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Dumb Type, technologie engagée

Dumb Type, technologie engagée

23 janvier 2018 | PAR Laetitia Larralde

Le Centre Pompidou a proposé à la commissaire de l’exposition Japanorama Yuko Hasegawa de choisir parmi les artistes présentés et d’organiser une exposition monographique. En optant pour le collectif Dumb Type, elle décide d’explorer un peu plus loin la spécificité de la société japonaise.

Dump Type est la troisième exposition de la Saison Japonaise du Centre Pompidou Metz, après Japan-ness qui traitait de l’architecture et Japanorama, rétrospective de la scène artistique contemporaine (article ici). Cette saison est complétée par la programmation de 10 evenings, dix soirées autour du spectacle vivant contemporain japonais, dont certaines mettent en scène des membres de Dumb Type.
Né en 1984, Dumb Type regroupe une quinzaine d’étudiants du Kyoto City Art College issus de disciplines variées : plasticiens, vidéastes, architectes, chorégraphes, informaticiens, ingénieurs du son… Ce collectif à géométrie variable, interdisciplinaire et sans hiérarchie est unifié par une vision et des interrogations communes. Ils créent en réaction à la superficialisation de la société japonaise que la bulle économique des années 1980 a orientée vers les médias, la consommation de masse et la technologie. Dumb Type questionne le rapport de la technologie au corps, comment construire son identité, comment communiquer. De ces réflexions sont nées des performances théâtrales hybrides et engagées, entre spectacle vivant et installation multimédia.

Toujours actif aujourd’hui avec l’addition de nouveaux membres, le collectif a participé activement à la création et à la mise en place de l’exposition. Ils ont décidé de ne pas présenter leur travail sous forme d’archives, mais de donner une relecture contemporaine des performances originelles, le tout dans une réflexion sur l’adaptation au musée d’un spectacle vivant. On se retrouve donc plongés dans sept grandes installations utilisant divers procédés comme la vidéo, la projection, le son, en lien avec trois performances présentées en début de parcours par des extraits vidéo : PleasureLife (1988), pH (1990) et S/N (1994). Le rapport à la technologie est toujours central.
Si le scanner géant de pH interrogeait en 1990 le contrôle des identités, en 2017 il rajoute un questionnement sur les frontières, tant physiques que mentales. Là où PleasureLife mettait en scène une multitude d’objets connectés créant une colonie tumultueuse, Playback, la version 2017, rassemble douze tourne-disques jouant tous le même disque diffusant des sons plus minimaux et actuels, changeant totalement l’atmosphère.
Toposcan/Ireland cherche à comprendre ce qu’est l’image numérique haute définition au travers d’une projection panoramique mêlant image fixe, vidéo et transformation de ces images en lignes de pixels dans une œuvre méditative évoquant l’illusion d’une réalité encodée et sans profondeur.
L’installation Memorandum OR Voyage s’interroge sur la vie et la mort, la fragilité humaine face à l’implacabilité de la technologie et comment nous nous retrouvons réduits à des amas de données. Nos souvenirs sont figés dans les pixels et perdent de leur subjectivité, mais tandis qu’il ne reste que très peu de territoires à explorer sur Terre, la technologie offre de nouvelles frontières à atteindre. Appuyé par une bande son oscillant entre la machinerie hospitalière, le rythme cardiaque et les instruments de navigation, on plonge ici dans une installation hypnotique.

C’est dans une sorte de transe méditative qu’on sort de l’exposition Dumb Type, avec une conscience accrue de notre dépendance à la technologie qui transforme notre vie en données, nous encode et nous décode, et vient se placer entre nous et le réel, le ressenti physique, tel un filtre entre nous et notre humanité.

Dumb Type – Actions + réflexions
Centre Pompidou Metz – Du 20 janvier au 14 mai 2018

Visuels : Memorandum Or Voyage © Dumb Type, Lovers © Dumb Type, Toposcan / Ireland © Dumb Type

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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