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Entre Dada et surréalisme, la correspondance de Breton avec Tzara et Picabia

Entre Dada et surréalisme, la correspondance de Breton avec Tzara et Picabia

23 janvier 2018 | PAR Jérôme Avenas

Les éditions Gallimard poursuivent la publication de la correspondance d’André Breton. Dans ce dernier volume, la transition entre les deux mouvements d’avant-garde est mise en évidence par les échanges avec Tristan Tzara et Francis Picabia.

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« Je n’ai pas cessé de penser à vous comme au meilleur de mes amis », écrit André Breton à Tristan Tzara le 14 octobre 1920. Plus loin, il regrette le silence de son ami quand celui-ci est de retour à Paris et il ajoute : « Ce serait à moi sans doute d’aller prendre de vos nouvelles rue Émile-Augier mais je redoute tant une explication avec Picabia. » Ces mots, presque ceux d’un amant, n’étonnent pas quand on sait combien le trio avant-gardiste pouvait réagir avec les excès de la passion.

Au sein du groupe, les bisbilles ne manquent pas et si elles alimentent la presse de l’époque, elles montrent aussi combien la révolution surréaliste s’est fondée sur des convictions communes aux préoccupations Dada mais contre lui également, contre un nihilisme porté par Tristan Tzara que Breton refusait. Quand Picabia, ironique et laconique écrit, le 12 juillet 1920, « je suis heureux de voir que votre mal de dents va mieux et que vous avez pu sortir », on sourit en imaginant la tête du destinataire à la réception de la missive, quand il attendait vraisemblablement « autre chose ».

Les lettres publiées ici ne sont pas inédites. Henri Béhar qui signe pour la présente édition un très bel appareil critique le rappelle dans une note liminaire : « Des lecteurs avisés diront que la présente correspondance de Breton avec Tzara et Picabia était parfaitement lisible depuis plus d’un demi-siècle, en appendice de la thèse de Michel Sanouillet, ‘Dada à Paris’. » Les copieuses notes, éclairantes, et l’abondance de fac-similés de documents (télégrammes, lettres, cartes postales) en font, cela dit, une édition indispensable. À noter que simultanément, les éditions Gallimard publient la correspondance de Breton avec Benjamin Péret. Nous en reparlerons.

André Breton, Correspondance avec Tristan Tzara et Francis Picabia 1919-1924, présentée et éditée par Henri Béhar, Éditions Gallimard, décembre 2017, 256 pages, 26€.

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Jérôme Avenas

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