Fictions

Bob Dylan et le rôdeur de minuit : l’échappée rock & folk de Michel Embareck

Bob Dylan et le rôdeur de minuit : l’échappée rock & folk de Michel Embareck

17 février 2018 | PAR Marine Stisi

Le journaliste et écrivain Michel Embareck poursuit la romanisation de sa mémoire du rock avec la publication de Bob Dylan et le rôdeur de minuit aux Editions de l’Archipel, un livre où se croisent Bob Dylan, Johnny Cash, Alice Cooper et son propre double radiophonique. Un délice qui poursuit l’entreprise commencée avec Jim Morrisson et le diable boiteux.

Mémoire d’une époque

Au début des années 60, Johnny Cash, déjà parrain de son art, soutien ouvertement le jeune Bob Dylan auprès de sa maison de disques. Le chanteur ressent quelque chose, un sentiment particulier quant à celui qu’il imagine déjà devenir le messager de leur génération, la mémoire de leurs croyances.

Michel Embareck, journaliste et écrivain, témoin véritable de ces grandes années de l’histoire du rock, compose autour du souvenir et propose avec Bob Dylan et le rôdeur de minuit un livre tendre, drôle et sincère sur deux personnages essentiels de l’époque mais aussi, sur le monde tel qu’il l’a vécu.

Dans ce livre, il invente notamment les lettres que Johnny Cash et Bob Dylan se seraient envoyées. Pendant des années, ils auraient échangé des questionnements quant aux bouleversements que vivaient le monde (l’assassinat de JFK, de Martin Luther King, la Guerre du Vietnam, les Black Panthers), mais aussi, des conseils de guitaristes et des confessions sur leurs amours, leur famille. Dans une lettre aussi, quelque part, Johnny Cash incite le jeune Dylan a brancher sa guitare : s’en suivra le scandale du Festival de Newport en 1965, où Bob Dylan passe, d’une seconde à l’autre, à l’électrique, trahissant haut et court le monde du folk.

Lecteurs, nous assistons à l’enregistrement, chez Cash à Nashville, de la chanson Girl form the North Country qui ouvrira l’album Nashville Skyline de Dylan. On assiste à leur visite chez des moonshiners, à la visite de Cash dans la prison de Folsom, aux coulisses de leur vie personnelle, Cash auprès de June Carter, Dylan auprès de sa femme, Sara, et de leurs enfants, quand il s’imaginait une vie simple.

Mémoire d’un temps révolu

Michel Embareck s’imagine, lui aussi, en commentateur de radio populaire, pape journalistique de l’époque. A ses auditeurs, il raconte la voix rauque de Cash et la poésie de Dylan. Puis, comme eux, il vieillit. Si il peu compter sur l’énergie d’Alice Cooper pour le soutenir, il voit les années défiler, le monde changer. Que reste-t-il, aujourd’hui, de leurs combats, de leurs idoles ? June Carter est morte, Johnny Cash ne s’en est jamais remis, rongé par le diabète et le chagrin.

Dans une dernière scène très tendre, Embareck imagine la dernière rencontre de Dylan et de Cash, dans une boîte où le maître chantera une dernière fois, ses infirmières l’attendant dans les coulisses. Il imagine Dylan, caché dans la foule, un bonnet gris camouflant ses boucles grisonnantes, et leurs derniers mots. C’est terriblement beau, mais terrible quand même.

Ce roman se termine plein de nostalgie. Les pages se referment sur une époque révolue, un temps qui n’existe plus mais dont la nobelisation de Bob Dylan confirme le préssentiment de Johnny Cash l’égard de ce gamin de la campagne, comme si toute cette époque, enfin, trouvait sa reconnaissance.

En refermant ce livre, j’ai pensé à mon père. A sa vieillesse visible, à son regard, quand il ne comprend pas notre génération. A ces albums mythiques qu’il écoute encore en boucle aujourd’hui. Cette époque, d’une force incroyable, d’une puissance inégalable, laisse derrière elle des milliers d’orphelins qui regardent, un à un, les copains s’éteindre et leurs rêves s’envoler.

Michel Embareck, Bob Dylan et le rôdeur de minuit, Editions de l’Archipel, 256 pages, 18€.

Visuel : © DR

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Marine Stisi
30% théâtre, 30% bouquins, 30% girl power et 10% petits chatons mignons qui tombent d'une table sans jamais se faire mal. Je n'aime pas faire la cuisine, mais j'aime bien manger.

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