Cinema

Rolling Thunder Revue, quand Scorsese nous plonge dans le mythe Dylan

Rolling Thunder Revue, quand Scorsese nous plonge dans le mythe Dylan

20 juin 2019 | PAR Lou Baudillon

Martin Scorsese signe pour Netflix un nouveau documentaire sur le troubadour de la musique Bob Dylan, à un détail prêt que le documentaire est en partie fictif. Une invitation à  se perdre de nouveau dans le mythe Dylan.

La fable est annoncée dès le début du film : ce sera « a Bob Dylan story », une histoire de Bob Dylan racontée par Martin Scorsese. Le message, écrit en lettres habituellement utilisées pour les affiches de cirque, annonce les intentions du réalisateur : ce que vous allez découvrir là n’est qu’une histoire. 14 ans après No Direction Home, son intense documentaire sur les débuts de Dylan et son passage au rock, Scorsese révèle cette fois-ci un collage magnifique d’images de la tournée mythique de la Rolling Thunder Revue.

En 1975, Bob Dylan revient sur scène après des années d’absences dues à des déboires personnels et à un accident de moto en 1966 à le suite duquel il disparaît. Après quelques concerts de retour à guichets fermés dans les plus grands stades des États-Unis des années 70, Dylan souhaite revenir à ses premières expérimentations musicales et monte alors une « troupe » formée d’amis, de musiciens, d’artistes et de poètes afin de sillonner le pays telle une « revue » de saltimbanques de la fin du XIXème. Se retrouvent embarqués dans l’aventure de grands noms de la musique comme Roger McGuinn, Ramblin’ Jack Elliott, la madone de la folk-music Joan Baez, le dramaturge Sam Shepard, le poète Allen Ginsberg, Joni Mitchell et on en passe, à bord d’un bus conduit parfois par Dylan lui même pour jouer dans les petites salles du pays.

De cette tournée, Dylan souhaite non seulement créer un objet musical mais aussi un objet visuel. Il réalise ainsi son propre film appelé « Renaldo et Clara », sorte d’ovni de près de 4 heures dans lequel il se met en scène au coté de sa femme et des participants à la tournée. Véritable échec à sa sortie, il ne reste du film que quelques brides vidéos. Ce sont précisément ses images ; scènes de concerts, de vie quotidienne ou mises en scènes absurdes et troublantes qui fondent un terrain fertile à l’expérimentation de Scorsese. Ils en tirent ainsi ce qu’il fait passé pour des « archives » et par un merveilleux travail de montage, les agence avec ses  propre prises de vues d’interviews pour rendre le documentaire réaliste. Bob Dylan y apparait ainsi plus malicieux et mystérieux que jamais, s’amusant à peindre ses souvenirs de la tournée et à inventer des anecdotes.

Car finalement, il se trouve que même les interviews de Scorsese soient pour certaines fictives et que les témoignages ne s’accordent pas toujours à la réalité, comme ceux de Sharon Stone qui y raconte comment Dylan l’a invitée à participé à la tournée alors que celle-ci était vraisemblablement trop jeune au moment des faits. Qui invente ? Qui dit vrai ? Quelles images montrent une vérité ? Qui a vraiment vécu la Rolling Thunder Revue ?  Plus le film avance et plus on se sent empêtré dans le mystère dylanien dont est passé maître l’artiste. Tel son complique, Martin Scorsese créer sa propre version du mythe et ne souhaite pas donner les réponses. Il ne montre qu’une seule vérité, celle de la musique. Car comme le dit si bien Dylan dans le film « seuls ceux qui portent le masque disent la vérité », et lorsque se déploient les scènes de concerts où il apparaît masqué ou maquillé de blanc, alors se dégage la véritable énergie d’une musique toujours impeccable, prenante, et d’une poésie des plus belle, unique.

 

 

Visuel : ©affiche officielle Netflix

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