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[Cannes 2021] Ouverture entre classe et bon humour, mais Annette décevante

[Cannes 2021] Ouverture entre classe et bon humour, mais Annette décevante

07 juillet 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Après une Cérémonie de lancement riche d’invités internationaux prestigieux, le Festival de Cannes 2021 a dévoilé son film d’ouverture, un Annette qu’on a pu trouver assez creux.

De la Cérémonie d’Ouverture de Cannes 2021, on garde d’ores et déjà le souvenir d’un moment élégant et efficace, célébrant le retour à un Festival avec spectateurs présents : discours brillant, dans un français parfait, de l’Invitée spéciale toute vêtue de blanc et de scintillant Jodie Foster, venue recevoir une Palme spéciale pour l’ensemble de sa carrière – résumée dans un montage soutenu par une très belle bande originale – ou rôle de maîtresse de cérémonie tenu avec finesse par Doria Tillier… On se remémore également les allures très colorées du jury chargé de décerner la Palme d’or à un lauréat choisi parmi la vingtaine de films concourant – du rouge élégant de Mylène Farmer au vert stylisé porté par Mélanie Laurent – ainsi que le look marquant du Président Spike Lee, en baskets et costume rose. La présence sur scène de Pedro Almodóvar – remettant sa distinction à Jodie Foster – et de Bong Joon-ho – appelé là pour déclarer le festival ouvert, et faire ainsi le lien avec la dernière édition en date, 2019 – était également à saluer.

On gardera aussi en tête l’atmosphère de la cérémonie, marquée par un humour plutôt malin et témoignant de la joie de pouvoir être dans des salles rouvertes. Certains des réalisateurs et acteurs des œuvres lauréates du label Cannes 2020, qui étaient présents parmi le parterre de personnalités conviées, ont été invités à se lever et ont été applaudis par l’assistance. Ce fut le cas pour Bruno Podalydès, Marie-Castille Mention-Schaar – dont le film distingué n’est toujours pas sorti – ou encore Nicolas Maury, marquant lui aussi par son allure sertie de diamants. La Palme du naturel revenant au final à Spike Lee – suivi de près par Bong Joon-ho – regrettant de « ne pas parler aussi bien français que Jodie Foster », et lâchant le dernier mot de cette soirée, « Open ! », avec une intonation funky.

Annette, ou Leos Carax pas très magique

Film faisant l’ouverture du Festival de Cannes 2021 – tout en étant aussi en compétition pour la Palme d’or – Annette démarre de la plus belle des façons : on voit son réalisateur, Leos Carax, lancer en direct son histoire, puis les Sparks, célèbre groupe de rock, commencer à chanter, avant de quitter leur studio pour partir continuer leur morceau en marchant dans la rue. Adam Driver et Marion Cotillard, qui les ont rejoints, « partent vers leur histoire » à l’issue de cette sublime séquence en chanson. Le tout donné à entendre dans une qualité de son exceptionnelle, avec des paroles qui clament haut et fort qu' »il est temps de commencer« . Une ouverture digne du Leos Carax qu’on aime, celui qui filme de la vie en mouvement et en chemin permanents, imprégnée de rêve. Annette est donc une comédie musicale artistiquement ambitieuse, débutant bien. Las, lorsque arrive le troisième passage chanté, c’est la douche froide : les deux acteurs principaux, Adam Driver et Marion Cotillard (en fait presque totalement absente au cours de la deuxième heure), clament fort qu’ils s’aiment à la folie, alors que l’on ne sent aucune alchimie entre eux, et que l’on n’a pas eu le temps d’observer leurs sentiments s’installer. On remarque alors, aussi, que les chansons ne sont finalement pas terribles, peu inspirées.

Ce couple au centre du récit va avoir un enfant, être perturbé par l’attitude autodestructrice qui émerge, on ne sait pas trop pourquoi, chez le mari, Henry – Ann, sa femme paraissant elle aussi assez perturbée, dès le départ – avant qu’Annette, leur bébé, ne révèle un don surprenant. Si l’absence d’alchimie entre les deux acteurs principaux handicape la première heure, rendant ses trouvailles visuelles sans chair et assez creuses, la deuxième heure apparaît un peu plus réussie, portée par une belle idée. Mais sa trame évolue de façon très conventionnelle, et reste assez mal écrite : beaucoup de scènes font déjà-vu, et le personnage d’Adam Driver n’est pas gâté.

En fin de compte, à plusieurs moments, l’aspect physique d’Adam Driver, qui incarne peu ou prou le personnage principal ici, fait penser grandement à celui de Leos Carax lui-même. Qu’en déduire ? Le cinéaste qui signa le splendide Holy Motors veut-il parler de lui à travers ce nouveau film ? Si oui, ce qu’il exprime peut sembler assez peu intéressant, et surtout peu recherché. Ici, le fond manque. En conséquence, la forme d’Annette a des allures de coquille vide.

Le Festival de Cannes se déroule du 6 au 17 juillet.

En Compétition pour la Palme d’or, Annette est à voir dans les salles françaises depuis ce 6 juillet.

Retrouvez tous nos articles sur le Festival dans notre dossier Cannes 2021

Annette de Leos Carax avec Adam Driver et Marion Cotillard, Simon Helberg… Distribué par UGC distribution.

Visuel : © UGC Distribution

Visuel Une : affiche du film

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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