Cinema

« The Dead Don’t Die » en ouverture à Cannes : un petit Jim Jarmusch où la maîtrise s’use

« The Dead Don’t Die » en ouverture à Cannes : un petit Jim Jarmusch où la maîtrise s’use

15 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Avec son nouveau film, présenté en ouverture à Cannes 2019, Jim Jarmusch livre une comédie avec des morts-vivants, enveloppée dans un ton hiératique, d’abord plaisant et maîtrisé puis finalement lassant.

En choisissant d’empoigner le genre de la comédie avec morts-vivants (vue sur les écrans à plusieurs reprises ces dernières années, depuis Shaun of the Dead), Jim Jarmusch reste fidèle à sa manière de faire. Au-delà du vieux rock, donné à entendre, ou des instants de pose façon film d’auteur, son nouveau film reste surtout baigné d’un ton hiératique, ici tiré vers le comique. The Dead Don’t Die comporte ainsi des passages burlesques, incarnés par des personnages égarés aux traits impassibles. Des protagonistes qui, à certains moments, justifient leur humeur ou leur comportement lors de scènes dialoguées qui en apprennent long sur eux. Le film prend place au sein d’une toute petite ville rurale américaine, et ambitionne de la décrire, tout en se livrant à de l’humour.

Personnages perdus et maîtrise technique

Ainsi, une galerie de personnages apparaît : duo de flics à problèmes personnels (Bill Murray et Adam Driver), fermier redneck (Steve Buscemi), employée des pompes funèbres peu cernable (Tilda Swinton)… Tous cherchent un nouveau souffle à donner à leur existence, ou des moyens d’affirmer davantage ce qu’ils veulent, de se déterminer plus. C’est peu de dire que ces figures apparaissent vivantes et incarnées. Et que leur confrontation aux morts-vivants, réveillés par une déviation de la Terre par rapport à son axe, n’est qu’une façon pour eux de faire parler leurs personnalités, à l’écran.

La réalisation vient étayer ce point de vue, en proposant des plans carrés, étudiés, maîtrisés. Jarmusch filme sublimement bien dans la forêt, et a l’art de transfigurer des visions de ville banales ou des scènes quotidiennes, et de les transformer en moments cruciaux, à l’aide de plans carrés et savamment étudiés. Durant sa première heure, le film impose donc un climat décalé qui fait rire : on s’accroche à ces personnages et à leurs réactions complètement décalées, alors qu’ils découvrent des cadavres mutilés, ou qu’ils réalisent que le temps est tout bouleversé.

Scénario sans profondeur

Sauf que le scénario finit par piétiner : une fois la seconde salve de morts-vivants lancée à l’assaut de la petite ville du film, ce dernier voit ses personnages essayer de résister à la menace, ni plus ni moins, et devient plus banal. En manque de perturbations – l’arrivée de trois « hipsters de Cleveland », avec parmi eux Selena Gomez, n’y change rien – le film reproduit à la suite les mêmes procédés, qui finissent par le figer…

Bien dommage, car on garde en tête la toute première scène où apparaissent les morts-vivants : ils ne sont alors que deux, et ils paraissent originaux, et suivis avec un intérêt fou par la caméra du réalisateur. Leurs interprètes, lancés dans un jeu physique dément et inhabituel, ne sont autres que la réalisatrice Sara Driver, et… Iggy Pop. Et tout à coup, au cours de cet instant original et filmé avec un vrai œil de réalisateur, la figure très galvaudée du zombie se trouve presque réinventée. Dommage que tout le film ne fasse pas montre d’une même profondeur.

Dans les salles françaises depuis le 14 mai, The Dead Don’t Die est présenté en Compétition à Cannes 2019.

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

Visuels : © Abbot Genser / Focus Features / Image Eleven Productions, Inc. / affiche de The dead don’t die

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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