Fictions

L’invention de nos vies, l’identité ambigüe et ambitieuse selon Karine Tuil

L’invention de nos vies, l’identité ambigüe et ambitieuse selon Karine Tuil

24 août 2013 | PAR Yaël Hirsch

L’auteure de « La Domination » (2008) et « Six mois et six jours » (2008) est de retour dans un de ses thèmes de prédilection : les paradoxes des identités française avec un (gros) roman qui se lit d’une traite et reprend le bon vieux concept américain du « passing » pour son héros qui « passe » vers le judaïsme pour faire carrière. Classique, mais redoutablement efficace.

[rating=3]

karine tuil l'invetion de nos viesAdolescents, Samir et Samuel sont meilleurs amis. Sam sort avec la sublime Nina. Malgré les différences d’origine – la mère de Samir est immigrée du Maghreb et élève son fils seule, tandis-que les deux autres copains sont juifs et de milieux plus aisés- les trois jeunes gens sont très unis dans la perspective du brillant avenir qui était encore promis aux jeunes gens travailleurs, il y a vingt-cinq ans. Mais, un drame bouleverse  la vie du jeune Samuel qui rapproche Nina et Samir. Arrive ce qui ne devait pas arriver. Lorsqu’il apprend la trahison Samuel tente de se suicider. Pétrie de culpabilité, Nina le choisit. Vingt ans plus tard, Samuel est un enseignant dépressif, Nina modèle pour catalogue de vêtements grand public. Tous deux vivent dans un appartement glauque de banlieue, sans enfant, quand ils apprennent pas les médias que Samir a brillamment réussi dans les affaires à New-York. Sauf qu’il ne se fait plus appeler « Samir » mais « Sam » et a repris à son compte la biographie de Samuel.

Rejouant « La tâche » de Philip Roth version française, Karine Tuil réussit parfaitement à nous rendre ce Samir devenu Sam et bâtissant sa vie sur un mensonge très sympathique. Certains aspects du livre sont outrés, on frôle même parfois le cliché dans les trahisons d’adolescents et la pauvreté de la mère du héros, qui est sculptée pour tirer des larmes au cœur le plus rêche. Mais la structure en flash-back du livre fonctionne bien et l’on se laisse emporter dans le flot des pages et par ce trio d’identités complexes. Un vrai roman, qui pose des questions politiques importantes et qui vient ajouter une pierre à une œuvre tout à fait cohérente, tant sur le fond que sur le style. A considérer sérieusement pour un prix littéraire cette année.

Karine Tuil, « L’invention de nos vies », Grasset, 504 P, 20,90 €. Sortie le 22 août 2013.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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