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Face à la colère des distributeurs, Netflix tente une nouvelle formule pour son festival

Face à la colère des distributeurs, Netflix tente une nouvelle formule pour son festival

03 novembre 2021 | PAR Blaise Campion

Le « Netflix film club » imaginé par la plateforme aura finalement lieu du 7 au 14 décembre à la Cinémathèque française de Paris et à l’Institut Lumière de Lyon. Une formule plus modeste que celle initialement annoncée, pour faire retomber la colère et les critiques qui s’étaient immédiatement fait entendre.

Rétropédalage

Le géant américain du streaming ne s’y attendait sûrement pas. Alors que Netflix prévoyait d’organiser un festival en salle pour promouvoir quelques-unes de ses créations originales, alors que la plateforme s’était assurée du soutien des réseaux MK2 et Utopia pour cette opération, la colère des distributeurs s’est fait entendre jusqu’à avoir raison de cette première version du projet. Par le biais d’un communiqué, le Syndicat des distributeurs indépendant (SDI) et les Distributeurs européens indépendants réunis (DIRE) s’étaient notamment indignés que « des salles de cinéma d’art et d’essai emblématiques » acceptent d’héberger l’événement : « Vous rendez-vous compte qu’une attraction à court terme de vos spectateurs est un suicide à moyen terme pour nos professions respectives ? » avaient-ils souligné dans des mots assez durs.

Cette colère est plus que compréhensible au vu de la situation compliquée que vit actuellement le cinéma français. La récente étude diligentée par le ministère de la Culture mettait en lumière le fait que la crise sanitaire, en plus d’avoir imposé une fermeture prolongée des salles, avait aussi bouleversé les pratiques culturelles des français. 58% des personnes interrogées déclaraient ainsi n’avoir pas repris leurs habitudes de sortie après la réouverture des lieux culturels. 32% indiquaient également avoir l’intention d’aller moins souvent au cinéma qu’avant la pandémie, d’ici à la fin de l’année 2021. Pire, l’enquête insistait également sur l’augmentation du recours aux moyens numériques pour accéder à la culture, et il y a fort à parier que sur ce plan, la crise sanitaire a largement profité à Netflix. Les quelques 300 000 entrées de Titane, la Palme d’or 2021, viennent semble-t-il confirmer la timidité de la reprise pour le cinéma.

Netflix n’a donc pas choisi d’aller au clash avec le cinéma français, la plateforme n’y avait d’ailleurs sûrement pas intérêt. En plus de la colère des distributeurs, son projet initial remettait en cause le principe de la loi de chronologie des médias, et nécessitait également un visa d’exploitation délivré par le CNC pour organiser des projections payantes. À la place, Netflix organisera son « film club » à la Cinémathèque française (Paris) et à l’Institut Lumière (Lyon), deux institutions prestigieuses mais non-commerciales. Un pas de plus vers la respectabilité pour la plateforme, déjà mécène pour un montant non précisé de la Cinémathèque. La nouvelle formule a été accueillie de manière contrastée. « Netflix a entendu les remarques de la profession et les arguments présentés, et ne va pas faire de concurrence à d’autres films dans des salles art et essai », a par exemple déclaré à l’AFP le délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), Marc-Olivier Sebbag. « Netflix nous roule dans la farine et montre patte blanche » préfère croire dans un communiqué le Groupement National des Cinémas de Recherche (GNCR). Les institutions partenaires y sont sommées de s’expliquer : « nous souhaitons qu’un éclaircissement sur leurs motivations nous soit apporté si cette manifestation devait être maintenue dans leurs établissements ». Nul doute que l’événement continuera à faire débat, et que le cinéma devra continuer de se battre pour préserver sa raison d’être face à l’avènement des plateformes de streaming.

Visuel : © Wikipédia

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