Cinema

[Cannes 2017, Compétition] « Okja », consensuel et déjà-vu, désolé

[Cannes 2017, Compétition] « Okja », consensuel et déjà-vu, désolé

20 mai 2017 | PAR Geoffrey Nabavian

Comme on sait que cette production Netflix signée par le grand Bong Joon-ho a su parfaitement parler à certaines sensibilités, on va tenter de ne pas aller plus loin en matière d’énervement. On dira juste qu’on n’a pas été sensible au ton de ce film d’aventure fantastique.

[rating=2]

Dans des montagnes asiatiques très isolées, une gamine vit en compagnie d’une sorte de cochon gris géant, de sexe féminin, dont elle s’est occupée avec son grand-père, vieil éleveur. Cette bête, c’est la Okja du titre. Et elle est en fait une créature conçue par une grosse entreprise d’alimentaire américaine… Comme celles de son espèce, Okja a grandi dans un pays vert et exotique. Mais dix ans après sa naissance, ses vrais propriétaires viennent la récupérer. Pour sa viande… La petite héroïne, qui ne peut se résoudre à la perdre, va partir à l’aventure pour elle.

La course-poursuite jalonnée de casse et d’explosions qui suit ce point de départ évoque la trame de pas mal d’autres films. Pas grave, a priori, tant le grand réalisateur Bong Joon-ho, signataire de Memories of murder, de The host, de Mother, ou Snowpiercer, sait faire fuser ses idées originales. Mais ici, les trouvailles folles sont un peu rares, et l’originalité pas spécialement au rendez-vous. On s’attache tout de même à cette tenace petite héroïne, qui sait joliment exploser les portes en verre, et reste jouée par une actrice très convaincante, Ahn Seo-hyun. Et puis s’invitent ensuite, dans cette histoire, un groupe de défenseurs des droits des animaux, menés par Paul Dano. Dont on peut trouver les membres pas drôles, pas crédibles non plus, inconsistants, niais, totalement premier degré… Ils prendront beaucoup de place hélas. Lors d’une scène de combat de rue à la limite du ridicule total, notamment… Et face à eux se dressera une galeries d’employés d’entreprise assez caricaturaux. A commencer par une patronne jouée par une Tilda Swinton vraiment très crispée, dans son registre (trop) habituel…

Le fond, l’arrière-plan d’Okja se limite en fin de compte à un versant écolo pas très développé, sans beaucoup de force… On s’étonne que le film n’atteigne qu’en quelques instants à une vraie folie, surtout quand on connaît Bong Joon-ho. En fait, il signe une réalisation quasi familiale, faite pour tous les publics, mais sans beaucoup de substance. A tel point que sa créature-star en devient fade, interchangeable avec une autre bête… L’aventure, au final, n’est pas grisante. Le mélange des genres non plus. Ils deviennent vite assez insipides, à l’image de la performance de Jake Gyllenhaal, splendide et méconnaissable dans sa première scène, puis enfermé dans un seul ton… Un bien petit pas pour le fantastique, et le divertissement, à nos yeux, pourtant curieux de voir au départ…

Et le matin de la projo, donc, le couac technique, qui a voulu que le film démarre avec le haut de l’écran largement couvert par un bord noir, mal remonté, a pu être perçu par certains comme un bras d’honneur adressé à Netflix, son producteur et distributeur en France, qui ne le sortira pas dans les cinémas… Rêve ou réalité ? Pas le coeur du film, pas le point central en tout cas…

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Visuel : © Netflix France

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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