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Top of the Lake, la mini-série maxi chiadée de Jane Campion pour la BBC débarque sur Arte

Top of the Lake, la mini-série maxi chiadée de Jane Campion pour la BBC débarque sur Arte

25 août 2013 | PAR Yaël Hirsch

[rating=5] Alors qu’on nous annonce l’arrivée sur Arte de la série « Top of The Lake », il est temps de faire un petit point sur cette série majeure signé Jane Campion.

La réalisatrice de « La leçon de piano », « In the Cut » et « Bright Star » a présenté sa série policière de 7 épisodes « Top de of de Lake » aux festivals de Berlin et Cannes cette année. Ayant reçu carte  blanche de la BBC, elle a livré une série policière dans un petit village du Sud de la Nouvelle Zélande où tout tourne autour du lac, aussi beau que menaçant. Avec des paysages à couper le souffle, la fascinante Elisabeth Moss (Peggy Olsen dans Mad Men) en enquêtrice et Holly Hunter en double physique de la réalisatrice en gourou pour femmes ménopausées en colère contre les hommes, cette mini-série est un petit bijou où Campion s’est éclatée à concentrer avec suspense ses thèmes de prédilection.

Dans une petite ville de Nouvelle-Zélande, une fille de douze ans est retrouvée à moitié immergée dans le lac. l’institutrice se rend compte que la petite Tui est enceinte de 5 mois. Par hasard de retour dans la ville de son enfance pour tenir compagnie à sa mère malade, l’inspecteur Robin Griffin (Elisabeth Moss), qui s’occupe de la protection des enfants est appelée par la police locale pour faire parler la petite fille. Bien qu’appréciant la compagnie de Robin, cette dernière a trop peur pour parler et rentre chez son père, un caïd de la région (excellent Matt Mitcham). A part la grossesse de sa fille qui ne le surprend pas, Mitcham a d’autres problèmes dont l’établissement d’une vingtaine de femmes sur ses terres, en bord de lac. Dirigée par la charismatique JG (Holly Hunter, méconnaissable et absolument subtile en gourou avec ses longs cheveux blancs à la Campion, sa cigarette au bec et ses traits tirés à la Krishnamurti). Quant à l’inspecteur Robi Griffin, elle n’est pas sans connaître la moitié de la ville ce qui ne rend pas son enquête plus facile, notamment parce que des fantômes du passé resurgissent (dont le beau Thomas M. Wright) mais lui permet de comprendre en partie la loi du silence qui règne…

Pour filmer cette enquête criminelle au bord d’un lieu que la congrégation de femmes appellent non sans ironie « Le Paradis », Jane Campion a pris son temps. Les bleutés de l’image, les plans de la nature et la langueur glacée et provinciale permettent d’entrer en immersion dans un monde un peu archaïque et néanmoins bien réel qui révèle de nombreuses structures originelles de nos sociétés en ébullition. Les thèmes de prédilection de Campion habitent la série avec toute l’originalité et la fougue que la réalisatrice sait placer dans ses perspectives visuelles sur la question de la différence des sexes. Le patriarcat, la violence à l’égard des femmes qui commence avec les mots et finis par l’abus du corps d’une enfant, leur vieillissement et la question de la compétition de la séduction, sont autant de thèmes qui donnent une gravité fascinante à un film, qui avance sinon comme un parfait thriller au ralenti. Non sans humour dans les dialogues, notamment de la secte de femme, fuyant comme la peste  le politiquement correct et préférant les reflets sombres d’une nature sauvage aux sentiers battus des formulent qui marchent, Jane Campion a clamé à qui voulait bien l’entende que le format série lui a offert tant de liberté qu’elle a réalisé que le format long-métrage avait fait long feu. Au vu du petit bijou qu’elle nous livre, on veut bien la croire.

photo : Jane Campion recevant la Caméra d’or cette année à Cannes (c) Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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