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« Suffis-toi d’un buis », une exposition à humer à La Ménagerie de Verre

« Suffis-toi d’un buis », une exposition à humer à La Ménagerie de Verre

14 mai 2019 | PAR Carole Marchand

Depuis le 6 mai dernier sont exposés à La Ménagerie de Verre, huit artistes, plasticiens, sculpteurs d’art contemporains dans la fameuse Salle OFF communément usée par la danse, le théâtre et la représentation. Une exposition d’art contemporain au beau milieu d’un lieu dédié exclusivement à la chorégraphie, une alliance qui fonctionne…

Dans une grande salle brute et blanche au murs craquelés, au sol en béton, et aux spots lumineux éblouissants, une grande sculpture de Vicktor Yudaev vous accueille, très frontalement, dans l’espace dédié à l’exposition. Difformes et déconstruits, il nomme ses personnages Les Baigneurs. La salle nue que nous connaissons s’est habillée de ces œuvres qui se déploient dans l’espace et semblent apporter une présence au lieu. Gradins et spots lumineux sont conservés pour garder en tête l’usage premier de la salle, la représentation. Le paysage qui s’offre à nous est donc clair, large et parsemé ici et là d’œuvres colorées qui semblent être déposées hasardeusement dans l’espace. S’ajoute au paysage une agréable odeur d’herbe coupée, qui vous transporte immédiatement dans un jardin secret, celui des artistes. Les parfums et les couleurs se mélangent, accompagnées d’un fond sonore provenant de la répétition dansée dans une salle annexe. Ce vide expressif envoûte et invite à une déambulation libre dans l’espace.

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Jérome Mauche, écrivain, poète, éditeur et commissaire de cette exposition, qui nous en a révélé un peu plus sur ce projet.

L’art à la dimension curative

« L’exposition est destinée à ce que l’on s’y sente bien. C’est avant tout une dimension curative qui anime cet endroit, lieu de liberté du corps. Le nom de cette exposition provient d’un de mes livres, et signifie faire une pause. »

Nous décidons alors de faire une pause avec Jérome, au coin du gradin, tout entourés des foulards de la sculpteure, danseuse et performeuse Lili Reynaud-Dewar. Disposés négligemment mais avec une certaine élégance sur les assises, imprimés de la représentation de ses propres performances, les tissus aux couleurs vivent prennent vie sur les gradins. S’ajoute à cet habillage une pièce de Xavier Antin, tapisserie imposante aux motifs montagneux, qui dévale du gradin vers le sol. L’exposition nous laisse flotter dans une atmosphère paisible, reposante. La suite de notre déambulation bienfaitrice croise le chemin d’Anne Bourse, au beau milieu d’un jeté de coussins. L’artiste déroule au sol un espace formel et coloré qui surprend et détourne l’usage de l’objet « coussin », qui dialogue alors avec le mouvement du regardeur.

Une immersion colorée

Remarquables de loin, les quatre toiles d’Isabelle Cornaro sèment un trouble visuel. Encore plus infime que du pointillisme, le travail chromatique sur la toile s’agite devant nos yeux comme un coup de vent dans un arbre. L’illusion génère l’attirance.  » Mon intervention ici fut simplement un geste d’accueil des artistes, pour les inclure dans ce mouvement et ce lieu de création. Je voulais voir l’exposition comme un nettoyage de l’espace. » souligne Jérôme, comme en écho à l‘oeuvre photographique de Marina Pinksy

Enfin, trône au beau milieu de la pièce la sculpture de Morgan Courtois, qui exalte de son parfum fleuri dans tout l’espace. Une composition florale posée sur une table aux allures égyptiennes occupe le vide jusqu’au sol, ou se retrouvent parsemés des éclats de vases en céramiques et des tiges coupées, résultant de la performance réalisée par l’artiste au vernissage. 

Nous avons pu également poser quelques questions à Cécile Bouffard, artiste plasticienne, pour nous parler de son travail.

Tout d’abord, est ce que vous pourriez vous présenter ? Pourquoi s’engager vers la sculpture, quel est votre parcours artistique ?

J’ai effectivement obtenu mon Dnsep en 2014 à l’École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Lyon. Pendant ma scolarité, j’oscillais entre la peinture disons sur format classique et la sculpture : les deux médiums ensembles s’associaient dans des installations qui intégraient l’espace d’exposition. À la sortie de l’école, j’ai eu une résidence de deux ans à la cité internationale des arts de Paris et j’ai intégré l’artist-run-space Pauline Perplexe à Arcueil, dans lequel se trouve mon atelier encore aujourd’hui. Nous y avons un espace d’exposition, ce qui nous permet d’inviter d’autres artistes de toutes générations et de nous-même faire des propositions d’exposition. Tous ces environnements et les rencontres avec de jeunes commissaires d’exposition ainsi que d’autres artistes ont contribué à l’évolution de mon travail. Je ne dirais pas que je me suis engagé vers la sculpture, ça reste évolutif, teinté de préoccupations qui évoluent… mais oui avec certaines obsessions.

Comment s’est passée votre rencontre avec Jérôme ? Comment vous a-t-il présenté le projet ?

Marie Thérèse Allier, la directrice de la Ménagerie de verre a proposé l’année dernière à Jérôme Mauche d’organiser une exposition dans son lieu. Il me semble qu’en acceptant, il ai décidé d’inviter des artistes qu’il connaissait de près ou de loin mais de façon assez intuitive et avec des parcours croisés. Je connais Jérôme depuis l’école et il m’a simplement parlé du projet en me présentant les artistes auxquels il avait pensé. Ça a d’ailleurs découlé sur la présentation des œuvres qu’il avait choisi d’exposer.

Les œuvres exposées par tous les artistes usent beaucoup de médium léger comme du tissu, du textile et jouent beaucoup sur la couleur,… comment situez vous votre travail dans l’exposition ? Quel a été votre processus de création ( In situ dans la salle Off ? Dans ton atelier ? )?

Pour ma part, j’avais envie de faire de nouvelles pièces, on a donc parlé un peu plus précisément de son idée. Il a alors évoqué Hildegarde Von Bingen, les baquets de Mesmer et Sebastian Kneipp. Ces trois références ont en commun la spiritualité (religieuse ou non), le flux, la liquidité, le soin et là je pense à ta question de la présence de textiles et de formes molles et organiques, ces couleurs qui se fondent qui sont présentes dans l’exposition Suffis-toi d’un buis. J’ai eu envie comme souvent dans les expositions auxquelles je participe, d’intégrer les pièces comme des marqueurs dans l’espace. Des présences discrètes de l’ordre du vivant, il y a toujours un rapport à un comportement dans mon travail. J’ai alors pensé à la notion d’enthousiasme, ça me paraissait fonctionner avec le reste et ces histoires de passion. 

Enfin , ton choix de cette forme symbolique du bénitier, comment prend-t’elle sens dans l’espace ? Est-ce là une symbolique du vivant, d’une présence ? 

L’idée du bénitier est une façon assez cynique d’aborder la frénésie étant donné le caractère religieux de l’objet. D’autant plus que je les ai pensé coulants, comme si ils dégoulinaient d’eux-même, bavant, un enthousiasme mou.

Un dialogue sans cartels ni explications superflues pour une exposition colorée qui questionne la vie, le geste et la présence. C’est une belle transversalité des arts qui résulte de cette proposition à La Ménagerie.

Exposition à voir jusqu’au 24 mai 2019. Informations pratiques ici.

Visuels © photographies personnelles

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