des vies. Et enfin, et c’est peut-être là le plus important, les récits de Sylvain Prudhomme sont remplis de rencontres. Le rassemblement de deux êtres crée des étincelles. La fabuleuse nouvelle qui ouvre le recueil, « Souvenir de la lumière » (quel titre !), ne narre ni plus ni moins que la rencontre marquante du narrateur et de Ehlmann, père angoissé par son enfant retenu à l’hôpital. On rit aussi de cet homme vivant dans un appartement aux cloisons bien trop fines, cloisons qui laissent passer les cris de plaisir du couple d’à côté. « Je suis resté quelques secondes sans rien dire, à repenser très fort à eux deux de l’autre côté du mur. A toutes ces semaines passées à me demander quel jeu pouvait bien leur valoir cette joie si belle, si pleine ». Pour tous ces moments où une vie bascule, pour toutes ces rencontres décisives, il faut lire Les Orages.

« Alors une étincelle surgit au bord de mes doigts. Une étincelle puis une autre, puis une autre encore. Mon cœur bat très fort, je suis heureuse, je tremble, j’ai peur d’avoir mal vu mais non, ça recommence, maintenant ce sont des gerbes de paillettes qui à chaque poussée dans l’eau me filent entre les doigts, habillent mes jambes de lumière, je voudrais crier tant je suis émue, me pulvériser en million d’atomes pour mieux m’unir à la mer, mieux la remercier, le sang me bat aux tempes et dans tout le corps, là-haut mes enfants dorment et ne savent rien, je voudrais dire à tout le monde le miracle et je suis seule, la mer et moi seule savons. »

Les Orages, Sylvain Prudhomme, Gallimard, L’Arbalète, 192 pages, 18 €

Les mutiques visages de Vivian Maier à la Galerie Les Douches
The Black Keys Brothers : l’un de leurs meilleurs albums réédité en version Deluxe !
Julien Coquet

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture