Théâtre

On s’amuse beaucoup au Dejazet avec le Dindon de Feydeau

On s’amuse beaucoup au Dejazet avec le Dindon de Feydeau

05 décembre 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Après le succès du Fil à la Patte, la compagnie Viva revient avec un Feydeau explosif et déjanté. Une proposition réjouissante en cette période équivoque de fêtes et de mouvements sociaux. La troupe s’y amuse autant que le public. 

Après une récente adaptation malheureuse au cinéma, la pièce dans toute sa force revient sur les planches du théâtre Dejazet de la place de la République. L’intrigue est succulente. Comme toujours chez Feydeau les couples se trompent ou du moins essayent, les hommes sont lâches et pitoyables et les femmes sont insupportables et souvent cruelles. Deux épouses se jurent de rester fidèles à leur mari … sauf si ceux-ci les trompent. Le défi est lancé et toutes les machinations envisagées. Déjà les prétendants intriguent avec plus ou moins de succès et de conviction. Les personnages entrent et sortent, entrent toujours par surprise. Le rythme est soutenu. Il y a une anglaise nymphomane, un anglais de Marseille, un majordome truculent. Et invité par erreur dans le marivaudage général, un couple de touristes dont la femme est sourde, peut-être  pour illustrer ce qu’est un couple qui ne s’entend pas.

Sur le plateau un décor simplifié à un Chesterfield et quelques luminaires contemporains. En fond de scène des voilages tombant des cintres à l’avant d’une coursive tracent un deuxième rideau. Ce dispositif de théâtre dans le théâtre enrichît les faux semblants et assure des circulations plus fluides; les portes ne claquent plus mais l’on conserve l’inquiétude d’une apparition inattendue. Les codes du vaudeville sont, c’est une nécessité avant d’être une convention, poussés à l’extrême. Les gestes sont parfois dansés, les gestuelles maniérées. La mauvaise foi inonde les propos et les rares moments de sincérité se noient dans un sur-jeu assumé, burlesque et hilarant. La troupe s’amuse autant que nous. Anthony Magnier est un metteur en scène au génial sens du rythme; il interprète Monsieur de Pontagnac et emmène loin une troupe efficace patinée de ses dates au  OFF d’Avignon 2019. Le spectacle est une réussite. Mention spéciale pour Julien Renon éblouissant de force comique dans sa création de majordome et d’anglais de Marseille.   

 

 

Le Dindon 

de Georges Feydeau

du Lundi au Samedi à 20H30
Matinées Samedi à 16H45

Théâtre DEJAZET 

41 Boulevard du Temple – Paris 3ème – Métro République

lien de réservation

 

Crédit Photo ©Viva

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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