Fictions

« La Chaleur » de Victor Jestin : Y a du soleil et des nanas

« La Chaleur » de Victor Jestin : Y a du soleil et des nanas

28 août 2019 | PAR Julien Coquet

Sous le soleil des vacances d’été, Léonard regarde Oscar mourir, étranglé par les cordes de la balançoire du camping. Ce premier roman d’un auteur de 25 ans creuse bien les questionnements de l’adolescence sans pour autant tenir toutes ses promesses.

Chaque rentrée, ils débarquent. Avec le spectre de François Sagan qui plane, elle qui publia Bonjour tristesse à 18 ans, les jeunes auteurs ont toujours le vent en poupe. Victor Jestin, 25 ans, dont on sait finalement peu de choses à part qu’il a passé son enfance à Nantes et qu’il vit actuellement à Paris, présente son premier roman, La Chaleur, chez Flammarion, centré sur la place d’un adolescent dans un monde qu’il ne comprend pas. Léonard, 17 ans, le narrateur de l’histoire, semble éprouver très peu d’empathie : « Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. […] Quoiqu’il en soit, je n’ai pas bougé. Tout en a découlé ». Incipit brutal, incisif, qui peut rappeler le début de L’Etranger d’Albert Camus. Placide, Léonard décide de décrocher le corps d’Oscar des cordes de la balançoire auxquelles il est pendu pour aller l’enterrer sur la plage.

Être au monde sans y être, c’est là toute l’idée de La Chaleur. Léonard est après tout comme de nombreux adolescents, loin des clichés véhiculés par les séries américaines où adolescence rime avec beauté, désir et sensualité. Léonard est juste là, dans ce camping bondé, sous la chaleur de l’été, se demandant ce qu’il peut bien foutre là. Le bonheur des autres l’insupporte, l’animateur du camping déguisé en lapin le met mal à l’aise et l’attrait qu’il semble susciter auprès des filles l’indiffère. Victor Jestin parvient parfaitement à faire ressentir la chaleur insupportable qui fait effet serre sous les tentes ainsi que les questionnements et les souffrances de l’adolescence. Il y a aussi le pote qui ne pense qu’à baiser, la fille un peu trop insistante, les parents inquiets du commencement de la vie amoureuse et sexuelle de leur fils, l’ami homosexuel rejeté qui pleure, etc.

Le problème est qu’il ne se passe pas grand-chose. En moins de 150 pages, on ne peut demander des retournements de situation incroyables. Mais cette errance de Léonard dans un camping bondé est assez inintéressante, d’autant plus que le style est loin de la maîtrise dont faisait preuve Françoise Sagan à 18 ans. Malgré ces réserves, La Chaleur reste quand même un roman sympathique, qui se lit en deux heures, et qui réjouira ceux qui n’ont pas pu partir en vacances et cherchent tout de même du soleil, la plage et des corps en maillot de bain.

« Elle l’a regardé de travers. J’ai repensé à toutes ces fois où ils m’avaient demandé comment vont les amours. Laissez-nous tranquilles avec ça. Les amours ne vont pas bien. On en parlerait sinon.
– En tout cas, a continué mon père, qui était un peu ivre aussi, ce qui lui donnait toujours envie de parler franchement, en tout cas si on est trop présents, il faut nous le dire… Si, par exemple, tu aimerais bien, euh…
– Ramener quelqu’un dans ma tente ? ai-je dit soudain.
Ma mère a ri nerveusement, mon père a haussé les épaules en souriant. »

La Chaleur, Victor Jestin, Flammarion, 144 pages, 15€

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Julien Coquet

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