Fictions

« Les choses humaines » : Karine Tuil s’attaque à #metoo

« Les choses humaines » : Karine Tuil s’attaque à #metoo

24 août 2019 | PAR Yaël Hirsch

De Karine Tuil, nous n’avions pas pu lâcher L’invention de nos vies (2013) et l’Insouciance (2016). Dans son nouveau roman, elle s’intéresse au thème de l’identité, le judaïsme est toujours présente , mais c’est la guerre du/des sexe(s) qui centralise l’intrigue toujours prenante des Choses humaines. 

Alexandre Falard est un polytechnicien de 21 ans accepté à Standford, fils prodige d’un couple de parisiens qui ont réussi : issu d’une famille très modeste, le père est devenu le journaliste politique phare du Paf. Stagiaire à la Maison Blanche du temps de Clinton, sa mère est une élégante essayiste franco-américaine et une féministe respectée. Laïcs, modernes, et libérés, les parents ont eu une grande différence d’âge et chacun leurs aventures de leur côté jusqu’à ce que la mère tombe amoureuse d’un professeur de lycée juif et bouleverse sa vie. Le soir d’une remise de décoration de son père, Alexandre, en chagrin d’amour, accepte d’emmener la fille du nouveau compagnon de sa mère, Mila, 18 ans, à une soirée de copains. La fin de la soirée est un cauchemar qui finit en garde à vue : Mila accuse Alexandre de l’avoir violée dans un local à poubelle. Commence une longue enquête et un procès qui permet à Karine Tuil de nous en dire long sur la guerre des sexes, l’élitisme parisien et la difficulté de rendre justice.

Commençant par une longue diatribe sur l’affaire Lewinsky et présentant le sexe comme central dans l’irrationnel de milieux policés, Karine Tuil propose, comme toujours, un roman palpitant, qui tient sur sa solide structure, les voix de personnages complexes mais toujours un peu attachants et une question sociale majeure : deux jeunes ont un rapport sexuel glauque. L’une accuse de viol, l’autre de sexe, c’est une parole contre l’autre, et probablement deux ressentis réels, leurs vies sont brisées, l’une par la violence, l’autre par l’infamie.

Quel est le rôle de la Justice et peut-elle bien fonctionner ? Posée dans sa gangue de remarques justes et effilées sur la reproduction et la gestion de leur réputation par les élites, cette question qui nous taraude tous prend corps et vie avec intensité dans ce nouveau roman très réussi de Karine Tuil.

Quand littérature et société font beau ménage et peut-être même un peu de ménage là où on a voulu cacher la saleté, les questions posées sont importantes et l’on ne peut que souhaiter à l’auteure un prix.

 

Karine Tuil, Les choses humaines, Gallimard, 352 pages, 21,90 euros, sortie le 22-08-2019. visuel : couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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