Cinema
Cannes 2022, Compétition : avec Frère et sœur, Arnaud Desplechin s’égare entre trop de thèmes

Cannes 2022, Compétition : avec Frère et sœur, Arnaud Desplechin s’égare entre trop de thèmes

22 mai 2022 | PAR Geoffrey Nabavian

Dans ce nouveau film d’Arnaud Desplechin, si la relation frère/sœur conflictuelle du titre inspire des passages de valeur, tout le reste paraît rebattu.

Arnaud Desplechin avait déjà consacré un film entier aux rapports de détestation entre une sœur, Elizabeth, et un frère « banni », Henri. Dans son nouveau long-métrage, on retrouve ces deux figures, devenues Alice et Louis. Le second représentant bien entendu, d’une certaine manière, le cinéaste lui-même…

Ici, donc, Marion Cotillard prend la suite d’Anne Consigny et Melvil Poupaud celle de Mathieu Amalric, pour un nouveau récit centré sur la rage qui a séparé un frère et une sœur. Et ce sont tantôt des scènes de souvenirs stylisées tout en légèreté, tantôt des séquences plus cocasses se déroulant dans le présent de ces protagonistes, éloignés pendant des années, qui donnent à voir ces rapports. Des rapports faits de jalousie, de dédain, de vraie hargne et d’envie de faire mal à l’autre dans certains cas… 

On l’aura compris, ces passages-là restent suffisamment riches pour bien marquer et capter l’attention. L’ennui c’est qu’autour d’eux se greffent une foule d’autres faits et intrigues beaucoup plus déjà-vus dans l’œuvre du réalisateur français, et tournant à la caricature cette fois : parents sur le point de mourir, difficultés à créer… Peintes via des scènes ampoulées, et traversées par des personnages bien trop nombreux, ces intrigues ne valent au final quasiment que pour elles-mêmes, et tricotent un tout bancal aux côtés du thème principal.

Au final, cette thématique de la relation entre frère et sœur marquée par la détestation ne devient plus figurée, au bout d’un moment, qu’au cœur de scènes marquées par les non-dits et l’impossibilité d’exprimer clairement le ressenti. On repart donc déçu, en se disant que tout le film aurait dû éclairer et rendre limpides, profonds et aiguisés ces ultimes échanges, et ce même s’ils étaient restés conduits au moyen de peu de mots. Très loin de l’impression un peu fade que produit le long-métrage au final…

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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